liturgie : ses principes fondamentaux

- par Dom Gaspard Lefebvre -


 

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- Chapitre 4 -

PAR L'ÉGLISE à DIEU

 

Nous devons aller à Dieu le Père par Jésus dans l’Esprit-Saint. Mais cette médiation de Jésus, comment pourrons-nous en user puisque, depuis l'Ascension, notre Pontife suprême a quitté la terre ? Et cet Esprit-Saint, envoyé pour le remplacer, où réside-t-il ?

C'est ici qu'il convient d'évoquer cette personne morale que la liturgie appelle « Notre Sainte Mère l'Église ». C'est par l'Église, et par elle seule, que nous entrons dans la maison paternelle, qui est le royaume des cieux.

L'Église visible, c'est tout d'abord le Pape. Avant de quitter cette terre, Jésus revêt du Pontificat suprême Pierre, le chef des Apôtres, et tous les Papes, ses successeurs : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel[1]. » Puis, lorsqu'il prend congé de tous ses Apôtres Jésus leur dit : « Recevez l'Esprit-Saint. Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel[2]. »

Le pouvoir de Pierre est étendu à tous les Apôtres réunis à leur chef. « Immédiatement après le Pontife Romain et sous sa direction, écrit Léon XIII, le gouvernement des intérêts religieux du christianisme appartient aux Évêques. S'ils ne sont pas placés au faîte de la puissance pontificale, ils sont cependant princes dans la hiérarchie ecclésiastique et, comme chacun d'eux est préposé au gouvernement d'une église particulière, ils sont, dit saint Thomas, comme les ouvriers principaux dans la construction de l'édifice spirituel[3]. »

De sorte qu'il existe sur terre une hiérarchie visible, ou principat sacré constitué par le Pape et par tous les Évêques. Cette Église visible remplace Jésus dont elle étend pour ainsi dire l'Incarnation au monde entier et à travers tous les âges, car ce sont les pouvoirs du Christ qu'elle exerce. Bien plus, elle possède la mystérieuse puissance de faire descendre sur tous les autels le Verbe Incarné et elle veille autour de tous les tabernacles où il réside. C'est en vertu des mêmes paroles : « Faites ceci en mémoire de moi[4] », dit le Concile de Trente, que les Apôtres reçoivent le pouvoir de consacrer et sont établis prêtres, ce qui montre l'union intime qui existe entre l'Eucharistie et la Hiérarchie. L'Église est donc comme une continuation de Jésus, parce qu'elle en est inséparable et que, revêtue du sacerdoce même du Sauveur, elle supplée, par son ministère, à tout ce qui manque au Christ dans le Saint-Sacrement.

C'est au nom de Jésus-Hostie qui, dans ce nouvel état, a cessé de parler et de se mouvoir, que l'Église prêche et agit. De sorte que l'autorité ecclésiastique, toujours inséparable du Christ, peut dire comme lui : « Personne ne va au Père que par moi ».

* * *

 Par Jésus-Église nous allons au Père dans l'Esprit. « C'est l’Esprit-Saint, affirme l'Apôtre, qui a posé les Évêques pour régir l'Église de Dieu[5]. » Cet Esprit prit possession de l'Église au jour de la Pentecôte. Descendu sur le Christ sous la forme d'une colombe, symbole d'amour, il descendit, nous l'avons vu, sur l'Épouse du Christ sous la forme de langues de feu, autre symbole d'amour, dans le Cénacle. Et depuis, il n'a jamais quitté l'Église. Aussi le règne de la Hiérarchie catholique est le règne de l'Esprit-Saint. Il en est tellement inséparable que saint Pierre au concile de Jérusalem s'écrie : « Il nous en a semblé à nous et à l’Esprit-Saint... »

L'Église, nous le disions au chapitre précédent, mentionne l'action de cet Esprit dans les formules et les rites de son culte public, en sorte que l'on se rend compte de la venue de cet Esprit. Il importe de le montrer davantage encore.

Saint Paul parle de la grâce de l'Esprit-Saint qu'il a donnée à Timothée par l'imposition des mains. Dans la cérémonie du sacre d'un évêque, les trois pontifes consécrateurs lui imposent simultanément les mains et disent : « Reçois l'Esprit-Saint ». Puis ils versent sur sa tête le Saint Chrême, ce signe habituel des grâces du divin Esprit.

Cet Esprit-Saint, les Évêques le communiquent, à leur tour, à leurs prêtres : « Si quelqu'un dit que, par la Sainte Ordination, l'Esprit-Saint n'est pas donné, qu'il soit anathème », déclare de Concile de Trente. Étendant sa main, et après lui tous les prêtres, l'Évêque dit : « Répandez, Seigneur, dans leur âme l'Esprit de sainteté ». Puis, au chant du Veni Creator Spiritus, il oint leurs mains de l'huile des catéchumènes. Enfin il souffle sur eux, comme autrefois Jésus sur ses Apôtres, en disant : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ».

Il ordonne aussi le diacre en lui imposant les mains et en disant : « Recevez le Saint-Esprit, pour que vous soyez fort et résistiez au démon ». Pour le sous-diacre il dit : « Remplissez son âme du Saint-Esprit et de ses sept dons ».

Lorsque l'Évêque confirme, il chante d'abord le « Veni Creator Spiritus », puis il impose les mains. Il dit ensuite : « Envoyez l'Esprit-Saint, le Paraclet, l'Esprit de Sagesse et d'Intelligence, de Conseil et de Force, de Science et de Piété, l'Esprit de Crainte ». Puis il oint les confirmands du Saint Chrême en disant : « Je vous confirme avec le chrême du salut ». « 0 Dieu, termine-t-il, qui avez donné votre Esprit-Saint à vos Apôtres et qui avez voulu que par eux et leurs successeurs il fût transmis aux autres fidèles, faites descendre le même Esprit sur les enfants dont les fronts ont été par nous oints du Saint Chrême, qu'il daigne habiter dans leurs cœurs et en faire des temples où il manifeste sa gloire. »

En administrant l'Extrême-onction, les prêtres oignent aussi les infirmes et ajoutent : « Guérissez, Seigneur, nous vous en supplions, par la grâce du Saint-Esprit les infirmités de ce malade. »

La Hiérarchie sacrée, qui est le prolongement de Jésus, possède et donne comme lui l'Esprit-Saint. Se laisser guider par elle, c'est, comme nous le disions, aller au Père, par le Christ dans l'Esprit-Saint.

Mais, comment de fait, l'Église nous conduit-elle au Père ?

Pour le comprendre rappelons-nous que Jésus a donné à son Église le pouvoir de magistère pour instruire les âmes, celui de ministère pour les sanctifier et celui de gouvernement pour les diriger. Ce triple pouvoir, c'est sous l'action de l'Esprit-Saint que la Hiérarchie sacerdotale l'exerce, et nous voudrions montrer qu'elle le fait tout spécialement par la liturgie.

 

Le triple pouvoir

1) Le pouvoir de magistère.

Le Pape, assis sur la Chaire de Saint-Pierre à Rome, est le docteur de l'Église universelle et c'est au cours ou à l'occasion d'une cérémonie liturgique qu'il parle ex cathedra[6]. De même l'Évêque assis dans sa chaire épiscopale (cathedra) est le docteur de son Église particulière, d'où le nom de cathédrale donné à l'église où cette chaire se trouve.

Dans la première partie de la Messe, les lecteurs lisent les Lectures tirées de l'Ancien Testament, le sous-diacre lit l’Épître, ainsi appelée parce qu'elle est le plus ordinairement tirée des épîtres du Nouveau Testament, et enfin le diacre lit l'Évangile. « Celui qui préside, dit saint Justin, adresse alors au peuple une allocution dans laquelle il l'instruit sur les passages qui ont été lus et l'exhorte à l'imitation de ces sublimes exemples[7]. » A l'époque de ce Père de l'Église, l'évêque seul présidait et, s'il arrivait qu'il fût retenu par la maladie ou par tout autre empêchement légitime, il déléguait un prêtre pour le remplacer dans le ministère de la prédication.

Dès les temps des apôtres, écrit Dom Ursmer Berlière, nous voyons la parole de Dieu annoncée dans le service divin, unie si étroitement aux lectures liturgiques que la tradition catholique n'a jamais cru devoir la séparer complètement du service liturgique ou lui retirer cette place d'honneur qui lui revient à juste titre[8]. »

Et, de nos jours encore, c'est à la messe qu'on lit, les dimanches et jours de Fête, les lettres encycliques des Papes ou les lettres pastorales des Évêques.

Qu'il est substantiel et abondant ce pain de la doctrine distribué par l'Église au cours de l'Avant-Messe. Chaque jour, ce sont des extraits de l'Ancien et du Nouveau Testament ; des versets de Psaumes dans l'Introït, le Graduel, l'Offertoire et la Communion ; des passages des Prophètes ou des Apôtres dans l'Épître, qui tous viennent mettre en lumière la parole de Jésus dans l'Évangile. A cet ensemble si puissamment lumineux, la liturgie vient ajouter une dernière perfection. L'on comprend davantage la doctrine du Maître, par exemple sur la pénitence, lorsque, au mercredi des Cendres, on l'entend dans une église où tout prêche le deuil et exprime la douleur que l'Église ressent de nos péchés. L'on saisit mieux toute la portée de la Résurrection du Christ lorsque l'Évangile, qui en parle, est lu et commenté, après les longs jours de deuil du Carême, par les ministres revêtus de vêtements de joie, après un chant enthousiaste de l'Alléluia et au milieu d'une assemblée nombreuse conviée pour partager cette vie nouvelle du Sauveur par la communion pascale.

Qu'il est éloquent cet enseignement donné quotidiennement par l'Église lorsqu'elle nous propose un Saint comme modèle et qu'elle nous décrit sa vie dans l'office et la messe. C'est à la fois un exposé théorique et pratique des vertus chrétiennes.

Et, au cours de l'année, que de fêtes et, dès lors, que de leçons et que d'exemples nous sont ainsi donnés. C'est le Christ lui-même ou l'un des membres de son corps mystique que nous avons de la sorte d'une façon vivante toujours devant les yeux. Et l'imitation de Jésus, c'est la sainteté.

En parlant des Évangiles des dimanches, le Concile de Trente va jusqu'à affirmer qu'en les expliquant aux fidèles au cours de l'année on leur fait repasser tous les points de doctrine contenus dans le Catéchisme[9]. Et Bossuet n'a pas hésité à dire que « le principal instrument de la Tradition est renfermé dans les prières de l'Église[10] ».

La liturgie est une théologie que l'on étudie à genoux. Tous les dogmes y sont proclamés avec une rare puissance de pénétration, car l'Église met en œuvre pour le faire toutes les facultés de l'homme à la fois. La fête de Noël, par exemple, avec ses chants joyeux et ses lumières, avec les magnifiques textes de son office et de la messe qui ne parlent que de l'Enfant-Dieu, apparaît chaque année, comme une affirmation des plus éloquentes du dogme de l'Incarnation. Il en va de même pour la Résurrection, pour l'Ascension de Jésus, pour l'Assomption de Marie et pour tous les Mystères dont le missel et le bréviaire font l'exposé aux jours où on en célèbre l'anniversaire.

« Tout dans l'institution des fêtes liturgiques, dit le Catéchisme de Pie X, a été si bien disposé, tout a été si bien adapté aux circonstances, les cérémonies, les paroles, le chant, l'ordonnance extérieure en tous ses détails, qu'elles peuvent faire pénétrer profondément dans l'esprit les mystères que nous célébrons, et nous porter aux sentiments et aux actes correspondants, Si les fidèles étaient bien instruits de cette matière, et célébraient les fêtes avec l'esprit voulu de l'Église en leur institution, on obtiendrait une rénovation de foi. »

« Pour instruire le peuple des vérités divines, disait à son tour Pie XI, et pour l'élever aux joies spirituelles et intérieures, les splendeurs de la liturgie sont bien plus efficaces que les documents du magistère ecclésiastique, même les plus importants. Car ceux-ci n'atteignent que les catholiques les plus cultivés, en nombre assez restreint, celles-là touchent et enseignent tous les fidèles ; les uns ne sont publiés qu'une fois, les autres élèvent la voix, si l'on peut s'exprimer ainsi, chaque année, ramenées régulièrement par le cycle liturgique ; les uns ne s'adressent principalement qu'à l'intelligence, les autres, à l'intelligence et au cœur, à l'homme tout entier. Et il faut bien se rendre compte que l'homme, composé de corps et d'âme, est vivement saisi par la beauté et la variété du culte extérieur, dont les cérémonies font pénétrer jusqu'au plus intime de son être la doctrine céleste. Cette doctrine devient comme la sève, le sang de la vie spirituelle, de plus en plus vigoureuse et de plus en plus féconde » (Encyclique du Christ-Roi, 25 déc. 1925).

Nous avons donc le droit de conclure que le culte public, où l'Église met elle-même en valeur, sous la direction de l'Esprit-Saint, les richesses des Écritures et de la Tradition, est la voie ordinaire — voie normale et sûre — par où son magistère s'exerce parmi les hommes[11].

 

2) Le pouvoir de ministère.

C'est par un ensemble de prières, de cérémonies et de rites, réglés d'après l'ordonnance des livres liturgiques (Missel, Bréviaire, Rituel, Pontifical, Cérémonial des Évêques et Martyrologe) que l'Église exerce son pouvoir de ministère dans ce qu'il a d'essentiel. Tous les chapitres qui suivent le prouveront. Qu'il nous suffise pour le moment de montrer d'une façon générale comment la liturgie coopère à notre sanctification.

1) Chaque jour, la hiérarchie catholique célèbre le saint sacrifice, qui est le centre de son culte, et récite les heures canoniales, afin d'obtenir de Dieu pour tous les chrétiens les grâces méritées sur le Golgotha.

2) Chaque année, elle commémore dans les fêtes du Cycle liturgique les principaux mystères de la vie de Jésus pour en appliquer les mérites à nos âmes.

3) Durant toute notre vie, elle administre les sacrements[12], qui nous assurent les grâces indispensables au salut.

A peine un enfant est-il né que l'Église, par ses prêtres, se penche comme une mère sur son berceau et lui donne par le baptême la vie de la grâce. Plus tard, elle l'admet à la table eucharistique où il participe plus pleinement aux fruits de la messe qui sont ceux du Calvaire. Dès son entrée dans l'adolescence, son Évêque le confirme. A-t-il le malheur d'offenser Dieu, l'Église le réconcilie avec Lui. Lorsque vient le moment, pour un adolescent, de se choisir un état de vie, c'est elle encore qui lui confère le sacerdoce, qui préside à sa profession religieuse ou qui bénit son mariage.

Et enfin, lorsque l'heure est arrivée pour une âme d'aller à Dieu, l'Église la recommande au Très-Haut par l'onction sainte et, dans le deuil, elle récite l'Office et la Messe des Défunts sur sa dépouille mortelle qu'elle dépose ensuite dans une terre bénite.

Tous les sacramentaux comme l'eau bénite, le Confiteor, le Pater, la lecture de l'Évangile, l'encens, la bénédiction des cierges, des cendres, des rameaux, et toutes les bénédictions que l'Église donne en toutes circonstances coopèrent très efficacement aussi, nous le verrons, à notre sanctification.

 

3) Le pouvoir de gouvernement

Le pouvoir de gouvernement est « cette couronne royale que le Père a déposée sur le front de son Christ et que Jésus-Christ dépose sur le front de son Église[13] ». Ce pouvoir, qui est tout à la fois législatif, judiciaire et coercitif, s'exerce en partie par la liturgie.

Le droit de liturgie, ou le droit de régler le culte public et officiel, appartient au Chef visible de l'Église[14]. C'est depuis le Concile de Trente que les Pontifes romains se sont réservé ce droit. Les liturgies des différentes églises et les coutumes générales qui s'établissaient dans le culte par le consentement de l'Évêque n'étaient du reste légitimées que par l'acception tacite du Pape.

« Les livres liturgiques, qui règlent journellement nos sacrifices, nos adorations et nos prières, tirent toute leur puissance de louanges, d'intercession et de sainteté du fait qu'ils sont donnés par le chef actuel de la hiérarchie. Leur titre transcendant et incomparable devant le Père qui est aux cieux et devant les fidèles, c'est qu'ils formulent la grande Prière organisée par le vicaire de Jésus-Christ[15] ».

Bréviaire, missel, rituel ont reçu de son autorité suprême leur authenticité légale et, dès lors, les prières qu'ils contiennent ne sont pas seulement des formules approuvées, elles sont la prière officielle de l'Épouse du Christ, douée comme telle d'une puissance supérieure d'intercession. L'Église fait siennes ces formules, elles sont donc toutes débordantes des mérites du Christ, chef invisible de l'Église, et de tous les Saints qui sont ses membres.

« Gardienne de l'idée de devoir, écrit Dom M. Festugière, la liturgie devient, par l'effet de la législation rituelle, une école de devoirs. Nous n'avons pas à analyser autrement ici cette législation qui règle le cycle annuel, qui distribue quotidiennement entre des actes liturgiques distincts la tâche de la prière officielle, et qui, enfin, par ses « rubriques » détermine jusque dans le détail l'accomplissement du culte[16]. »

C'était ordinairement aussi à l'occasion de ses réunions liturgiques que l'Église portait ses jugements et ses ordonnances, comme nous le rappelle encore maintenant la législation ecclésiastique concernant la publication des bans qui se fait après l'évangile.

De nos jours encore, l'Avent et le Carême sont des temps clos pour la solennité des mariages, et le Carême une période de jeûne et d'abstinence. Aux mêmes époques l'Église interdisait la guerre, suspendait les tribunaux et arrêtait les poursuites judiciaires. Les observances des Vigiles, des Quatre-Temps et des Vendredis sont aussi des exercices de pénitence qui dépendent de la liturgie.

C'était souvent à l'occasion de ses réunions liturgiques que l'Église exerçait son pouvoir exécutif. « L'expulsion et la réconciliation des pénitents qui, par leur nature, appartiennent à la discipline coercitive de l'Église sont, par leur forme, des actes cérémoniels », dit M. Desloge. La confession pascale avec la pénitence imposée en est encore un vestige et une réelle application.

L'excommunication exclut de l'Église et l'assemblée des fidèles ; elle ferme l'entrée même des églises.

Le pouvoir coercitif s'exerce encore par l'interdit qui prive toute une région des prières publiques, des sacrements et de la sépulture ecclésiastique.

L'Église est donc reine et elle exerce une partie de sa souveraineté dans la liturgie. Toujours elle s'y montre juste et si, parfois, elle y use de sévérité pour le besoin des âmes dont elle a la charge, c'est en y mêlant sa prière toute-puissante afin d'obtenir de Dieu le pardon. De sorte que c'est plutôt une mère qui, par la discipline un peu rude du Carême, de l'Avent ou des Vigiles, amène ses enfants à goûter plus pleinement les joies de Pâques, de Noël et des grandes fêtes de l'année.

Concluons-en la nécessité, pour l'âme qui veut puiser l'esprit chrétien à sa source première et indispensable, d'aimer la liturgie, car c'est par elle que l'Église exerce une bonne part de son magistère, les parties essentielles de son ministère et un peu de son pouvoir disciplinaire.

Un strict minimum de participation à la vie liturgique s'impose à tous : c'est notamment l'assistance à la messe les dimanches et jours de fêtes.

Mais, pour l'âme qui voudra être pleinement soumise au triple pouvoir qu'exerce l'Église afin d'aller entièrement par elle à Dieu, elle se fera un devoir de recourir le plus souvent possible à la liturgie. Il y aurait donc inconvénient pour qui veut devenir parfait à faire abstraction, dans sa vie quotidienne, du culte liturgique. Il se priverait par là de bien des grâces et priverait Dieu de la gloire spéciale que lui donne la prière publique de l'Église.

 


Notes

[1] S. Matthieu, XVI, 18-19.

[2] S. Jean, XX, 22-23.

[3] Sapientiae christianae.

[4] S. Luc, XXII, 19.

[5] Actes des Apôtres, XX, 28.

[6] Après l'Évangile de la grand'messe papale, Pie IX définit en 1854 le dogme de l'Immaculée Conception, puis il continua la messe.

[7] Apol., c. 67.

[8] Revue Bénédictine, mars 1890.

[9] Voir : Appendice de Catéchisme du Concile de Trente ou le Catéchisme distribué pour chaque dimanche de l'année et adapté aux Évangiles. — On ne saurait assez préconiser la reprise de l'Homélie ou explication de l'Évangile de la messe au prône. La prédication ne pourra que gagner à être mise chaque dimanche dans son cadre liturgique.

[10] États d'oraisons, c. VI.

[11] « La liturgie, affirmait Pie XI, au cours d'une audience le 12 décembre 1936, est le plus important organe du magistère ordinaire de l'Église. »

[12] Les sacrements produisent la grâce ex opere operato, ce qui veut dire que la dévotion ou les dispositions du ministre (celui qui confère le sacrement) et du sujet (celui qui le reçoit) ne sont pas cause efficiente ou méritoire de la grâce produite par le sacrement.

[13] Dom Gréa, De l'Église et de sa divine constitution, Paris, 1885.

[14] « Unius Apostolicae Sedis est tum sacram ordinare liturgiam, tum liturgicos approbare libros » (Can. 1257).

[15] D. Beauduin, La piété de l'Église, p. 24.

[16] La liturgie catholique, Maredsous, 1913, p. 129-130.

 

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