les pierres crieront

 

Il est des passages évangéliques qui sont d’une actualité vibrante. Alors que notre pays applique la loi sur les signes religieux à l’école au point de fermer des aumôneries catholiques (diocèse de Toulon) ; alors que, sous peu de jours, le premier ministre se prononcera pour ou contre la suppression du lundi de Pentecôte ; alors que les Français sont appelés à juger par voie de référendum une Constitution européenne qui a gommé de son préambule toute mention à son héritage chrétien ; alors que, en un mot, les premiers pas de notre XXI° siècle se caractérisent, à l’instar de ceux qui entamèrent le XX°, par un regain de laïcisme, comment ne pas penser à la forte narration que saint Luc fait du jour des Rameaux ?

 

Certes les disciples, à juste titre, acclament la royauté de Notre-Seigneur : « Béni soit celui qui vient, comme roi, au nom du Seigneur ! » (Lc 19, 38). Mais ce que saint Luc semble surtout souligner, c’est l’hostilité rencontrée par une telle manifestation. Certaines vérités sont en effet insupportables aux ennemis du Christ, et sa royauté est de celles-là : « Alors des pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, reprenez vos disciples ! » (Lc 19, 39). Ce cri, ce reproche, cette haine à peine voilée, combien ne l’entendons-nous pas aujourd’hui ! A cette ère post-moderne qui n’a pour toute norme que le pluralisme et l’individualisme, la royauté universelle du Christ est tout simplement insupportable. Depuis longtemps notre société l’a rejetée. Mais nul ne reste sans maître. Aussi s’est-elle bien vite sentie menacée par le spectre d’une autre royauté. Il aura suffi de quelques voiles à l’école, médiatisés à point nommé avec la mondialisation du terrorisme, pour laisser notre cité désemparée. A la menace du fondamentalisme musulman, les pouvoirs politiques ont opposé une nouvelle crispation laïciste, vite dénoncée par Jean-Paul II : « Laïcité ne veut pas dire laïcisme ! » (discours au corps diplomatique, 12/01/04). Il n’en reste pas moins que la loi sur les signes religieux est passée, et qu’en cet immense complexe face à un islam montant, nos sociétés cumulent les reniements.

 Aux pharisiens qui ainsi l’invectivaient, le Christ répondait : « Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40). Serait-ce donc qu’en notre Europe, il ne resterait plus que quelques pierres, parfois menacées de ruine, pour dire combien le Christ a imprégné ces terres ? N’y aurait-il que nos édifices sacrés pour crier cette royauté, principe de prospérité pour nos cités ? Il ne peut, il ne doit en être ainsi. Si nos politiques n’ont plus le courage – ni même la conviction – nécessaire à une saine réaction, c’est à nous, pasteurs, d’opposer en nos prédications un barrage à cette lente déchristianisation sociale. D’où l’idée de ce dossier sur la laïcité, dont plus d’un élément pourra être utilement diffusé afin d’éclairer les chrétiens à nous confiés.

                                                      

Abbé Régis de CACQUERAY