le mystère de jésus
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Nous avons parlé de ce qu'on peut appeler la "mission éternelle" du Verbe, comme Fils de Dieu, à l'intérieur même de la Trinité Sainte, c'est-à-dire de sa procession à partir du Père. Mais en outre, comme Verbe de Dieu, Notre Seigneur, dans la création, a été celui par qui tout a été fait. On peut donc dire que Dieu le Père l'a envoyé aussi dans la création de toutes choses. Certes, la création est l'œuvre de toute la Trinité. Elle n'est pas particulière au Verbe. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont opéré dans la création [1]. Mais le Verbe étant l'exemplaire parfait du Père, il est aussi l'exemplaire de toutes les créatures. En lui se trouvaient, pendant toute l'éternité, toutes les possibilités de la création, dans toute son unité et sa diversité [2].
Enfin la mission particulière de Notre Seigneur, la mission du Verbe, dans le mystère de l'Incarnation et dans le mystère de la Rédemption, cette mission se continue, persévère dans l'Église, dans le sacerdoce des prêtres, dans le développement de son Corps mystique et dans le combat que ce Corps mystique (informé en quelque sorte par Notre Seigneur, par le Verbe de Dieu) mène contre les puissances de l'enfer, contre la puissance du démon.
Mais Notre Seigneur n'est pas seulement comme Verbe, la cause efficiente et exemplaire de toutes choses, il est aussi la cause finale, car tout a été fait pour lui [3]. C'est saint Paul qui nous dit que tout a été fait pour lui, non seulement par lui, mais pour lui. Notre Seigneur est le centre et la fin de toutes choses, de toutes les créatures.
Dans l'épître aux Hébreux (2, 10), saint Paul dit : « Il était bien digne de celui pour qui et par qui sont toutes choses... ». Cette petite phrase a une grande importance. « ... Qu'ayant à conduire à la gloire un grand nombre de fils, il élevât par les souffrances au plus haut degré de perfection le chef qui les a guidés vers le salut. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés, tous sont d'un seul » (Heb. 2,10-11). Donc non seulement le monde a été créé par le Verbe et par Notre Seigneur, mais il a été créé pour lui.
Voici ce qu'écrit dit saint François de Sales dans son Traité de l'amour de Dieu :
« La sacrée Providence détermina de produire le reste des choses, tant naturelles que surnaturelles, en faveur du Sauveur ; afin que les anges et les hommes puissent en le servant participer à sa gloire » [4].
Le saint docteur insiste :
« Étant ainsi que toute volonté bien disposée qui se détermine de vouloir plusieurs objets également présents, aime mieux et avant tout celui qui est le plus aimable, il s'ensuit que la souveraine Providence faisant son éternel projet et dessein de tout ce qu'elle produirait, elle voulut premièrement et aima par une préférence d'excellence le plus aimable objet de son amour qui est notre Sauveur ; et puis par ordre les autres créatures selon que plus ou moins elles appartiennent au service, honneur et gloire d'icelui. Ainsi tout a été fait pour cet homme divin qui pour cela est appelé aîné de toute créature [5], possédé par la divine majesté au commencement de ses voies avant qu'elle fit chose quelconque ».
Saint François de Sales paraphrase l'épître de saint Paul aux Colossiens :
« Créé au commencement avant les siècles car en lui toutes choses sont faites, et il est avant tout, et toutes choses sont établies en lui et il est le chef de toute l'Église tenant en tout et partout la primauté » [6].
C'est extraordinaire et presque à contempler, de penser que toutes choses ont été faites pour le Verbe incarné. Tout ce que le Bon Dieu a fait, toute la création, toutes les créatures, les archanges, les anges, toute l'histoire de l'humanité, tout a été fait pour Notre Seigneur, en vue de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et c'est normal étant donné que tout est pour Dieu, et que tout retourne à Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ [7].
Notre Seigneur Jésus-Christ étant Dieu, venant parmi nous, tout doit être fait pour lui, et nous-mêmes ne valons quelque chose que dans la mesure où nous allons à lui, où nous sommes à lui [8].
On demeure stupéfait, quand on constate que le monde, dans sa majeure partie, vit éloigné de Notre Seigneur, vit ignorant Notre Seigneur.
Si les hommes avaient obéi à l'ordre de Notre Seigneur Jésus-Christ selon ce qu'il a dit aux apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations » ! Les apôtres ont fait ce qu'ils ont pu, puisqu'ils ont versé leur sang pour que tout le monde connût Notre Seigneur, que le monde fût évangélisé. Mais à cause de ceux qui ont trahi Notre Seigneur, qui l'ont renié, des nations entières se trouvent actuellement et se sont trouvées pendant des siècles, en dehors de la connaissance de Notre Seigneur.
Et si toutes choses ont été faites pour lui, toutes choses doivent être orientées vers lui et dépendre de lui.
Par le fait même de son union hypostatique, Notre Seigneur a trois attributs essentiels : il est le Sauveur, il est le Prêtre, il est le Roi. Ces trois attributs qui appartiennent à Notre Seigneur en tant qu'homme, lui sont propres par nature, par sa constitution d'Homme-Dieu.
En Notre Seigneur il n'y a qu'une seule Personne, la Personne du Verbe divin. Par le fait même que la sainte Humanité de Notre Seigneur, c'est-à-dire son corps et son âme, est assumée par cette Personne divine, cet homme, Jésus-Christ, est le Sauveur, le Prêtre, le Roi. C'est normal. Cela découle logiquement de son existence, de son être, de la volonté de Dieu [9]. Par conséquent, le monde devrait lui être complètement soumis. Il ne devrait y avoir aucune créature, aucune nation qui ne soient soumises à Notre Seigneur. Cela devrait être ainsi.
Il faut que nous en soyons convaincus, de façon à travailler au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ, à ce que son sacerdoce soit vraiment continué.
Enfin, il est le Sauveur. Tous les peuples, toutes les nations devraient savoir qu'il n'y a pas de salut possible en dehors de Notre Seigneur Jésus-Christ parce qu'il n'y a qu'un seul Sauveur.
Nous devons en être absolument convaincus de telle manière que nous rejetions toutes formes de cette espèce de faux œcuménisme qui invente des voies de salut en dehors de Notre Seigneur, qui invente un sacerdoce en dehors de Notre Seigneur, et un roi possible en dehors de Lui, c'est-à-dire le règne de l'homme, le règne du peuple, cette fausse démocratie qui met le peuple à la place de Dieu, à la place de Notre Seigneur.
C'est vraiment l'hérésie moderne, qu'on peut désigner sous un terme nouveau, car il semble bien qu'il y ait une nouvelle hérésie en plus du modernisme, du libéralisme, de toutes ces erreurs anciennes.
Il me semble que l'on peut définir cette erreur moderne : l'œcuménisme, ce faux œcuménisme. S'il devait y avoir un véritable œcuménisme, encore conviendrait-il de le définir [10].
C'est cet œcuménisme faux qui fait que ce n'est plus l'Église catholique qui est la seule véritable religion. Les hommes d'Église ont inventé cette nouvelle Église œcuménique qui se met au niveau des autres religions, qui accepte toutes les erreurs et par le fait même laïcise tous les États. Le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ se dissout et n'existe plus.
Ainsi Notre Seigneur ne peut plus régner. Il ne règne pas parmi les musulmans, ni parmi les bouddhistes. Il ne règne même pas parmi les protestants qui croient plus ou moins à sa divinité [11], et qui surtout ne croient pas que l'Église catholique est la véritable religion.
C'est pourquoi nous devons toujours revenir aux vérités fondamentales et essentielles: qu'est-ce que Notre Seigneur ? Le grand problème de l'humanité, notre grand problème, c'est cela : qu'est-ce que Notre Seigneur Jésus-Christ ?
C'est extrêmement consolant, très fortifiant, très tonique, de penser que Notre Seigneur est celui pour qui toutes choses ont été faites.
Notes
[1] « Nous croyons de tout cœur et déclarons de bouche que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, un seul Dieu, dont nous parlons, a créé, a formé, gouverne et ordonne toutes les choses corporelles et spirituelles, visibles et invisibles » (Profession de foi prescrite aux Vaudois, 1208 ; Dz 421, DS 790, FC 241).
[2] Cf. Col. 1, 15 : « En lui (dans le Fils de Dieu) toutes choses ont été constituées, dans le ciel et sur la terre ». Ce que commente Saint Thomas d'Aquin :
« Les Platoniciens posaient des idées (éternelles) et disaient que toute chose existe en tant qu'elle participe d'une idée... Au lieu des idées, nous avons une seule réalité : le Fils, Verbe de Dieu... et de même que nous disons que l'architecte construit la maison d'après la forme qu'il a conçue en lui, de même on dit que Dieu fait toutes choses en sa sagesse... Or cette forme et cette sagesse divines, c'est le Verbe ; et c'est ainsi que toutes choses ont été faites en lui, comme d'après un exemplaire ou un modèle. "Dixit et facta sunt" : Il a dit, et les choses ont été faites" (Ps 32, 9) : parce qu'en sa parole, en son Verbe éternel, Dieu a créé toutes choses, de telle manière qu'elles soient » (Commentaire sur les épîtres de saint Paul).
[3] « Tout a été créé par lui et pour lui » (Col. 1, 16).
[4] Livre II, ch. 4.
[5] « Primogenitus omnis creaturae » (Col. 1, 15)
[6] Cf. Col. 1, 16-18.
[7] « Le Christ, en tant qu'homme, est pour nous la voie pour tendre vers Dieu » (Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 2 introduction).
« Notre Sauveur le Seigneur Jésus-Christ nous a montré en lui-même la voie de la venté, par laquelle nous puissions, en ressuscitant, parvenir à la béatitude de l'immortelle vie » (Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, prologue).
[8] C'est-à-dire dans l'ordre de la grâce, où les membres de son Corps mystique sont unis à leur Chef "soit par la foi, soit par la charité, soit par la fruition dans la Patrie" (Saint-Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q.8, a 3).
[9] « L'office propre du prêtre est d'être médiateur entre Dieu et le peuple (...) or cela convient au plus haut point au Christ... Il réconcilia le genre humain avec Dieu, selon ce que dit saint Paul (Col 1,19-20) : « En lui, c'est-à-dire en le Christ, il lui plut de faire habiter toute la plénitude et, par lui, de réconcilier toutes choses », donc il convient au plus haut point au Christ d'être prêtre » (Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 22, a 1).
[10] Parlons plutôt de vrai zèle pour l'union des chrétiens, selon le principe donné par Pie XI : « L'union des chrétiens ne peut être procurée autrement qu'en favorisant le retour de dissidents à la seule et véritable Église du Christ, qu'ils ont eu jadis le malheur d'abandonner » (Encyclique Mortalium animos, du 6 janvier 1928, JEPS. L'Église, n° 872). L'œcuménisme, lui, suppose le principe faux des "Églises sœurs" qui devraient se réconcilier en regrettant leurs fautes, en conciliant leurs divergences, en reconnaissant la valeur des autres en tant que telles dans le mystère du salut (cf. Concile Vatican II, Unitatis redintegratio, nos 3-4).
[11] Ils n'en admettent pas les conséquences, ni individuelle : la grâce sanctifiante, ni sociale : le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ.
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