Autour du Laïcat

  « Le mal dont souffre l’Église aujourd’hui est plus profond que le simple aspect de la liturgie. Le vrai problème aujourd’hui, vient surtout d’une mauvaise théologie du laïcat, qui peu à peu fait glisser l’Église sur la pente d’un protestantisme déguisé. Le “sacerdoce royal des baptisés” est mis en bien des endroits au même niveau que le “sacerdoce ministériel des prêtres”, lesquels ne sont plus que des délégués d’une communauté. Le nouvel Ordo missae de Paul VI n’est que le révélateur d’une théologie fausse du laïcat : creuser cet aspect serait utile à l’Église, parce que c’est cela qui bloque aujourd’hui tant et tant de vocations ». Telle est la réponse que nous adressait un prêtre suite à l’envoi de l’opuscule : Le problème de la réforme liturgique. Publiée dans le dernier numéro de la Lettre à nos frères prêtres, cette réaction a suscité de nombreux courriers, qui pour la plupart faisaient leur la constatation de ce prêtre : il est une conception du laïcat, bien présente en nos officines, qui vient paralyser tant la célébration digne de la liturgie que l’éclosion des vocations sacerdotales. Ces multiples témoignages nous ont incités à consacrer un numéro spécial à cette délicate question, afin de clarifier ensemble les liens qui unissent les fidèles d’une part, le prêtre de l’autre, avec la célébration de la liturgie.

 Pour moi qui n’ai pas à déplorer de regrettables confrontations avec une “équipe d’animation pastorale”, toute l’acuité du problème apparaît lorsque je feuillette telle ou telle semaine religieuse. Au détour de l’une d’entre elles, je découvre par exemple, sous la rubrique “Point de vue de laïcs”, une “Lettre d’un couple à un jeune étudiant désirant entrer au séminaire pour devenir prêtre” : « Tu nous dis te sentir appelé à “devenir prêtre”. Choisis-tu là un idéal de vie “noble”, un état de vie différent de l’état laïc, le sacerdoce, ou bien choisis-tu le “ministère presbytéral”, qui est une vocation au service de la mission de tout le peuple de Dieu ? La nuance est de taille […] Devenir prêtre : si c’est pour tirer la communauté chrétienne en dehors du monde, au-dessus de lui, non ; si c’est pour une Église distributrice de sacrements qui en oublierait, en ses communautés, d’être elle-même sacrement, non. Si c’est pour distiller un dépôt, des certitudes, non. Mais si c’est pour accompagner l’histoire du monde, faisant nous-mêmes partie de cette aventure de la création divine en devenir, alors oui. Si c’est pour annoncer qu’il n’y a rien de sacré (ni temps, ni lieu, ni fonction, ni objet) en dehors de l’homme, image de Dieu, et de la création, œuvre de ses mains, oui […] On présente trop aux jeunes le ministère presbytéral comme la planche de salut pour l’Église de demain. Le problème de l’Église de demain n’est pas celui du manque de prêtres mais celui de la constitution de communautés de terrain de la modernité où tous ensemble sont prêtres, prophètes et rois. Le vrai problème des vocations est là, celui de la vocation baptismale. Les autres viendront naturellement, on trouvera toujours des présidents de communautés et de l’Eucharistie. » Si caricaturale soit-elle, cette apostrophe a le mérite d’illustrer en toute franchise le jugement servant d’introduction à cet éditorial.

Mais Rome est intervenue. Le 13 août 1997, Jean-Paul II ordonnait la publication d’une « Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres » (DC n° 2171 du 07/12/97). Dernièrement encore, le cardinal Sodano profitait de la 52° semaine liturgique italienne pour préciser à son tour « le rôle des laïcs dans la communauté ecclésiale » (O.R. fr. n° 36 du 04/09/01). Suite à l’invitation que nous adressent ces textes, il nous faut ici réfléchir ensemble au double lien qui unit, d’un côté le baptisé, de l’autre le prêtre, à l’action liturgique. En nous faisant ainsi l’écho de ce que l’Église enseigne sur la “participation active” des fidèles à la liturgie et sur le lien transcendantal qui unit le prêtre à l’Eucharistie, nous voudrions simplement rappeler les éléments incontournables d’une saine théologie du laïcat, que tout véritable renouveau liturgique se devra de prendre en compte.

 

 

 

 

 


 

                                                                                                                                                         Abbé Pierre-Marie Laurençon,

                                                                                                                                                    Supérieur pour la France

          de la Fraternité Saint-Pie X