LE SACERDOCE DU CHRIST

 

1. La gloire de Dieu

2. La consécration sacerdotale du Christ

3. Prérogative unique du sacerdoce du Christ:
    Prêtre et Hostie

4. Les Actes du sacerdoce de Jésus

 

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3. — PRÉROGATIVE UNIQUE DU SACERDOCE DU CHRIST : PRÊTRE ET HOSTIE

Sous l'Ancien Testament, vous le savez, le prêtre et la victime étaient distincts. Dans les sacrifices d'expiation, par exemple, le sacrificateur immolait un être vivant substitué au peuple : il étendait les mains sur l'offrande, la chargeant, par ce geste, des délits de tous. Autre était le prêtre, autre la victime présentée à Dieu.

Dans le sacrifice offert par Jésus, il n'en est pas de même.

Par une surprenante et admirable prérogative de son sacerdoce, au Calvaire comme sur nos autels, son sacrifice est divin et par la dignité du pontife et par l'excellence de l'hostie immolée. Sacrificateur et victime sont unis en une même personne, et ce sacrifice constitue l'hommage parfait qui glorifie Dieu, rend le Seigneur propice aux hommes et obtient pour eux toute grâce de vie éternelle.

Le Consummatum est prononcé par le Christ mourant était à la fois le dernier soupir d'amour de la victime qui a tout expié, et la solennelle attestation du Pontife consommant l'acte suprême de son sacerdoce.

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Méditons pendant quelques instants le mystère des dispositions intérieures de Jésus comme prêtre et comme victime.

L'attitude du Christ, Prêtre souverain, était toute de révérence et d'adoration profondes. Et quelle était la source de cette attitude ? La vision qu'avait Jésus de « la majesté incommensurable de son Père », Patrem immensae majestatis [1]. Il le connaissait comme aucune créature ne pourra jamais le connaître : « Père juste, si le monde ne vous connaît pas, moi je vous connais » (Jo. XVII, 25).

L'abîme des divines perfections s'ouvrait à son regard : l'absolue sainteté du Père, sa souveraine justice, son infinie bonté. Cette vue le remplissait de la crainte révérentielle et de la religion qui doivent animer le sacrificateur.

En Jésus victime, quelle fut l'attitude foncière ? C'est encore l'adoration, mais ici, elle s'exprime par l'acceptation de l'anéantissement et de la mort. Jésus se savait destiné à la croix pour la rémission des péchés du monde ; devant la justice divine, il se sentait chargé du poids écrasant de toutes les offenses. Il acquiesçait pleinement à ce rôle de victime. Il n'avait pas toutefois la contrition comme un pénitent qui pleure ses fautes à lui. Mais, souvent, il éprouvait une tristesse mortelle de se voir accablé du fardeau de tant d'iniquités. N'a-t-il pas dit, au jardin des oliviers : « Mon âme est triste jusqu'à la mort » ?

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Vous le voyez, l'attitude de la victime correspond parfaitement à celle du prêtre.

Nous ne devons pas regarder les desseins éternels d'après nos courtes vues humaines ; envisageons-les tels que Dieu les a conçus et révélés. Ne recherchons pas ce que sa puissance absolue permettait au Seigneur d'accomplir ; voyons plutôt ce qu'il a voulu réaliser. Il aurait pu pardonner les péchés sans exiger d'expiation proportionnée à la grandeur de l'offense, mais sa sagesse lui fit décréter le salut du monde par la mort du Christ. « Sans l'effusion du sang de Jésus, il n'y a pas pour nous de rémission de péchés » : Sine sanguinis effusione non fit remissio (Hebr. IX, 22).

Ainsi, entrant dans ce monde, le Fils de Dieu a pris un « corps de victime », apte à endurer la souffrance et la mort. Il était véritablement de notre race, comme nous, et c'est au nom de ses frères qu'il s'offrira en victime pour les réconcilier avec leur Père du ciel.

Tertullien a écrit ce mot lumineux : « Personne n'est père autant que Dieu, aucune bonté n'approché de la sienne » ; Tam Pater nemo, tam pius nemo [2]. Nous pouvons dire aussi : « Personne n'est frère autant que Jésus » : Nemo ita frater ac ille. D'après saint Paul, dans l'éternelle prédestination, le Christ est « le premier né d'un grand nombre de frères » (Rom. VIII, 29), et encore: « Il ne rougit pas de donner (aux hommes) le nom de frères » (Hebr. II, 2). Le Christ lui-même, après sa résurrection, qu'a-t-il dit à Madeleine ? « Va dire à mes frères : Je remonte à mon Père et votre Père » ( Joan. XX, 17). Et quel frère fut Jésus ! C'est un Dieu qui veut partager nos infirmités, ressentir nos tristesses et nos douleurs. Par expérience personnelle, il a appris à s'émouvoir de nos peines. « Notre grand-prêtre n'est pas impuissant à compatir à nos infirmités, ayant voulu lui-même les éprouver toutes comme nous, hormis le péché » (Hebr. IV, 15).

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[1] Hymne Te Deum.

[2] De poenitentia, 8. P.L. I, col. 1353.