Autour du Laïcat
Le concile quarante ans après
Le 11 octobre dernier marquait le quarantième anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II, dont l’effort principal consista à « comprendre intimement, à une époque de changements rapides, la nature de l'Église et son rapport au monde, afin de procéder à une opportune “mise à jour”» (Jean-Paul II, discours au congrès international sur la mise en œuvre de Vatican II, DC n° 2222). Au même moment, le hasard des dates voulut que parût la biographie de Mgr Marcel Lefebvre, en préparation depuis huit ans et signée par l’un de ses fils dans l’épiscopat, Bernard Tissier de Mallerais. A sa manière, cette publication constitue également un petit événement, salué par le journaliste du Figaro : « Loin d’édifier un mausolée hagiographique embrumé d’encens, le fils spirituel du prélat rebelle donne, avec son réel souci de vérité, un récit alerte, curieux, émouvant. »
Si fortuite soit-elle, la simultanéité de ces deux événements est riche de symbole, porteuse d’une invitation pressante : analyser en profondeur les deux grands courants qui firent l’histoire du Concile, et ce en toute sérénité et objectivité. N’est-ce pas là condition indispensable si l’on veut mesurer aussi exactement que possible la nature intime de l’aggiornamento opéré par Vatican II ? Les quarante années écoulées, parce qu’elles correspondent à cette période qui fait la maturité d’un homme, ne permettent-elles pas de prendre un tel recul ? C’est à ce labeur que la présente Lettre à nos frères prêtres voudrait collaborer.
S’abstenir d’un tel effort mène inéluctablement à la simplification, qui ne peut avoir pour effet qu’une incompréhension toujours plus grande. Symptomatique à cet endroit est la manière dont le journal La Croix décrit l’œuvre du Concile à l’occasion de ce quarantième anniversaire : « Nous sommes passés, écrit le journaliste, d’une Église cléricale à une Église peuple de Dieu, d’une Église de chrétienté à une Église missionnaire, d’une Église du rite à une Église de la Parole, d’une Église des normes à une Église de l’expérience humaine, d’une Église uniforme à une Église plurielle, d’une Église d’adaptation au monde à une Église de participation à la mutation du monde, d’une Église caution de l’ordre social à une Église parti pris pour les pauvres, d’une Église pourvoyeuse de services religieux à une Église communauté responsable. » (La Croix, 30/09/02). La légitimation de ces supposées ruptures opérées par le Concile réclamait de dresser un tableau des plus méprisants – et des moins réalistes – de ce que le journaliste appelle « l’Église préconciliaire » : « troupeau passif guidé par ses pasteurs » où l’évêque est « isolé dans [une] souveraineté féodale, comme un vassal n’ayant de compte à rendre qu’au suzerain romain », tous étant « obnubilés par des questions juridiques »…
Loin de procéder à de telles schématisations, loin également de prétendre à l’analyse systématique de chacune des divergences qui opposèrent les deux grandes mouvances de l’aula conciliaire, nous voudrions simplement tenter ici une approche de l’esprit qui fondamentalement anima – et anime toujours ce me semble – les deux grands courants en confrontation. Cette mise en lumière est en effet le premier pas nécessaire à l’établissement d’une entente véritable, parce que celle-ci ne pourra avoir pour base qu’une unité de regard retrouvée.
Abbé Régis de Cacqueray-Valménier
Supérieur pour la France
de la Fraternité Saint-Pie X