Une démarche de vérité


 

Le 11 octobre, des sources vaticanes annonçaient la parution prochaine d’un Motu Proprio de Benoît XVI visant à libéraliser le rite tridentin de la messe. Ce texte, dont la publication était prévue pour le 11 novembre (jour anniversaire de l’armistice !), n’est pourtant pas paru. Il a été confié à différentes commissions romaines, perdant par là même sa nature Motu Proprio. Nul n’ignore que ce report, annonciateur sans doute d’aménagements restrictifs, est notamment la conséquence des réactions de l’épiscopat français suite à cette annonce.

 

Leurs arguments réclament certes d’être analysés précisément (cf. p. 3 à 5). Si les uns semblent paradoxaux – voire à double tranchant – d’autres dévoilent de véritables questions jusque-là occultées, qu’il importait de voir apparaître au grand jour. Nous nous en réjouissons. Pourtant, la manière dont le débat a été orienté ne peut que laisser certains regrets. Parce que l’annonce de ce futur Motu Proprio a suivi de peu la reconnaissance de l’Institut du Bon Pasteur (cf. p. 6), les évêques français se sont beaucoup plus inquiétés des intentions supposées de Benoît XVI que de la question du rite liturgique lui-même. Tel ou tel évêque l’a clairement reconnu devant la presse au lendemain de l’assemblée plénière de Lourdes. La perspective fut celle de l’accueil des traditionalistes, pour ne poser finalement qu’une seule question : à quel prix ? De ce fait, les tensions ne pouvaient que s’exacerber et les passions s’enflammer.

 

La problématique posée tant par Benoît XVI que par la Fraternité Saint-Pie X est tout autre. Persuadés qu’une unité véritable ne se fera que dans la charité de la vérité, ils savent que la question liturgique, malgré tout son importance, n’est qu’un préliminaire indispensable. Rétablir le climat de vérité réclame en effet de lever la contradiction aussi grave que dommageable qui habite la question liturgique : à l’heure où les plus hautes autorités ecclésiastiques reconnaissent que le rite tridentin n’a jamais été abrogé (cf. Lettre à nos frères prêtres n° 26), ce rite continue à subir un interdit de fait gravement injuste. Reconnaître son droit inhérent revient donc à quitter le domaine de la pression opportuniste, pour s’engager dans une démarche de vérité. Alors les véritables questions, entre autres ecclésiologiques, pourront être traitées sereinement, c’est-à-dire dans un climat d’ouverture et de vérité. Telle est le souhait de Benoît XVI, auquel la Fraternité Saint-Pie X ne peut qu’adhérer.

 

Abbé Régis de CACQUERAY