une lumière pour notre temps

 

Sous peu de jours, nous célébrerons le cent cinquantième anniversaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. Plus qu'un énoncé qui s'ajouterait à un catalogue de croyances, cette vérité est une lumière pour notre temps. Enracinée dans l'Écriture et la Tradition, elle n'est pleinement apparue qu'à notre époque, afin d'y faire signe (cf. Ap 12, 1). Que la Vierge ait été conçue sans la tache du péché originel, et ce en raison des mérites de la Croix qui lui furent appliqués par anticipation : en quoi cette vérité parle-t-elle à nos contemporains ?

Ce dogme rappelle tout d'abord à l'homme moderne, si facilement imbu de lui-même, la tache originelle dont il est marqué. Magnifier ainsi la préservation de la Vierge, c'est dire combien le reste de l'humanité est atteint par la faute d'Adam. Les blessures profondes qui demeurent même après la régénération baptismale invitent en effet l'homme à ne pas trop se fier sur la bonté intrinsèque de sa nature : du premier péché, il a hérité des penchants mauvais, finement décrits par saint Thomas d'Aquin (Somme théologique, la IIae, q. 85). C'est donc que le bien de l'homme ne réside pas dans l'accomplissement de ses instincts. N'importe-t-il pas de le redire, à l'heure où la dénonciation de l'acte homosexuel est considéré par beaucoup comme un crime de lèse-majesté ?

On le sait, certains anciens n'admettaient pas la conception immaculée de Marie car elle semblait remettre en cause la nécessaire médiation du Sauveur : la Vierge n'aurait pas eu besoin d'être rachetée par le Sang du Christ. En expliquant que les mérites de la Croix furent appliqués par anticipation à celle qui demeure au contraire le plus beau fruit de la Rédemption, l'Église rappelle la nécessaire et universelle médiation de Notre-Seigneur. Là encore, quelle actualité ! Vivre ce dogme aurait par exemple évité les nombreuses déviances dénoncées par Dominas Jésus...

Toute grâce vient donc de la Croix. Puisse cette année de l'Eucharistie nous aider à mieux le réaliser. En tirer plein profit réclamera de contempler tout l'Amour dont l'Eucharistie est porteuse ; autrement dit, de remettre à l'honneur, outre la notion de présence, celles plus centrales encore de sacrifice et de propitiation (cf. p. 3). Cela réclamera aussi de véritables et fermes décisions en matière liturgique. L'exemple de la réforme de Cranmer (cf. p. 4) souligne en effet combien le rite influe profondément sur la foi du peuple chrétien. Véritable leçon de choses, tandis que Rome hésite toujours à reconnaître le droit pourtant inaltéré du missel romain révisé par saint Pie V, si fécond précisément en raison de sa richesse intrinsèque. Puisse donc la Vierge Immaculée faire de cette année Eucharistique une année chargée de grâces.

                                                      

Abbé Régis de CACQUERAY