QUESTIONS D'AVENIR POUR LA CATÉCHÈSE
w Aller au cœur de la crise
Voici quelques mois, la conférence épiscopale diffusait très largement un petit opuscule intitulé : Aller au cœur de la foi - questions d'avenir pour la catéchèse. Longuement mûri par la Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat, ce document « n’est ni un directoire, ni même l'amorce d'un directoire, ni un catéchisme, mais un texte, un prétexte, pour permettre au plus grand nombre de réfléchir à ce que demande la transmission de la foi ». Il est présenté comme une « méditation» destinée « à trouver collectivement les chemins du futur » (Mgr Dubost, à l'Assemblée plénière des évêques 2002). Si prétentieuses que soient ses visées, ce texte n'en demeure pas moins suranné. Pour qui connaît quelque peu l'évolution de la catéchèse en France, il n'est en effet qu'une énième reprise du vieux cantique soixante-huitard, dont les effets sont bien connus. Sa mélodie enchanteresse est en bonne partie cause de la « rupture de la transmission de la foi » que nous connaissons. Trois choix fondamentaux posés par ce texte nous permettent d'avancer une telle assertion : le refus d'enseigner, le primat de l'expérience, la place de la communauté.
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LE REFUS D'ENSEIGNERLes orientations fondamentales qui ont dirigé la rédaction du document Aller au cœur de la foi (ACF) reposent pour une large part sur les analyses faites par Denis Villepelet, dans son livre : L'avenir de la catéchèse. Le directeur de PISPC (Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique) y distingue une catéchèse envisagée comme transmission d'une catéchèse considérée comme "incessant éveil" à la foi chrétienne. Si la première met en œuvre une pédagogie d'enseignement, la seconde est vécue comme un "chemin initiatique". La Commission épiscopale a nettement opté pour ce deuxième choix : « La catéchèse est une préparation à la rencontre du Christ [...] Elle est, en ce sens, démarche d'INITIATION chrétienne » (Mgr Dupleix, Documents épiscopat, n° 11/12, 07/03). « Les évêques proposent, pour prendre davantage conscience du mystère de la foi, que ce CHEMIN se fasse à partir de la vigile pascale » (ACF, p. 27).
Cette option pour une catéchèse vécue tel un "chemin initiatique" n'est pas nouvelle. Typique des années soixante, elle avait déjà donné lieu aux "parcours d'éveil à la foi". Les nouveaux chemins recoupent donc les vieux parcours, pour tomber dans les mêmes écueils : le dénigrement de tout enseignement didactique. Les responsables sont on ne peut plus explicites. M. de Villepelet, directeur de l'ISPC, écrit par exemple : « La catéchèse n’a pas pour mission de transmettre une doctrine, mais la Parole de Dieu offerte aux hommes pour leur salut. Cette parole, c’est le Christ » (Documents épiscopat, n° 6, 04/03). André Poisson, président de l'Equipe Européenne de Catéchèse, affirme quant à lui : «Nous devons approfondir une théologie qui permette de rendre la foi désirable plus que compréhensive » (Colloque 2003 de l'ISPC).
A son tour, l'instrument de travail de la Commission épiscopale dénigre l'enseignement didactique. Après avoir dit : « La foi n’est pas seulement une découverte d'un "savoir" sur le Christ ; c’est une vie en Christ, une vie dans le Corps du Christ », il ajoute aussitôt : « Seul l'amour des chrétiens réunis par l'Esprit annonce véritablement le Christ » (ACF, p. 22). Le sophisme est patent. Que l'amour mutuel des membres de l'Église soit un motif de crédibilité est évident. Mais être persuadé de la nécessité de la foi ne dispense pas du contenu de la foi. Pour le faire sien, l'amour mutuel est impuissant, et c'est à la transmission d'un "savoir" qu'il faut nécessairement recourir : « Fides ex auditu, la foi vient de la prédication » (Ro 10, 17).
Si grossier soit-il, ce sophisme est repris en chœur par nombre de responsables pastoraux. Mgr Mouïsse, évêque auxiliaire de Grenoble, écrit par exemple : « Au lieu de nous demander ce que croient les chrétiens à propos de Dieu, nous sommes invités à nous demander ce qui nous fait tenir debout dans notre relation avec Dieu. Finalement, il s'agit d'une démarche spirituelle, ouverte à tous» (Relais 38, n° 130, 17/11/03). Pour mieux caricaturer l'enseignement doctrinal, la force des mots est parfois utilisée. Il s'agit alors « [d']éviter que nos communautés croyantes ne deviennent des groupes IDEOLOGIQUES» (Mgr Brunin, Église de Lille, n° 20, 01/12/03). Mgr Ricard poursuit : « Ministres du Seigneur, nous ne sommes pas les gardiens d'un système ou les défenseurs d'une idéologie, mais les serviteurs d'un appel qui est promesse pour l'homme » (L'Aquitaine n° 21 du 05/12/03), serviteurs d'une « Église [qui] est apprentissage de la différence, tout en étant tendue vers la communion » (Mgr Boulanger, L'Église dans l'Orne n° 9, 25/04/03). En un mot, « il ressort que d'une Église de la transmission, nous allons vers une Église de la fondation » (Mgr Dufaux, Relais 38,01/12/03).
L'illustration de tels propos est immédiate. Pour permettre aux enfants du Val-de-Marne de faire leur profession de foi, on les emmena visiter la synagogue d'Alforville... un dimanche matin ! sans doute la messe hebdomadaire avait-elle été fixée au samedi... Quinze jours plus tard, rebelote : ce fut le tour de la Mosquée de Paris. Ainsi "éclairés", les enfants purent rédiger collectivement la profession de foi qu'ils allaient prononcer et rendre témoignage : ils confectionnèrent des panneaux en vue de la célébration, afin d'y décrire les principales fêtes de chaque religion (Cap 94, n° 355, 05/03).
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LE CŒUR D'UNE CRISE, DÉNONCÉ À romeTandis que les évêques de France faisaient ainsi le choix de ce "parcours initiatique" censé mener au cœur de la foi, Rome organisait pur sa part un congrès international destiné à commémorer le dixième anniversaire du Catéchisme de l'Église Catholique. Lors de son intervention, le Cardinal Schönborn dénonça précisément ce type de catéchèse : « Le refus de l'idée même d'un catéchisme demeure, hélas, bien fréquente, surtout dans le milieu officiel de la catéchèse. Si l'on veut discréditer une approche catéchétique, il suffit de lui donner l'épithète "c’est un retour au Catéchisme " pour en finir définitivement ». Il se faisait l'écho du cardinal Ratzinger qui, dans sa fameuse conférence donnée à Paris puis à Lyon, en 1983, donnait les raisons d'un tel rejet : « Le rejet du genre littéraire du catéchisme [par questions réponses] et l'effondrement de la catéchèse classique sont dû à la prédominance accordée à l'expérience sur la transmission de la foi. »
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LE PRIMAT DE L'EXPÉRIENCELa priorité accordée à l'expérience, telle est bien la deuxième caractéristique du document Aller au cœur de la Foi. C'est du moins ainsi qu'il est présenté : « Ce document est simple. Il évoque l'expérience faite par les fidèles lors de la veillée pascale et propose une réflexion sommaire sur cette expérience» (ACF, p. 31). L'apprentissage objectif du contenu de la foi cède donc le pas à un éveil subjectif par l'expérience. On estime donc que l'expérience personnelle est capable par elle-même de dire qui est Dieu : le Christ se révélerait directement à l'individu, sans aucune médiation, comme par l'intérieur. Tel est bien l'immense présupposé de ce type de catéchèse, avoué par ses responsables : « Le renouveau catéchétique va transférer sur l'individu les appuis que le catéchisme de Trente trouvait dans la société religieuse traditionnelle [...] Le principe de convergence entre la christologie et l'anthropologie amène à penser que tout individu moderne est en capacité de vivre la foi chrétienne » (M. Villepelet, Documents épiscopat n° 6, 04/03). Autrement dit, ce n'est plus par la médiation sociale d'un enseignement transmis que l'individu va faire sienne la foi catholique. C'est désormais en lui-même qu'il va trouver toutes les sources de la foi. L'affirmation est osée. Elle peut charmer. Elle n'en reste pas moins typiquement protestante.
En sa conférence précitée, le cardinal Schönborn précisait combien était utopique cette prétention de la catéchèse issue des années soixante. S'il est évident qu'il doit y avoir une corrélation entre la foi et la vie, explique-t-il, celle-ci ne peut se réduire « à une prépondérance très unilatérale du "vécu"». S'il est évident que « la catéchèse doit se référer au vécu des auditeurs », il n'en reste pas moins qu'elle a pour but de « le dépasser pour mener vers ce qui, de par sa nature même, ne tombe pas sous l'expérience quotidienne : la foi est réponse à une révélation ». Dès lors, le cardinal redit une nouvelle fois ce que nos commissions épiscopales ne veulent guère entendre : l'échec inévitable d'une méthodologie qui se baserait sur l'expérience : « En partant de l'expérience vécue aujourd'hui par nos jeunes, il est presque inévitable de ne point parvenir à la foi révélée ». Les faits n'avalisent que trop ce jugement du cardinal, ainsi qu'en témoignent les "professions de foi" formulées lors des rencontres diocésaines par exemple (cf. encadré).
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LA PLACE DE LA COMMUNAUTÉQue devient l'Église, si elle n'est plus cette Mater et Magistra qui enseigne la foi pour accueillir en son sein ? Elle se réduit à un peuple aussi vague qu'informel, «peuple de tous ceux qui suivent le Christ » (ACF, p. 36), de ceux qui partagent un "vécu" commun. Depuis son premier chapitre intitulé Lettre au peuple de Dieu jusqu'à l'ultime expression du désir de Dieu : « Que tous soient rassemblés en lui, comme fils et comme frères » (ACF, p. 55), l'ensemble du document est imprégné par cette notion très vague de "peuple", qui est communauté en tant qu'il vit une expérience commune. Par exemple, lorsque l'instrument de travail décrit la cérémonie baptismale, c'est pour mettre en avant la grande question désormais posée aux futurs baptisés : « Veux-tu être de ce peuple qui suit le Christ mort et ressuscité?» (ACF, p. 47). Cette dimension est véritablement centrale dans le document, Mgr Dubost le reconnaît : « Notre axe principal a porté sur la communauté et notre souci de proposer une catéchèse qui "ecclésialise" » (Assemblée plénière 2002, textes et doc., p. 90).
Sous l'apparence louable de respecter la dimension sociale de l'Église, un tel type de catéchèse mène inéluctablement à un double écueil, facilement vérifiable dans la pratique actuelle. D'une part, elle dénature le rôle de la communauté, en lui accordant une part qu'elle n'a pas dans la conversion des âmes. D'autre part, elle fragilise dramatiquement les liens ecclésiaux, qu'elle rend aussi précaires que l'expérience censée les fonder.
On demeure tout d'abord sidéré par les objectifs que s'est fixée une telle catéchèse : elle doit « ecclésialiser » (Mgr Dubost), elle « a pour but de faire rencontrer le Christ vivant et d'insérer le fidèle dans le Corps était le propre des sept sacrements, souverainement efficaces parce qu'œuvres du Christ, devient maintenant le but de la catéchèse, œuvre des hommes. C'est à la communauté catéchi- jj| santé, et non plus au Christ agissant à travers son ministre, qu'il revient désormais d'incorporer à l'Église. Une telle prétention É laisse pantois, et sa conséquence ne se fait pas attendre. Si le vécu commun devient la source génératrice de la grâce, l'ecclésialité qui en découle sera des plus précaires, aussi précaire qu'est momentané le "partage commun". L'expérience le montre : la "foi" qui naît de ces assemblées est une foi composée par des hommes, qui n'a que bien peu de chose à voir avec ce que Dieu nous dit de lui-même par le biais des dogmes catholiques. Le lien fondamental sur lequel repose l'unité de l'Église, le Credo commun, ne s'en trouve que distendu d'autant.
Une foi qui ne veut plus être enseignée parce qu'elle se découvre au plus profond de soi ; une foi qui ne trouve que dans
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Une « profession de foi » diocésaine : est-ce celle de l'Église ?A u mois d'octobre, le diocèse de Troyes a publié ses orientations diocésaines. Mgr Stanger explique : « Ce document, qui veut parler de notre avenir ecclésial, s'appuie sur la foi que nous partageons. Cette foi que nous avons voulu exprimer au moment de la fête diocésaine est ce qui nous motive et nous fait avancer. » Vient alors la fameuse "profession de foi", « élaborée par
leurs expériences de l'année ». Nous la citons in extenso :
Nous croyons que Dieu est présent dans la vie de tout homme et qu'il nous parle. Nous croyons que la Parole de Dieu partagée avec d'autres nous construit et nous envoie. Nous croyons que Dieu appelle au pardon, à la réconciliation et à la solidarité pour bâtir la paix. Nous croyons que chaque personne a du prix aux yeux de Dieu, qu'elle a une vocation qui lui vient de Dieu, qu'elle est appelée à découvrir et à vivre sa vocation. Nous croyons que le Christ nous appelle à bâtir des communautés ouvertes et accueillantes, signes d'amour et d'espérance. Nous croyons que le Christ ressuscité nous convoque chaque dimanche pour nous nourrir et nous envoyer. Nous croyons que l'Église est l'affaire de tous les baptisés : chacun a pour mission de proposer la foi. Nous croyons que Dieu nous appelle à être attentifs à la vie et à la culture des jeunes et des enfants, à leur faire confiance. Nous croyons que les équipes pastorales, les équipes d'animation paroissiale, les conseils pastoraux paroissiaux sont des chances pour l'annonce de l'Évangile et la vitalité de l'Église.
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Que reste-t-il de la foi catholique ?Dieu est véritable » (Vatican I), il faut assurément un autre catéchisme. Voici peu, le cardinal Ratzinger encourageait précisément à la diffusion du catéchisme de saint Pie X, « qui a pour caractéristique la simplicité d'exposition et la profondeur du contenu ». Sans doute pour répondre à cet appel, mais aussi pour célébrer le centenaire de l'accession au Pontificat du saint Pape Pie X, les éditions du Courrier de Rome viennent de rééditer ce catéchisme. Une petite merveille, apte à raviver la foi qui dort, à fortifier la foi qui chancelle, à nourrir la foi qui prie. En un mot, ce catéchisme est le premier instrument pour rechristianiser nos pays.
Abbé Patrick de LA ROCQUE