Débattre sereinement

 

La passion est à double tranchant. Si elle entraîne, bien souvent elle aveugle. Ainsi en va-t-il de l’amour par trop passionné : il devient bien vite inconsidéré, et par là même déréglé.

 Le moins que l’on puisse dire, c’est que le fascicule sur l’œcuménisme joint à la dernière Lettre à nos frères prêtres, De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse, a déchaîné les passions. Le courrier des lecteurs, souvent véhément, en témoigne. Quelque part, la chose est heureuse. Ces réponses, aussi nombreuses qu’enflammées, disent toute l’attention portée par chacun d’entre nous sur ces notions si centrales de l’ecclésiologie. En cela au moins, l’étude remise aux cardinaux se trouve justifiée sur ce point : l’œcuménisme est bien la pierre d’achoppement qui déchire l’Église catholique elle-même, vos dires le manifestent.

 Il n’en reste pas moins qu’il serait fort dommageable de ne pas arriver à dépasser la réaction passionnelle. Laissée à elle-même, celle-ci ne peut que nous aveugler nous-mêmes et blesser autrui. C’est peut-être ce qu’il y a à regretter dans l’intervention que Mgr Gilson a fait publier dans le journal La Croix, reproduite ci-après. L’enjeu est tel que le sujet ne devrait être abordé que sereinement, à l’éclairage des principes fondamentaux. C’est en substance la réponse que lui a adressée M. l’abbé de La Rocque, publiée ici parce que le journal La Croix s’y est refusé.

 L’un ou l’autre d’entre vous, à travers les courriers qu’ils nous ont écrits, ont pour leur part fait preuve d’une remarquable profondeur de vue. C’est l’une de ces lettres, accompagnée de sa réponse, qui constitue un article entier de cette parution. Cet échange épistolaire, réclamant une certaine attention pour être mesuré à sa juste valeur, a le mérite me semble-t-il de soulever ce qui est sans doute le fondement de l’œcuménisme actuel : la place accordée à la conscience humaine. Même si de part et d’autre les positions divergent, le débat n’en est pas moins éclairant.

 Mais avant d’en arriver là, il importe peut-être de commencer par les principes fondamentaux. C’est pourquoi les premières pages de ce numéro sont consacrées à ce que nous avons appelé une petite grille des grandes notions. Brossant d’un trait la pratique œcuménique de l’Église catholique à travers les âges, ces lignes posent le cadre préalable sans lequel tout débat ne serait qu’un vain échange de mots vides. Puisse ce débat se développer. Notre Lettre trimestrielle de liaison n’aura pas manqué son but si elle peut y concourir.

 

Abbé Régis de CACQUERAY