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II - La préparation des réformes
L'encyclique Mediator Dei du 20 novembre 1947 n'allait pas décourager les réformateurs. L'admirable document que l'on ne se lasse pas de relire allait être habilement dépassé. C'est Mgr Martimort qui a noté la remarque de Dom Beauduin : « L'encyclique Mediator Dei a donné dans le monde le branle à un essor liturgique inouï[1]. »
Une commission pontificale pour la réforme liturgique était créée en 1948. Présidée par le cardinal Micara, nous trouvons parmi ses membres le R.P. Fernando Antonelli dont la vie et l'œuvre viennent d'être retracées par Nicola Giampietro[2]. Parmi les plus célèbres membres, notons le R.P. Agostino Béa, et surtout le secrétaire qui sera de toutes les commissions, Annibale Bugnini, directeur des Éphémérides liturgiques.
Et oui déjà, Mgr Bugnini qui, dès juillet 1946, était invité aux réunions du CPL (Centre de Pastorale Liturgique), et qui confiait au Père Duployé sur le chemin du retour : « J'admire ce que vous faites, mais le plus grand service que je puisse vous rendre est de ne jamais dire à Rome un mot de tout ce que je viens d'entendre[3]. »
Ce furent la réforme du jeûne eucharistique, puis celle de la Semaine sainte, et une réforme des rubriques et du bréviaire[4]. Les experts romains ne réalisaient sans doute pas que toute réforme allait dans le sens des éléments les plus avancés du Mouvement liturgique, par le simple fait qu'elle ébranlait l'édifice. C'est ce qu'observait le Père Duployé en France : « Si nous parvenons à restaurer dans sa valeur première la vigile pascale, le Mouvement liturgique l'aura emporté ; je me donne dix ans pour cela[5]. »
C'était justement en 1956, tandis que le Père Louis Bouyer répandait dans le grand public les thèses de Dom Casel[6]. L'oratorien écrivait dans La vie de la liturgie : « Ainsi l'élément de « communion » écrit-il, signifie que l'Eucharistie est un repas, un repas de communauté dans lequel tous les participants sont rassemblés pour participer en commun à des biens communs. » et un peu plus loin : « L'emploi de ces termes sacrificiels ne vient pas, comme on pourrait le supposer, de l'idée que la Croix est représentée d'une certaine manière à la messe. Tout au contraire, les données historiques nous conduisent plutôt à penser que l'Église en est arrivée à appliquer habituellement à la Croix la terminologie sacrificielle parce que l'on comprenait que la Croix est au cœur du sacrifice offert par l'Église dans la célébration eucharistique. » L'action de grâces, telle que la comprend l'oratorien, nous laisse déjà entrevoir les modifications de l'Offertoire que nous savons : « C'est une action de grâces à Dieu pour tous ses dons, écrit-il, qui inclut en une seule perspective tout l'ensemble de la création et de la Rédemption, mais qui prend toujours comme point de départ le pain et le vin, représentatifs de toutes les choses créées, et dont la consommation est l'occasion effective du repas comme de la célébration qui y est attachée. » Le mémorial envisagé dans sa relation à la Parole de Dieu permet au P. Bouyer d'écrire, dans la tradition ouverte par Dom Pius Parsch : « La célébration eucharistique tout entière est aussi un mémorial (...) Il y a une connexion nécessaire entre les deux parties de la synaxe chrétienne, entre les lectures de la Bible et le repas. Car les lectures conduisent au repas (...) Et les lectures sont indispensables au repas, pour nous montrer de quelle manière il faut l'envisager, non pas comme un événement d'aujourd'hui qui vaudrait par lui-même, mais comme un événement qu’on ne peut comprendre que par référence à une action décisive accomplie une fois pour toutes dans le passé. Cette considération nous amènera, le moment venu, à voir que toute la messe n’est qu’une seule liturgie de la Parole, qui a commencé par parler à l'homme, qui lui a parlé de façon de plus en plus intime, qui finalement lui a parlé au cœur en tant que Parole faite chair, et qui maintenant, du cœur même de l'homme, s'adresse à Dieu le Père par l'Esprit ». « Il est évident, ose-t-il encore écrire, que cette notion équilibrée de la célébration eucharistique peut nous permettre d'embrasser pleinement la présence réelle du Christ dans son Église. En un mot, nous ne devons pas concentrer notre contemplation exclusivement sur le pain et le vin sacramentels mais aussi bien sûr deux autres réalités (...) Sa présence en tant que grand prêtre de toute la hiérarchie. D'autre part, le Christ doit finalement être présent dans tout le corps de l'Église, car l'Église ne jouit de la présence eucharistique que pour être faite une dans le Christ et avec le Christ, par la célébration eucharistique, et spécialement par la consommation de celui-ci dans le repas sacré ». C'est dans la liturgie juive que le P. Bouyer trouve cette « conception équilibrée de la célébration eucharistique ». La liturgie des repas sacrés lui fournit la formule eucharistique idéale : « Béni, sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi de toute éternité, qui as fait produire le pain à la terre ; Béni, sois-tu, Ô Seigneur notre Dieu, roi de toute éternité, qui as créé le fruit de la vigne ». Là encore, redisons-le, les studios Lercaro-Bugnini qui ont réalisé la nouvelle Messe ont trouvé leur scénario dans les ouvrages du Mouvement liturgique des années 1950-1960. Le nouvel Offertoire n'est que la reprise des bénédictions juives tant vantées par le P. Bouyer.
1956 connaît également la fondation de l'Institut supérieur de liturgie de Paris, dirigé par Dom Bernard Botte avec, pour sous-directeur, le Père Gy et, pour secrétaire, l'abbé Jounel. C'était aussi l'époque des réunions internationales d'études liturgiques qui réunissaient chaque année l’intelligentsia liturgique du monde entier[7].
[2] NICOLA GIAMPIETRO, Il card. F. Antonelli et gli sviluppi della riforma liturgica dal 1948 al 1970 - Studia Anselmiana - Roma 1998
[3] Les origines du CPL par le P. DUPLOYÉ - éditions Salvator - p. 320, note
[4] Cf. ABBÉ DIDIER. BONNETERRE, Le Mouvement liturgique - p. 104 à 111
[5] Cf. ABBÉ DIDIER. BONNETERRE, Le Mouvement liturgique -p. 110, note 7
[6] Cf. ABBÉ DIDIER. BONNETERRE, Le Mouvement liturgique - p. 85 à 94
[7] Cf. ABBÉ DIDIER. BONNETERRE, Le Mouvement liturgique - p. 99 et 100.
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