La guerre des missels a déjà eu lieu

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V - La Nouvelle liturgie, moteur d'une ample révolution

 

C'est donc avec la promulgation du Nouvel Ordo Missae que nous achevons notre étude du Mouvement liturgique. Cette Nouvelle Messe est, effet, comme la synthèse de toutes les erreurs et déviations de ce grand courant d'idées.

Brisés par saint Pie X, les modernistes ont compris qu'ils ne pouvaient pénétrer l'Église par la théologie, par un exposé clair de leurs doctrines. Ils ont utilisé la notion marxiste de praxis, et ont compris que l'Église pourrait devenir moderniste par l'action, par l'Action sacrée par excellence qu'est la liturgie. La révolution utilise toujours les forces vives d'un organisme, elles les investit peu à peu et, finalement, les fait servir à la destruction du corps à abattre. C'est le processus bien connu du cheval de Troie. Le Mouvement liturgique de Dom Guéranger, de saint Pie X et des monastères belges, au moins à leurs origines, était une force considérable dans l'Église, un moyen prodigieux de rajeunissement spirituel, qui d'ailleurs produisit de bons fruits. Le Mouvement liturgique était donc le cheval de Troie idéal pour la révolution moderniste. Il fut facile à tous les révolutionnaires de se cacher à l'intérieur de cette grande carcasse... Avant Mediator Dei, qui se souciait de liturgie dans la Hiérarchie catholique ? Quelle vigilance apportait-on à déceler cette forme particulièrement subtile de modernisme pratique ?

C'est ainsi que, dès les années 1920, et surtout pendant et après la deuxième guerre mondiale, le Mouvement liturgique est devenu « l’égout collecteur de toutes les hérésies ». Dom Beauduin privilégia tout d'abord de façon excessive l'aspect pédagogique et apostolique de la liturgie, il conçut ensuite l’idée de la faire servir au Mouvement œcuménique auquel il se dévoua corps et âme. Dom Parsch lia le Mouvement au renouveau biblique. Dom Casel en fit le véhicule d'un archéologisme forcené et d'une conception toute personnelle du Mystère chrétien. Ces premiers révolutionnaires furent largement dépassés par la génération des néo-liturges des divers CPL.

Après la deuxième guerre mondiale, le Mouvement était devenu une force que plus rien n'arrêterait. Protégés en haut lieu par d'éminents prélats, les néo-liturges investirent peu à peu la Commission de Réforme de la Liturgie, fondée par Pie XII, ils influencèrent les réformes élaborées par cette commission, à la fin du pontificat de Pie XII et au début de celui de Jean XXIII. Déjà maîtres, grâce au pape, de la Commission Préconciliaire de Liturgie, les néo-liturges firent accepter aux Pères du concile un document contradictoire et plein d'ambiguïté, la Constitution Sacrosanctum Concilium. Le pape Paul VI, le cardinal Lercaro et le P. Bugnini, eux-mêmes membres très actifs du Mouvement liturgique italien, dirigèrent les travaux du Consilium, qui aboutirent à la promulgation de la nouvelle Messe.

Ce rite nouveau reprend à son compte toutes les erreurs émises depuis le commencement des déviations du Mouvement. Ce rite est œcuménique, archéologique, communautaire, démocratique, presque totalement désacralisé ; il se fait aussi l'écho des déviations théologiques modernistes et protestantes : atténuation du sens de la présence réelle, diminution du sacerdoce ministériel, du caractère sacrificiel et surtout propitiatoire de la messe. L'Eucharistie y devient une agape communautaire, bien plus que le renouvellement du sacrifice de la Croix.

Par ce rite nouveau, les modernistes et les révolutionnaires de toute espèce, veulent transformer la foi des fidèles. Mgr Dwyer l'avouait, dès 1967 : « La réforme liturgique est, déclarait-il, dans un sens très profond, LA CLÉ DE L'AGGIORNAMENTO. Ne vous y trompez pas, c'est là que commence la RÉVOLUTION. » Déjà, en 1965, Paul VI n'avait pas caché ses intentions aux fidèles : « Vous prouvez par là, leur disait-il, que vous comprenez comment la NOUVELLE PÉDAGOGIE RELIGIEUSE, que veut instaurer la présente rénovation liturgique, s'insère pour prendre la place de MOTEUR CENTRAL dans LE GRAND MOUVEMENT inscrit dans LES PRINCIPES CONSTITUTIONNELS de l'Église de DIEU. »

Aussi donc, cela est sûr, la révolution et le modernisme ont pénétré la Cité de Dieu par la liturgie. Le Mouvement liturgique a été le cheval de Troie au moyen duquel les disciples de Loisy ont occupé l'Église.

 

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