Quelle image donner du prêtre?
- remédier à la crise des vocations -
Une nouvelle année académique est quelquefois synonyme pour nous, prêtres, de mutation. A cette occasion, nous découvrons toujours plus concrètement la raréfaction du clergé en notre pays. Les chiffres sont connus, et hélas parlants. Entre 1981 et 1995, la France a perdu un tiers de ses prêtres diocésains : leur nombre est passé de 38 449 à 28 694. Dix ans plus tard, il n’est plus que de 17 473, chiffre qu’il faut encore réduire d’un quart si l’on veut connaître le nombre de prêtres exerçant une charge pastorale. Les perspectives ne sont pas plus réjouissantes. Voici deux ans, le journal La Croix publiait des statistiques (années 2004) et projections (année 2014). Le comparatif ainsi posé était aussi cruel que trompeur : « Un prêtre au lieu de trois », commençait l’article. Un chiffre n’en demeure pas moins vrai : dans huit ans, les prêtres diocésains âgés de moins de 65 ans ne seront plus que 4 405, étant encore admis que tous les séminaristes aujourd’hui recensés (768) persévèrent dans leur vocation !
A l’évidence, ce cri d’alarme a été pris en compte depuis longtemps. Les synodes diocésains furent par exemple l’occasion d’une réorganisation profonde des territoires paroissiaux, tandis que les provinces ecclésiastiques de France redéfinissaient voici peu leurs limites. De la même manière, le journal La Croix, en publiant ces statistiques, les entourait d’un long dossier destiné à répondre à la question : comment ? Comment relever ces défis qui s’imposent à l’Église de France ?
Curieusement, il est une autre question quelque peu occultée, dont la réponse me paraît pourtant indispensable à qui veut solutionner le comment. Cette question est celle du pourquoi. Pourquoi l’Église catholique n’a-t-elle pas su, en France et plus généralement en Europe, assurer la relève de ses ministres ? Les causes lui sont-elles seulement extrinsèques ? Tous savent que cette autojustification facile ne serait pas la plus belle marque de droiture intérieure… Aussi une démarche de vérité s’impose-t-elle : l’image que l’Église a donnée de son sacerdoce n’a-t-elle pas été pour quelque chose dans ce tarissement des vocations ?
De par son sujet, le dossier qui suit dépasse de beaucoup la simple analyse d’une situation. Il touche au plus intime de nous-mêmes, à la nature même de notre sacerdoce, à notre manière de le vivre. Ne l’oublions pas : de là aussi, de là surtout, dépend l’éclosion de vocations chez les jeunes qui nous entourent. Puissent-elles être nombreuses en ces jours maigres…
Abbé R. de CACQUERAY