ce que l'Église attend de ses prêtres
Crise des vocations, baisse constante du nombre des enfants catéchisés, incertitudes face à une Europe qui se constitue sans Dieu : le bilan morose – mais superficiel – de la situation ecclésiale à l’aube de cette nouvelle rentrée scolaire semble décourageant. Pauvres individus, que pouvons-nous face à un tel constat de société ? serions-nous tentés de dire. Et il s’en faudrait de peu pour que nous évoquions le cours inéluctable de l’évolution des mentalités. Ce serait se dédouaner trop facilement de la tâche qui nous incombe.
Depuis quelques mois en effet, plusieurs déclarations épiscopales pointent du doigt le nœud du problème. Ainsi par exemple, le cardinal Lustiger souligne clairement le lien existant entre la crise des vocations et celui de la catéchèse : « Il n’y a pas de crise des vocations ; la pauvreté de la foi, voilà où est la crise ». Dans son rapport pour le Synode sur l’Europe, récemment remis à l’honneur par Mgr Bagnard, le cardinal Rouco Varera (Madrid) va plus loin : « Les racines les plus profondes [de la crise des vocations] doivent être recherchées dans la sécularisation interne, c’est-à-dire dans l’obscurcissement ou l’abandon de la vérité de la foi dans nos propres vies et dans nos engagements pastoraux. » Plus qu’une autocritique collective, c’est en tout premier lieu un examen de conscience que le cardinal archevêque de Madrid voudrait nous voir réaliser : ne sommes-nous pas, à notre petite place, quelque peu responsables de la déchristianisation présente pour avoir par trop sécularisés nos vies sacerdotales ? Ne croyons pas de suite qu’il s’agisse simplement d’une question d’habillement. La question est autrement plus profonde, et l’exemple d’un curé de nos campagnes françaises, dont nous célébrons cette année le centenaire de la mort (1903), permettra, je le souhaite, de la faire toucher du doigt.
On l’appelait encore le deuxième curé d’Ars : le père Emmanuel, curé du Mesnil-Saint-Loup pendant cinquante-trois ans, transforma sa paroisse bien tiède en un foyer extraordinaire de vie chrétienne, fondant jusqu’à deux monastères pour assouvir les vocations qui naissaient en son village de 350 âmes… En quelques pages, où il dit avoir écrit toute son âme, le père Emmanuel énumère les règles fondamentales du ministère sacerdotal qui nous est confié. Ce petit Traité du ministère ecclésiastique, que nous reproduisons ci-après, est d’une actualité étonnante. Lu progressivement au pied du tabernacle, il nous rappellera, j’en suis sûr, ce qu’aujourd’hui l’Église attend de nous.
Abbé Patrick de LA ROCQUE