Spiritualité sacerdotale

 

Une figure eucharistique de sainteté sacerdotale, le Père Maximilien Kolbe

 Ces quelques lignes sont en grande partie inspirées d’un long article de Mgr Guy Bagnard, Évêque de Belley-Ars, paru voici un an dans la revue diocésaine  Église des Pays de l’Ain (n°8, 23 avril 2004).

 Au mois de juillet 1941, une scène désormais connue se déroulait dans le camp d'Auschwitz. Un prisonnier s'étant évadé du camp, tous avaient été rassemblés le lendemain matin ; dix d'entre eux furent sélectionnés pour mourir dans le bunker de la faim, en guise de représailles. C’est alors qu’un homme sortit des rangs. Arrivé devant le colonel qui vociférait, il adressa calmement sa demande : « Je voudrais mourir à la place du prisonnier Gajowniczeck ; il a une femme et des enfants. Moi, je n’en ai pas » – « Qui es-tu ? » hurle l’officier. « Je suis prêtre catholique ».

 En cet instant sublime, décliner son identité, ce n'était pas dire son nom, sa nationalité ou ses origines. Pour cet homme, c'était dire : je suis prêtre catholi­que. Car en cet acte, l'homme n'était plus que prêtre, prêtre catholique. Il faisait en effet intégralement corps avec le sacrifice eucharistique qui est au cœur du sacerdoce catholique. En union à la divine victime qui chaque jour par sa bouche renouvelait son oblation sur l’autel, il offrait à son tour sa propre vie pour le salut de ses frères. Il ne faisait plus qu’un avec le sacrifice eucharistique, son sacerdoce allait le consumer.

 Trente ans plus tard, ce prêtre, Maximilien Kolbe, était béatifié. C’était le 17 octobre 1971, alors que l’ordre sacerdotal était profondément ébranlé. Les entrées au séminaire étaient en chute libre, le célibat consacré vive­ment contesté, et nombre de prêtres abandonnaient leur sacerdoce. Face à cette terrible crise qui ne faisait que poindre, l’Église ne voulut pas se confiner à des solutions de type fonctionnel, organisationnel, issues d'analyses socio-politiques. En proposant pour modèle la figure du père Kolbe, elle apportait au contraire une réponse concrète. Dans la mesure où, à l’instar du père Kolbe, chaque prêtre ferait du sacrifice eucharistique le cœur de sa journée comme de sa prédication, alors sonnera le tocsin de la crise du clergé, et à nouveau les vocations afflueront.

 Ce message est d’une actualité brûlante. Du sacrifice, qui ose encore parler ? Qui ose le prêcher ? L’un des entretiens de Jean Guitton avec Paul VI, daté du 18 septembre 1969, dénonce cette carence d’une manière cruelle :

 

 - Paul VI : « Ce qui fait qu’un jeune homme hésite avant d’entrer au séminaire, c’est qu’on ne sait plus pourquoi on se fait prêtre. Il faudrait restaurer ce que je puis nommer la finalité du sacerdoce ! Comment un laïc voit-il les moyens de conjurer cette crise, surtout chez vous ? »

- Jean Guitton : « Mao enseigne à des millions de jeunes la pauvreté, la chasteté, l’obéissance. Et nous parlons de liberté, d’épanouissement humain. »

 

 On admettait qu’un jeune, dans la Chine de Mao, offrît sa vie pour le chimérique idéal du communisme, nais on doutait qu'un jeune d'Europe pût suivre le Christ dans la radicalité de son sacrifice, sacrifice dont on avait presque honte !

 Ce n'est pas en banalisant la figure du prêtre qu'on la multipliera et qu'on la fera aimer. C'est, au contraire, en allant sans détour à ce qui en fait le cœur – le sacrifice eucharistique – qu'elle parlera d'elle-même et qu’à nouveau elle mettra la jeunesse en mouvement.