les étranges manoeuvres d'un cardinal secrétaire d'état
... Pendant que Mgr Marini pontifie… le card. Sodano agit.
Le 19 février, le card. Camillo Ruini a eu 75 ans ; comme prévu, il a dû présenter au Pape sa lettre de démission, que le Saint Père peut décider d’accepter ou non. En outre, quelques jours plus tard, le 6 mars, est arrivé à échéance son mandat de président de la Conférence Épiscopale Italienne.
À l’échéance des précédents mandats de président de la CEI (1991, 1996, 2001), Jean- Paul II avait voulu consulter les présidents des régions qui composent l’épiscopat italien; « cette fois-ci, au contraire… – nous informe Sandro Magister, dans sa newsletter du 30 / 03 / 06 – non pas le Pape mais la Secrétairerie d’État élargit la consultation aux 226 évêques en charge. À chacun, le nonce en Italie Paolo Romeo envoie une lettre sous secret pontifical, lui demandant d’ “indiquer… le prélat qu’il souhaite suggérer”. » Voici le texte intégral de la lettre, rapporté par le même Magister :
« Excellence Révérendissime,
Comme vous le savez, le 6 mars prochain arrivera à son terme le mandat de l’éminentissime cardinal Camillo Ruini comme président de la CEI.
Le Saint Père, qui a toujours beaucoup apprécié le service rendu par l’éminentissime cardinal à l’Église italienne, pense toutefois que son soixante-quinzième anniversaire soit aussi un motif d’alternance dans le mandat de président.
À cette fin, j’ai la vénérable charge de m’adresser à Votre Excellence, en la priant de vouloir m’indiquer, coram Domino et avec sollicitude, le prélat qu’Elle entend suggérer pour cet office.
Cette consultation, en considération de son importance et de sa délicatesse, est sujette au Secret Pontifical, qui oblige à la plus grande réserve avec qui que ce soit.
Enfin, je vous prierai également de vouloir retourner avec votre réponse la présente lettre, sans en conserver aucune copie.
Dès à présent je vous remercie vivement pour l’aide que, par l’intermédiaire de cette Nonciature Apostolique, vous voudrez bien apporter au Successeur de Pierre dans cette importante et délicate question.
Paolo Romeo, Nonce Apostolique
Rome, le 26 janvier 2006 ».
Pourquoi donc cette réserve style « C.I.A. » pour exprimer une simple préférence? C’est bien simple : ni le Pape ni Ruini ne savent rien de cette initiative du card. Sodano ! Écoutons encore Magister : « La lettre porte la date du 26 janvier, et le seul à qui elle n’est pas envoyée est Ruini. Mais celui-ci en a aussitôt connaissance. Et Benoît XVI en est informé lui aussi, et il découvre que cette lettre dit le contraire de ce qu’il avait l’intention de faire. Le 6 février, il reçoit en audience le nonce qui a signé la lettre, Romeo, qu’il a lui-même convoqué. Il lui demande compte du pourquoi et du comment de l’initiative. Romeo sort de l’audience démoli, mais c’est surtout Sodano qui se met à trembler. Le matin du 14 février, à peine le texte intégral de la lettre est reproduit dans les journaux, Benoît XVI, très contrarié, prend son téléphone et ordonne de rendre immédiatement publique sa confirmation de Ruini à la présidence de la C.E.I… En confirmant Ruini, le Pape invalide la lettre de Romeo, alias Sodano, qui le donnait pour déchu. »
Si Shakespeare avait connu cette affaire, il n’aurait pas hésité à rebaptiser son œuvre la plus fameuse « Romeo et… Sodano »!
Plaisanteries mises à part, le fait est grave : le cardinal Secrétaire d’État a fait écrire et a diffusé un faux, dans l’intention de « se débarrasser » d’une Éminence et de berner le Pape… Cette voix mensongère est-elle la voix du bon Pasteur?
Mais plus qu’un loup, Sodano semble être un mercenaire… En effet, nous apprenons dans Il Foglio du 15 mars 2006 « l’implication d’un neveu (Andrea) du cardinal Secrétaire d’État Angelo Sodano dans les affaires de la compagnie immobilière Follieri Group qui est en train de faire des affaires avec des diocèses et des ordres religieux américains pour des centaines de millions de dollars… ». Nouvelle parue aussi dans National Catholic Reporter le 3 mars 2003 et rapportée par Adista le 11 mars 2006. Nous lisons aussi par hasard dans les archives de Erre News que l’avocat Pasquale Folieri, président du groupe du même nom dont l’ingénieur Andrea Sodano fut nommé vice-président, a fait l’objet d’une enquête (puis a été mis hors de cause par le juge pour les audiences préliminaires du tribunal de Foggia) pour violation de la loi Anselmi sur les sociétés secrètes. Il paraît en outre que les Follieri ont connu, jusqu’à il y a trois ans, de graves problèmes économiques, jusqu’à ce que le gén. Gianalfonso d’Avossa, recherché pour lien avec la mafia russe et pour d’autre « broutilles » de ce genre, « introduise les Follieri auprès de Sodano, lequel les aurait mis en contact, assez récemment, donc, avec son neveu Andrea, titulaire à Asti d’un grand cabinet d’ingénierie civile. D’où la vice-présidence du Follieri Group accordée au neveu du card. Sodano. D’où aussi, probablement, avec des lettres de crédit vaticanes de ce niveau, la rapide ascension du Groupe dans le marché immobilier américain » (Adista, 11 / 03 / 06). Groupe qui – comme par hasard – s’occupe de l’acquisition de biens immobiliers de diocèses et d’ordres religieux présents aux États-Unis[1]. Que dire? Après Marini version Hemingway, et l’histoire de « Romeo et Sodano » digne de Shakespeare, voici maintenant un policier style Agatha Christie!
Lanterius
[1] Il semble que, dans ces « saintes affaires » soit également impliqué Mgt Tomececk, résidant actuellement dans une paroisse de Philadelphie, appelé personnellement à travailler avec le Follieri Group par le secrétaire de Jean-Paul II, l’actuel card. Stanislaw Dziwisz.
Sì Sì No No, Année XXXIX, n°287 Mensuel - Nouvelle Série, Mars 2006
Copyright © 2000-2006 Fraternité Sacerdotale St Pie X