Le P. BAGET BOZZO
ne mâche pas ses mots,
il ne cache pas
nos maux
Le P. Gianni
Baget Bozzo est une des figures connues du clergé italien, qui a oscillé avec un
parfait anticonformisme entre le cardinal Siri (dont il a dirigé la revue
théologique) et un engagement politique au sein du parti socialiste italien,
puis aux côtés de Berlusconi. Il vient de publier un nouvel ouvrage,
L’Anticristo
(Milan, Mondadori, 2001) dont nous donnons ci-après quelques extraits relatifs à
la réforme liturgique. Des pages décapantes, de par leur audace et leur
lucidité…
« La liturgie : c’est le thème sur lequel la
faillite de la réforme conciliaire est apparue avec le plus de clarté. […] Il y
a une fissure subtile entre la dernière grande encyclique de Pie XII sur la
liturgie et Sacrosanctum Concilium. C’est par cette fissure qu’est passée
l’autodestruction de l’Eglise ; c’était par là qu’était entrée cette “fumée de
Satan dans le temple de Dieu” dont parlait Paul VI dans un moment de plénitude
du charisme papal […]
« La
révolution liturgique ne naît pas du peuple, c’est toujours le coup d’état d’une
minorité. C’est ce qui est arrivé dans la réforme liturgique. Le parti
intellectuel est toujours au centre des révolutions. Et il en fut ainsi pour la
liturgie. […]
« La
réforme liturgique fut appliquée d’une façon autoritaire et violente ; elle fut
imposée par la hiérarchie aux fidèles qui ne demandaient par la révolution dans
la liturgie. Aucune objection ne fut écoutée. Déjà opérait le “prince de ce
monde” et le fleuve “antéchristique” progressait de manière insensible. Tout
semblait si novateur, si intelligent, si compréhensible ; rendre le Mystère
persuasif, quelle tentation ! Et toutefois, il faut dire que, en voyant ce qui
est arrivé, les craintes du mouvement d’Ecône semblent justifiées, précisément
sur le point de la potentialité révolutionnaire de la réforme. Le résultat a été
l’accomplissement de la révolution moderne quand l’ère moderne se terminait. Et
le résultat est que la liturgie post-conciliaire est une liturgie mourante,
privée du sacré, du chant, privée de beauté, de
grandeur […]
« Quand on célèbre la messe traditionnelle,
on sent en elle vibrer l’Eglise. Le prêtre apparaît vraiment comme un autre
Christ, comme celui qui exprime la différence entre le Christ et le peuple,
celui qui exprime l’essence du sacré. […] Au lieu de la sacralité, qui
s’adressait aux personnes (et cette attitude de s’adresser aux personnes des
fidèles et non à la communauté est très claire dans la liturgie traditionnelle,
justement parce que, liée au sacrifice rédempteur, elle met l’accent sur le
péché, la dimension personnelle par excellence) apparaît maintenant la
communauté. La nouvelle liturgie est faite pour le “nous”, non pour le “je”. Et
ceci est caractéristique de la pensée révolutionnaire moderne : mettre le “nous”
au lieu du “je” […] Ceux qui viennent à la messe cherchent Dieu, non pas le
“nous”. S’ils avaient la messe traditionnelle, ils s’y inséreraient tout de
suite, partout où il y aurait un clergé capable d’introduire au Mystère
[…]
« En
perdant la figure du prêtre comme instrument du Christ, et par conséquent son
rôle de médiateur, on a et aussi la médiation et la sacralité. La diminution du
sacerdoce du prêtre au profit du sacerdoce des fidèles a détruit la dimension
sacrale qui est l’introduction au Mystère. Et ainsi s’est réalisée une
“protestantisation” de l’Eglise.
« Aujourd’hui,
le parti intellectuel de la réforme liturgique domine toujours la culture
ecclésiastique, on le voit bien dans la rareté des concessions à la Messe
traditionnelle. Les conséquences ? Si la liturgie ne comprend pas que les
“signes des temps” d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et qu’ils ont
re-proposé l’actualité de la Tradition, les paroisses et les séminaires
continueront à se vider. Dieu n’a pas béni cette réforme faite par le parti
intellectuel. Sans une réforme de la réforme, sans un retour à la Tradition de
l’Eglise, le peuple abandonnera les églises et les jeunes les séminaires […]
Avec la fin du communisme tombent toutes les révolutions. A la fin s’écroulera
aussi la révolution liturgique, et la messe traditionnelle reviendra dans l’Eglise.
C’est ainsi qu’il faut espérer ; mais cela demande une conversion.