Mgr Lefebvre et la réforme liturgique

 

« Rapidement nous nous sommes trouvés en opposition avec les réformes. Il a fallu choisir. Pour moi cela n’a pas fait un doute. Nous devions les refuser radicalement. Ayant vécu la préparation du Concile, le Concile, ayant vécu le climat des réformes, puisque je vivais à Rome jusqu’en 1969, il n’y a eu aucun doute : ces réformes étaient imposées à l’Église par des hommes qui se sont infiltrés à l’intérieur de l’Église et ont réussi par des manœuvres illégitimes et illégales, à faire imposer ces décrets sur la liturgie ou les autres réformes. Je ne puis m’empêcher de penser à ce que j’ai vu moi-même.

Étant Supérieur général, je faisais partie de l’union des Supérieurs généraux de Rome, membre du Comité des Supérieurs généraux (qui comprenait 6 ou 7 Supérieurs élus pour représenter les autres Supérieurs généraux). Or, au moment de la réforme et avant qu’elle ne soit définitivement acceptée, il était déjà dans l’air qu’une réforme aurait lieu. Les Supérieurs généraux ont donc demandé au Père Bugnini de venir expliquer quelle était l’idée de cette « messe normative » dont on commençait à parler. Nous étions 84 Supérieurs généraux présents à cette occasion. Le Père Bugnini nous a parlé de cette « messe normative » absolument comme s’il n’y avait jamais eu de messe dans l’Église. On aurait cru que sa messe allait être la première messe qu’on allait célébré dans l’Église. Il n’a pas fait une seule allusion à la messe ancienne. Avec une inconscience inimaginable ! Je pense que la plupart des Pères généraux ont été stupéfaits. Moi-même, je n’ai pas eu le courage de faire une réflexion. J’étais tellement bouleversé par cette affaire ; chaque fois qu’il inventait encore une nouvelle chose, je me disais : « Ce n’est pas possible que cet homme qui est devant moi soit le porte-parole de l’Église et du pape. Ce n’est pas possible ! Comment peut-on nous parler avec une telle désinvolture du Sacrifice de la Messe ? »

A la fin de la conférence, il y a eu deux questions posées.

La première, par je ne sais plus quel Supérieur, qui a dit : « Mon Révérend Père, si je comprends bien, la messe normative va durer de 12 à 15 minutes, avec tout ce que vous avez dit. Il n’y pratiquement plus d’offertoire, presque plus d’oraisons après la communion… » Il a répondu : « Oh, on pourra toujours rajouter quelque chose. » Je l’ai entendu de mes propres oreilles et de la bouche de l’auteur de la réforme liturgique.

Puis l’Abbé général des Bénédictins s’est levé. Il a dit : « Mon Père, vous avez parlé de participation active des fidèles, et vous y êtes revenu. Mais nous Bénédictins, nous disons la Messe sans participation active des fidèles. Alors ? Que faudra-t-il faire ? Faut-il encore continuer à dire nos Messe privées ? ». Il a répondu : « Oh, à vrai dire, on n’y a pas pensé. »

Incroyable ! Rien qu’à entendre celui qui l’a faite, cela suffirait déjà pour douter de la légitimité de cette réforme. »

(Mgr Marcel Lefebvre, 23 juin 1981, Extraits d'une Conférence spirituelle)