THéologie du boomerang

 

 L’expression peut paraître incongrue, surprenante, voire familière. Elle se permet de plagier une vérité de bon sens naguère solidement comprise par le commun des mortels : la nature ne se laisse pas indéfiniment violenter. Elle finit tôt ou tard, et plus souvent tôt que tard, par reprendre ses droits. Ajoutons que plus longue aura été la contrainte, plus furieux sera le réveil.

Est-il incongru, surprenant ou familier de trouver quelque parallèle entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel ? Dieu étant l’auteur de l’un et de l’autre, gageons sans crainte de trop nous tromper que certaines similitudes pourraient bien exister. J’invoquerai, en faveur de cette thèse, la célèbre formule de saint Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ». La grâce, comme un boomerang divin, peut agir avec une efficacité d’autant plus étonnante qu’elle a été davantage évacuée d’une âme. Quel prêtre n’a pas rencontré avec admiration, au cours de sa vie sacerdotale, un Augustin ou une Madeleine chez qui la beauté de l’action miséricordieuse de Dieu éclate d’autant plus qu’après s’être précipités dans les abîmes, ils se retrouvent élevés sur les cimes ?

En vertu de ces retours en force de vérité contrariée, la supplique par laquelle 250 prêtres demandent au Pape la libéralisation complète de la messe tridentine (cf. p. 2), alors même que les pressions les plus fortes s’exercent dans les diocèses contre les moindres velléités traditionnelles, ne m’a pas vraiment surpris. Un groupuscule de novateurs, dont la principale qualité était sans doute une audace effrontée, est parvenu à imposer une étrange liturgie, bien éloignée de la vraie théologie catholique et qui porte en elle-même les germes de la décomposition à laquelle on assiste.

 Etant donné que la messe est le cœur du Corps Mystique de l’Eglise, il était impossible qu’en son affaiblissement progressif, les spasmes de son agonie ne provoquent pas au moins chez quelques-uns un réflexe de survie ou un rapide raisonnement de bon sens surnaturel. Si le Sang Divin circule si mal, c’est que le cœur est attaqué ! Afin de ne pas dépérir, malgré les interdictions scandaleuses et pour que leur ministère ne soit pas voué à la stérilité, ces prêtres ont donc demandé qu’on leur restitue un cœur digne de ce nom en lieu et place d’un Nouvel Ordo Missae indigne de tenir la place du cœur.

 Peut-être sera-t-elle dédaigneusement jetée dans un tiroir, la supplique de ces prêtres qui pourtant ne sont pas des attardés. Peut-être n’y aura-t-il qu’indifférence, là où nous aurions attendu appréhension et mieux, compassion, face à ce cri angoissé. Mais cet appel ne pourra longtemps demeurer ignoré. Chassez la messe, elle reviendra au galop, n’est-ce pas ? Et gare à celui qui ignore la très sérieuse théologie du boomerang !

 

Abbé Régis de Cacqueray-Valménier 

Supérieur pour la France

De la Fraternité Saint-Pie X