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Lettre du Supérieur Général
n°68
- novembre 2005 -
Chers
amis et bienfaiteurs,
Dans
quelques semaines, nous aurons la grande joie de célébrer le centenaire de la
naissance de notre vénéré fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre.
Quelle figure extraordinaire que celle de ce missionnaire infatigable,
missionnaire d’abord en Afrique, pour y apporter l’Évangile, missionnaire
ensuite en Europe et dans le monde entier pour que la foi catholique y soit
conservée dans son intégralité.
Nous
aimerions rappeler ici la magnifique stature, les vertus profondes qui ont animé
Monseigneur Lefebvre toute sa vie; mais nous nous contenterons, dans le
contexte de l’audience que nous avons eue à la fin du mois d’août avec le pape Benoît XVI, de rappeler un texte très éclairant tant sur la sagesse et la profondeur de
vue de notre fondateur, que sur la ligne directrice qui l’a guidé et que nous
épousons entièrement.
En
1966, soit un an après la fin du Concile, Mgr Lefebvre répondait aux questions
posées par le préfet du Saint Office, le Cardinal Ottaviani, sur la situation de
l’Église par les lignes qui suivent :
« […]
J'ose dire que le mal actuel me paraît beaucoup plus grave que la négation ou
mise en doute d'une vérité de notre foi. Il se manifeste de nos jours par une
confusion extrême des idées, par la désagrégation des institutions de l'Église,
institutions religieuses, séminaires, écoles catholiques, en définitive de ce
qui a été le soutien permanent de l'Église, mais il n'est autre que la
continuation logique des hérésies et erreurs qui minent l'Église depuis les
derniers siècles, spécialement depuis le libéralisme du dernier siècle qui s'est
efforcé à tout prix de concilier l'Église et les idées qui ont abouti à la
Révolution. Dans la mesure où l'Église s'est opposée à ces idées qui vont à
l'encontre de la saine philosophie et de la théologie, elle a progressé ; au
contraire toute compromission avec ces idées subversives a provoqué un
alignement de l'Église dans le droit commun et le risque de la rendre esclave
des sociétés civiles.
Chaque fois
d'ailleurs que des groupes de catholiques se sont laissés attirer par ces
mythes, les Papes, courageusement, les ont rappelés à l'ordre, les ont éclairés
et s'il le fallait condamnés. Le libéralisme catholique est condamné par Pie IX,
le modernisme par Léon XIII, le sillonisme par saint Pie X, le communisme par
Pie XI, le néo-modernisme par Pie XII. Grâce à cette admirable vigilance,
l'Église se consolide et se développe. Les conversions de païens, de protestants
sont très nombreuses ; l'hérésie est en déroute complète, les États acceptent
une législation plus catholique.
Cependant des
groupes de religieux imbus de ces idées fausses réussissent à les répandre dans
l'Action catholique, dans les séminaires grâce à une certaine indulgence des
évêques et la tolérance de certains dicastères romains. Bientôt c'est parmi ces
prêtres que seront choisis les évêques.
C'est ici que
se situe alors le Concile qui s'apprêtait par les Commissions préparatoires à
proclamer la vérité face à ces erreurs afin de les faire disparaître pour
longtemps du milieu de l'Église. C'eût été la fin du protestantisme et le
commencement d'une nouvelle ère féconde pour l'Église.
Or cette
préparation a été odieusement rejetée pour faire place à la plus grave tragédie
qu'a jamais subie l'Église. Nous avons assisté au mariage de l'Église avec les
idées libérales. Ce serait nier l'évidence, se fermer les yeux que de ne pas
affirmer courageusement que le Concile a permis à ceux qui professent les
erreurs et les tendances condamnées par les Papes, ci-dessus nommés, de croire
légitimement que leurs doctrines étaient désormais approuvées.
[…]
On peut et on doit malheureusement affirmer
que,
d'une manière à peu près générale, lorsque le Concile a innové, il a ébranlé la
certitude de vérités enseignées par le Magistère authentique de l'Église comme
appartenant définitivement au trésor de la Tradition.
Qu'il s'agisse
de la transmission de la juridiction des évêques, des deux sources de la
Révélation, de l'inspiration scripturaire, de la nécessité de la grâce pour la
justification, de la nécessité du baptême catholique, de la vie de la grâce chez
les hérétiques, schismatiques et païens, des fins du mariage, de la liberté
religieuse, des fins dernières, etc. Sur ces points fondamentaux, la doctrine
traditionnelle était claire et enseignée unanimement dans les universités
catholiques. Or, de nombreux textes du Concile sur ces vérités permettent
désormais d'en douter.
Les
conséquences en ont été rapidement tirées et appliquées dans la vie de l'Église
:
— Les doutes
sur la nécessité de l'Église et des sacrements entraînent la disparition des
vocations sacerdotales.
— Les doutes
sur la nécessité et la nature de la « conversion » de toute âme entraînent la
disparition des vocations religieuses, la ruine de la spiritualité
traditionnelle dans les noviciats, l'inutilité des missions.
— Les doutes
sur la légitimité de l'autorité et l'exigence de l'obéissance provoqués par
l'exaltation de la dignité humaine, de l'autonomie de la conscience, de la
liberté, ébranlent toutes les sociétés en commençant par l'Église, les sociétés
religieuses, les diocèses, la société civile, la famille.
L'orgueil a
pour suite normale toutes les concupiscences des yeux et de la chair. C'est
peut-être une des constatations les plus affreuses de notre époque de voir à
quelle déchéance morale sont parvenues la plupart des publications catholiques.
On y parle sans aucune retenue de la sexualité, de la limite des naissances par
tous les moyens, de la légitimité du divorce, de l'éducation mixte, du flirt,
des bals comme moyens nécessaires de l'éducation chrétienne, du célibat des
prêtres, etc.
— Les doutes
sur la nécessité de la grâce pour être sauvé provoquent la mésestime du baptême
désormais remis à plus tard, l'abandon du sacrement de pénitence. Il s'agit
d'ailleurs surtout d'une attitude des prêtres et non des fidèles. Il en est de
même pour la présence réelle : ce sont les prêtres qui agissent comme s'ils ne
croyaient plus, en cachant la Sainte Réserve, en supprimant toutes les marques
de respect envers le Saint Sacrement, et toutes les cérémonies en son honneur.
— Les doutes
sur la nécessité de l'Église source unique de salut, sur l'Église catholique
seule vraie religion, provenant des déclarations sur l'œcuménisme et la liberté
religieuse, détruisent l'autorité du Magistère de l'Église. En effet, Rome n'est
plus la « Magistra Veritatis » unique et nécessaire.
Il faut donc,
acculé par les faits, conclure que le Concile a favorisé d'une manière
inconcevable la diffusion des erreurs libérales. La foi, la morale, la
discipline ecclésiastique sont ébranlées dans leurs fondements, selon les
prédictions de tous les Papes.
La destruction
de l'Église avance à pas rapides. Par une autorité exagérée donnée aux
conférences épiscopales, le Souverain pontife s'est rendu impuissant. En une
seule année, que d'exemples douloureux ! Cependant le Successeur de Pierre et
lui seul peut sauver l'Église. »
Et
voici les solutions préconisées par Mgr Lefebvre :
« Que le Saint
Père s'entoure de vigoureux défenseurs de la foi, qu'il les désigne dans les
diocèses importants. Qu'il daigne par des documents importants proclamer la
vérité, poursuivre l'erreur, sans crainte des contradictions, sans crainte des
schismes, sans crainte de remettre en cause les dispositions pastorales du
Concile.
Daigne le
Saint-Père : encourager les évêques à redresser la foi et les mœurs
individuellement, chacun dans leurs diocèses respectifs, comme il convient à
tout bon pasteur ; soutenir les évêques courageux, les inciter à réformer leurs
séminaires, à y restaurer les études selon saint Thomas ; encourager les
supérieurs généraux à maintenir dans les noviciats et les communautés les
principes fondamentaux de toute ascèse chrétienne, surtout l'obéissance ;
encourager le développement des écoles catholiques, la presse de saine doctrine,
les associations de familles chrétiennes ; enfin réprimander les fauteurs
d'erreurs et les réduire au silence. Les allocutions des mercredis ne peuvent
remplacer les encycliques, les mandements, les lettres aux évêques.
Sans doute
suis-je bien téméraire de m'exprimer de cette manière ! Mais c'est d'un amour
ardent que je compose ces lignes, amour de la gloire de Dieu, amour de Jésus,
amour de Marie, de son Église, du Successeur de Pierre, évêque de Rome, Vicaire
de Jésus-Christ. […] »
Tout
est dit et encore aujourd’hui, il n’y a rien à rajouter, rien à enlever à cette
analyse remarquable sur les enchaînements du Concile, restitué dans son contexte
historique, sur les réformes qui s’annonçaient alors, jusqu’à la profondeur de
la crise qui a frappé l’Église et dont elle ne sort toujours pas, prisonnière
des principes avec lesquels le Concile et les papes l’ont enchaînée.
Nous
pensons bien franchement que la solution au problème que pose la Fraternité à
Rome est intimement liée à la résolution de la crise qui frappe l’Église. Le
jour où les autorités regarderont à nouveau avec bienveillance et espoir le
passé de l’Église, sa Tradition, elles pourront dépasser la rupture causée par
le Concile et se réconcilier avec les principes éternels qui ont construit
l’Église pendant 20 siècles ; elles pourront y puiser la force et trouver les
solutions à la crise. Et alors, il n’y aura plus de « problème » Fraternité
Saint X…
C’est
la raison de nos discussions avec le Saint Siège. C’est là qu’est le problème de
fond. La nouvelle messe, le Concile ne sont que la pointe de l’iceberg qui a
frappé le navire de l’Église;
l’esprit du Concile vient du libéralisme, du protestantisme, finalement de cette
révolte contre Dieu qui marque l’histoire des hommes jusqu’à la fin des temps.
Quel serait le sens d’un accord qui consisterait à se laisser abîmer par
l’iceberg ?
Soyez
vivement remerciés pour toutes vos prières et vos sacrifices généreux.
Tout cela nous est fort précieux. Dans nos visites romaines et dans toutes nos
activités, nous nous appuyons beaucoup sur eux. Soyez en retour assurés des
prières des séminaristes et des nôtres au pied de l’autel pour votre inlassable
générosité.
Que
le sacrifice de Notre-Seigneur soit votre soutien quotidien ! Que le Cœur
immaculé de Marie soit votre refuge protecteur et celui de vos familles. Avec
toute ma gratitude, je vous bénis
En la
fête de Saint Michel
29
septembre 2005
+
Bernard Fellay
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