25 ans de pontificat
du Pape Jean-Paul II
La Fraternité Saint-Pie X intervient
Par-delà les manifestations qui entouraient la célébration des 25 ans de pontificat du Pape Jean-Paul II, en sus des nombreuses prières que tous nous adressions pour un Pontife malade mais dont la force morale remplit d’admiration, nombreux sont ceux qui, à cette occasion, ont proposé une analyse, même succincte, de ces années qui sans conteste marqueront l’histoire de l’Église.
Il est toujours dangereux de réduire un quart de siècle à quelques formules. Cependant, à la suite du Concile, Jean-Paul II a lui-même ostensiblement placé son pontificat sous le signe de l’unité : « La restauration de l’unité de tous les chrétiens était l’un des buts principaux du IIème concile du Vatican (cf. UR n° 1) et, dès mon élection, je me suis engagé formellement à promouvoir l’exécution de ses normes et de ses orientations, considérant que c’était là pour moi un devoir primordial » (Allocution au secrétariat pour l’unité des chrétiens du 18/11/1978). Cette “restauration de l’unité des chrétiens” marquait, selon Jean-Paul II, un pas vers une unité plus grande, celle de la famille humaine tout entière : « L’unité des chrétiens est ouverte sur une unité toujours plus vaste, celle de l’humanité tout entière » (Angélus du 17/01/1982).
En raison de ce choix fondamental, Jean-Paul II a consacré l’essentiel de son pontificat à la poursuite de cette unité, multipliant rencontres interreligieuses, repentances et gestes œcuméniques. Ce fut également, selon ses dires, la principale raison de ses voyages : « Ils ont permis d’atteindre les Églises particulières dans tous les continents, en portant une attention soutenue au développement des relations œcuméniques avec les chrétiens des différentes Confessions » (Tertio millennio adveniente, n° 24). C’est encore pour cette raison que Jean-Paul II a donné l’œcuménisme pour trait caractéristique du Jubilé de l’an 2000 (Homélie à l’ouverture de la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les-Murs du 18/01/2000). En toute vérité donc, « on peut dire que toute l’activité des Églises locales et du Siège apostolique ont eu ces dernières années un souffle œcuménique » (Tertio millennio adveniente, n° 34).
A l’occasion des 25 ans du pontificat de Jean-Paul II, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a voulu réfléchir plus profondément sur cet œcuménisme, qui sans conteste apparaît comme une clé explicative du présent pontificat. C’est donc une analyse précise et documentée, facile d’accès en raison de sa clarté, que les responsables de la Fraternité rendent aujourd’hui publique. Initialement destinée au Souverain Pontife, cette étude ne lui a pas été envoyée en raison de l’aggravation de son état de santé. Elle a été adressée à tous les cardinaux de la Sainte Église.
Signée du Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X (Mgr Fellay) et de ses deux Assistants (M. l’abbé Schmidberger et Mgr de Galarreta), mais aussi des deux autres évêques que compte la Fraternité Saint-Pie X (Mgr Tissier de Mallerais et Mgr Williamson), la lettre qui introduit ce document n’entend pas s’arrêter au triste bilan que Jean-Paul II dressait dans sa dernière Exhortation apostolique, lorsqu’il dénonçait l’apostasie silencieuse qui caractérise aujourd’hui nos terres autrefois chrétiennes. Elle indique surtout ce qui sans doute aucun, est l’une des principales causes de cet « agnosticisme pratique et [de] l’indifférentisme religieux, qui fait que beaucoup d’Européens donnent l’impression de vivre sans terreau spirituel » (Ecclesia in Europa, n° 9) : l’œcuménisme initié officiellement à Vatican II et promu par Jean-Paul II. Mgr Maggionili le soulignait voici peu (cf. encadré) à l’aide d’une remarque pleine de bon sens : « On ne peut empêcher que les gens qui ne vivent pas dans l’abstrait finissent par estimer qu’une religion en vaut une autre, et que l’Église n’est qu’un ramassis de canailles. » Aujourd’hui, les évêques de la Fraternité Saint-Pie X le mettent en évidence.
Après l’analyse patiente de l’œcuménisme tel qu’il est officiellement exercé, le document met en évidence les nombreuses et graves questions théologiques qu’il soulève.
Mais surtout, en une troisième partie toute pastorale, il est clairement montré combien cet œcuménisme, loin d’ouvrir les portes du salut, en détourne les âmes. D’où le titre de cette étude : De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse. L’utopique œcuménisme des clercs provoque l’apostasie silencieuse des foules.
Pourquoi un tel document ? N’est-ce pas là une nouvelle pierre milliaire balisant une division toujours plus grande au sein même du catholicisme, ou encore le fruit d’un pessimisme relevant des “prophètes de malheurs” ? Je ne le crois pas. Il est vrai qu’en cette intervention, les responsables de la Fraternité Saint-Pie X n’ont pas voulu être de ces pasteurs qui, au grand regret de Mgr Maggiolini, se voilent la face à l’aide d’un optimisme aussi factice que délétère. Sans faux semblant, loin de tout optimisme béat, le cri d’alarme ainsi lancé par les “sans papiers” de l’Église est certes bien brutal : il est toujours douloureux de diagnostiquer un mal. Mais ce cri n’en demeure pas moins un cri d’espérance.
Tout animée d’amour pour l’Église, tout emprunte de respect pour le Magistère – constamment cité – c’est vers Rome que la Fraternité Saint-Pie X se tourne, de Rome dont elle attend tout. Citons une dernière fois la lettre adressée aux Cardinaux : « Conscients d’appartenir de plein droit à l’Église et désireux de toujours plus la servir, nous vous supplions de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour que le Magistère actuel retrouve bien vite le langage multiséculaire de l’Église selon lequel “l’union des chrétiens ne peut être procurée autrement qu’en favorisant le retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ, qu’ils ont eu jadis le malheur de quitter” (Pie XI, Mortalium animos). C’est alors que l’Église catholique redeviendra tout à la fois phare de vérité et port de salut au sein d’un monde qui court à sa ruine parce que le sel s’y est affadi […] Celui qui a reçu le pouvoir suprême, plénier et universel sur toute l’Église peut poser ces actes salutaires. Du Successeur de Pierre, nous espérons, dans la prière, qu’il écoute notre appel alarmé et qu’il manifeste jusqu’à l’héroïsme cette charité qui a été demandée au premier pape à la réception de sa charge, la plus grande des charité – “Amas me plus his, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?” – celle qui doit sauver l’Église. »
Daigne le Ciel exaucer notre prière, et Rome entendre notre appel. Alors refleurira l’Église, pour le plus grand profit des âmes.
Abbé Patrick de LA ROCQUE