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III - Vers le concile Vatican II
La mort de Pie XII et l'élection de Jean XXIII furent une explosion de joie dans les milieux du Mouvement liturgique[1] : « S'ils élisaient Roncalli, tout serait sauvé : il serait capable de convoquer un concile et de consacrer l'œcuménisme » confiait Dom Beauduin au R.P. Bouyer[2].
En attendant le Concile, Jean XXIII se contenta de faire aboutir les travaux de la commission pour la réforme de la liturgie, fondée en 1948. L'ensemble était très en retrait des aspirations des leaders du Mouvement qui attendaient avec impatience le Concile. Ce fut le motu proprio Rubricarum instructum du 25 juillet 1960 qui entra en vigueur le 1er janvier 1961.
Et c'est sans doute ici le lieu de citer l'ouvrage de Dom Adrien Nocent, professeur à Saint-Anselme de Rome et lauréat de l'Institut liturgique de Paris : L'avenir de la liturgie. Ce livre montre l'état des travaux des réformateurs de l'ombre à cette époque. Don Nocent y énonce tout d'abord le « principe et fondement » du culte nouveau : « Une grande variété de célébrations serait donc permise autour du noyau central toujours respecté et qui serait célébré seul aux jours simples ». L'autel doit être face au peuple, sans nappe en dehors des célébrations, les prières de préparation doivent être simplifiées, les lectures multipliées, la prière universelle restaurée. L'Offertoire, après le credo récité seulement le dimanche, est très raccourci. Le célébrant ne fait qu'élever les oblats en silence. Le calice est posé à droite de l'hostie, la pale facultative, l'encensement rapide. Le lavabo n'a lieu que si le célébrant a les mains sales, car « il faut éviter ce symbolisme facile et sans intérêt majeur ». L’orate fratres est récité à voix haute, ainsi que la secrète. Le Canon est dépouillé de toute prière d'intercession, des per Christum Dominum nostrum, moins de signes de croix et de génuflexions, Canon récité à haute voix, même en langue vernaculaire, Pater récité par tous ; on se serre la main à l’Agnus Dei, pendant lequel a lieu la fraction de l'hostie. La fraction de toutes les hosties a lieu à partir du même pain ordinaire. Communion sous les deux espèces, debout et dans la main. Bénédiction, Ite missa est, plus de dernier évangile, ni prières de Léon XIII. Notre réformateur passe ensuite en revue tous les sacrements et propose également des réformes qu'il nous serait trop long de reprendre ici, mais qui sont en substance les sacrements réformés de l'Église conciliaire[3].
Pendant ce temps, se préparait le document de Vatican II sur la liturgie. Il est regrettable, à notre avis, que le cardinal Stickler n'émette aujourd'hui aucune réserve sur ce texte du concile[4]. Certes, de tous les schémas préparatoires du concile, le seul à ne pas avoir été repoussé fut celui sur la liturgie.
C'est que l'aile progressiste ne pouvait qu'être satisfaite d'un texte dont l'auteur principal était le R.P. Bugnini, c.m., secrétaire de la Commission préparatoire de liturgie. Citons les noms de quelques membres de cette commission Dom Capielle, Dom Botte (il avait soixante-dix ans en 1963), le chanoine Martimort, l'abbé Hängi (ancien évêque de Bâle, alors professeur à Fribourg en Suisse), le Père Gy, l'abbé Jounel. Le président de cette commission était le vieux cardinal Gaetano Cicognani, qui s'opposa de toutes ses forces à ce schéma qu'il jugeait très dangereux. Le projet de schéma, pour être présenté dans l'aula conciliaire, devait être revêtu de la signature du cardinal... Jean XXIII l'obligea à le signer : « Plus tard, écrit le P. Wiltgen, un expert de la Commission préconciliaire de liturgie affirma que le vieux cardinal était au bord des larmes, qu’il agitait le document en disant : "On veut me faire signer ça, je ne sais que faire". Puis il posa le texte sur son bureau, prit une plume et signa. Quatre jours plus tard, il était mort. »
C'est le 22 octobre 1962 que ce schéma préparatoire fut présenté dans l'aula conciliaire, et c'est le 4 décembre 1963 que le nouveau pape Paul VI promulgua la constitution Sacrosanctum Concilium. Elle avait été approuvée par 2151 voix contre 4 ! Pour une étude détaillée de cette constitution, nous renvoyons nos auditeurs aux ouvrages de MM. Pierre Tilloy et Jean Vaquié. Nous résumons simplement ici, à leur suite, les caractéristiques de cette Constitution :
• Elle est une LOI-CADRE, c'est-à-dire qu'elle énonce seulement les grandes lignes d'une doctrine liturgique dont le Consilium et les commissions liturgiques nationales et diocésaines s'inspireront pour élaborer La nouvelle liturgie (a. 44-45).
• Elle inaugure une TRANSFORMATION FONDAMENTALE de la liturgie ; en particulier, elle annonce la révision du rituel de la messe (a. 50), un nouveau rite de la concélébration (a. 58), la révision des rites du baptême (a. (66), de la confirmation (a. 71), de la pénitence (a. 72), des ordinations (a. 76), du mariage (a. 77), des sacramentaux (a. 79), etc.
• Elle constitue un COMPROMIS entre le traditionalisme et le progressisme qu'elle cherche à équilibrer l'un par l'autre. Pour satisfaire la majorité traditionaliste sans principe ferme, on respectera les principes fondamentaux de la liturgie, mais sans aucune application pratique. Pour la minorité progressiste agissante, on assurera l'évolution ultérieure dans le sens du progressisme. Cela en particulier pour les questions si importantes des rapports culte — pédagogie dans la liturgie (a. 33), et de l'emploi du latin (a. 36, 54, 101).
Telle est donc la Constitution Sacrosanctum Concilium : « Une loi cadre, inaugurant une transformation fondamentale, écrit M. Vaquié, et s'inspirant de deux doctrines contradictoires, ainsi se présente la constitution liturgique du 4 décembre 1963. »
[2] Un homme d'Église - éditions Castermann - 1964 - p. 180
[3] A. NOCENT, L'avenir de la liturgie, éditions Universitaires 1961, p. 119 à 171.
[4] CARDINAL STICKLER, Conférence publiée en 1995 dans The latin mass, et reprise par le EL (Centre International d'Études Liturgiques) en mai 2000.
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