Courrier des lecteurs

 

La crise du nouveau clergé français,

vue par lui-même

 

Les lignes qui vont suivre sont dures. Parce qu’elles citent des faits, précis, et que les faits sont durs… En publiant ces extraits, mon intention n’est pas de désigner des personnes, de condamner des individus (selon notre habitude, tout nom est effacé de cette rubrique). Ce que je laisse certains dénoncer ici, c’est une situation. Parce qu’elle est grave.

Lors de son premier éditorial (LNFP n° 1, mars 1999), M. l’abbé Laurençon ne cachait pas son admiration qu’il éprouvait envers de nombreux de prêtres, pleins d’un zèle sincère autant que d’une piété droite, et pour qui la crise de l’Église est une réalité quotidiennement vécue : « prêtres que j’admire sur plus d’un point, concluait-il, et dont je me sens relativement proche ». Ce sont ces prêtres qui parleront ici. Témoins importants du rejet de la Tradition dans les diocèses de France, ils en deviennent à leur tour les victimes, au plus grand détriment de l’Église et des âmes.

Le diagnostic étant le premier pas vers la guérison, nous n’avons pas voulu cacher plus longtemps ces témoignages. Il serait cependant bien délétère et contraire à l’esprit de la Lettre à nos frères prêtres d’en rester là, sans proposer de remèdes. C’est pourquoi la deuxième partie du courrier des lecteurs sera davantage tournée vers les perspectives d’avenir.

 

I. Trente prêtres autour d’un Cardinal

 Au début de l’automne, un cardinal Romain de passage dans notre pays acceptait de rencontrer discrètement une trentaine de prêtres, tous en fonction pastorale dans divers diocèses de France. En nombre restreint de par le caractère imprévu de cette réunion, ces prêtres en pleine force de l’âge entendaient dire bien haut ce qu’un nombre toujours croissant de prêtres pense en son intérieur : ils voulaient résumer devant un représentant romain le triste sort de l’Église de France et l’espérance qui les anime. A cette occasion, une lettre fut remise au cardinal, écrite par un curé de paroisse qui ne voulut point faire le déplacement. C’est elle que nous publions ici. Ayant emporté l’adhésion totale des prêtres présents, elle est plus parlante que tous les propos qui ont pu alors s’échanger…

 


 

Abbé XXX, Curé

de l’ensemble paroissial de XXX

 

A propos de la réunion

du X-X-2000 à XXX

 

L’invitation qui m’a été faite à participer à une réunion de prêtres autour d’un cardinal venu de Rome ne pouvait que m’intéresser. Si la grâce du sacerdoce est depuis X années [entre 10 et 15] la joie constante de ma vie, et si je crois profondément à la valeur et à l’utilité de ma tâche de curé de campagne, bien des questions se posent : il est clair que comme tous les prêtres attachés à l’enseignement de la foi et de la morale de l’Église catholique, fidèles au costume ecclésiastique et à la célébration digne des sacrements et de la messe, je constate que nous sommes critiqués, marginalisés et en tout cas tenus à l’écart de toute décision et de toute responsabilité importante dans nos diocèses, que les groupuscules qui s’en prennent à nous ont tous les droits et que certains confrères sont vraiment persécutés. D’autre part, l’énor- me erreur qu’a constitué l’inter-diction de la liturgie dite « de saint Pie V » et les limitations qu’elle continue à subir continue de diviser les catholiques et tout ce qui permettra à cette liturgie de retrouver paisiblement sa place dans l’Église ne peut être que bienvenu.

 Malgré l’apparence (les belles initiatives de l’Année sainte, la foule des JMJ), les problèmes de fond sont très graves en France. Je ne parle pas simplement de l’écroulement numérique du catholicisme (baptêmes, catéchisme, taux de pratique religieuse), des divisions entre catholiques qui n’ont plus toujours la même foi (interrogez un groupe de “pratiquants” sur la Présence réelle ou sur l’infaillibilité pontificale !!), je parle surtout de la crise du clergé : aucune embellie réelle pour les vocations, la charge paroissiale croissante (j’ai X grosses paroisses [plus de 10] et m’attends à en “recevoir” d’autres)… et parle surtout de la crise du jeune clergé : depuis quinze ans, il est clair qu’il est majoritairement d’esprit plus traditionnel et on ne l’admet pas ; les médias “chré-tiens” (?), des confrères (?), certains évêques (pas si rares qu’on le supposerait) nous critiquent publiquement ; les (devenus rares) séminaristes d’esprit moderniste sont favorisés, leurs ordinations sont l’occasion d’éloges refusés à d’autres et leur promotion rapide ; les “règlements de compte” sont fréquents (de façon feutrée) dans le clergé, d’où des rancœurs, des querelles – et un isolement croissant de chacun. Je ne crois pas que nos évêques (et Rome davantage) se rendent compte de l’état inquiétant du jeune clergé : départs avant l’ordination (et ce n’est pas pour des raisons de mœurs), entre le diaconat et la prêtrise, et beaucoup aussi après l’ordination (et dans des circonstances bien tristes) ; pour ceux qui restent, que de dépressions nerveuses, compensations misérables (alcool, mœurs dissolues, concubinage) ; il y a eu des suicides ; et d’autres se sont réfugiés dans des postes d’archiviste, de minuscule paroisse, sont entrés dans des communautés pour lesquelles ils n’étaient pas nécessairement faits mais qui leur permettaient de fuit la “pastorale” actuelle ; combien d’errants sans diocèse, “vagus” ! Sur tous ces points, je peux citer de multiples faits précis. Et il est très fréquent d’entendre des jeunes prêtres dire qu’ils ne peuvent même pas en parler à leur évêque ou supérieur religieux (la réunion des jeunes prêtres autour des évêques à Lourdes en 1999 me paraît être plutôt un “spot publicitaire”) : ceux-ci ne les comprennent pas, cherchent à les “faire évoluer” (et se réjouissent quand ils y arrivent) et tout au plus leur donnent de vagues consolations spi rituelles. Le fait que la réunion du X-X-2000 soit quasi-secrète par peur que l’épiscopat français la bloque est en soi significatif.

 M’étonne tout autant la mise à l’écart de tout prêtre célébrant la messe de saint Pie V ; on en arrive à l’absurdité de certains diocèses français où le progressisme a totalement stérilisé les nombreuses vocations de jadis et où les seuls prêtres de moins de trente ans ne figurent pas dans l’ordo diocésain parce qu’ils célèbrent cette messe ; ou d’un diocèse proche, où le seul séminaire (et qui marche bien) n’existe pas officiellement, puisqu’il est de la Fraternité Saint-Pie X ! Tout cela est absurde.

 J’aurais donc bien des choses à dire à cette réunion. Mais, tout bien pesé, je ne viendrai pas et je tiens à dire pourquoi : on dit souvent que Rome est mal informé de ce qui se passe en France mais je ne crois pas que ce soit vrai. Depuis bientôt quarante ans et la crise des années 60, que de prêtres et de fidèles ont envoyé d’épais dossiers bourrés de faits. Que de cardinaux (dont le cardinal Ratzinger) ont reçu de longues  visites de prêtres français. Il y a deux ans, un cardinal a tenu à X une réunion du même type que celle du X-X-2000… Mais je ne vois absolument pas ce que cela a changé. Le X-X-2000, nous retrouverons des confrères ayant les mêmes aspirations, nous serons heureux d’entendre les bonnes paroles des uns et des autres et nous recevrons certainement de très bonnes paroles de son Eminence le Cardinal – et nous retrouverons les mêmes difficultés à notre retour et nous apprendrons de nouvelles nominations épiscopales en France qui nous consterneront… 

            Je ne suis qu’un simple curé de campagne mais je me permettrai pour conclure de donner mon avis sur la sortie de la crise :

            D’abord, une confiance absolue dans le Seigneur Jésus et l’Esprit Saint. L’Église dépend d’eux et ils balaieront le modernisme dont il ne restera que du vent. La promesse de Fatima, au milieu de la ville en ruines qu’est l’Église en crise (je me permets de protester contre le peu de sérieux et d’honnêteté des bureaux du Vatican pour vouloir imposer une “interprétation” du 3° secret de Fatima qui ne tient pas debout) est que « le Cœur immaculé de Marie triomphera ».

             Ensuite, la certitude que c’est dans nos paroisses, nos diocèses, nos instituts religieux qu’il faut imposer que le catholicisme retrouve droit de cité : si nous parvenons à nous entendre au delà de la différence de rite (qui ne sont pas essentielles car nous avons la même foi catholique), nous savons bien que le modernisme installé – s’il a l’argent, le pouvoir, les média avec lui – est malgré tout stérile : il ne produit rien, ni vocations, ni jeunes foyers chrétiens, ni paroisses vivantes… il ne produit que des aigris qui agitent des pancartes et réclament le pouvoir absolu dont ils ne font rien de bon.

 

1° Qu’elle nomme en France des évêques qui acceptent enfin de “laisser faire l’expérience de la Tradition” (dans les deux rites, là n’est pas l’essentiel). Parmi les prêtres qui rencontreront le Cardinal, certains pourront dire qu’ils ont été retardés aux ordres, chassés d’un diocèse, persécutés par tel vicaire général, aumônier diocésain d’action catholique, directeur ou supérieur de séminaire dont Rome a fait un évêque de France ces derniers mois. Qu’est-ce que des prêtres peuvent attendre de bon d’un évêque nouvellement promu qui n’a pas cessé de leur dire qu’ « ils n’étaient pas le type de ministres dont l’Église de France d’aujourd’hui a besoin » ? Pourquoi nommer (systématiquement depuis que la France a un nouveau nonce) des hommes de bureau qui n’ont qu’exceptionnellement été curés de paroisse, qui ne font même plus l’effort (comme il y a quelques années) de mettre un col romain pour la photo officielle et dont les écrits et décisions antérieures marquent une orientation très moderniste ? On me répondra que Rome nous a donné récemment de beaux textes (comme Dominus Iesus de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) pais, sans hommes et sans évêques pour les enseigner, ils ne seront que des “murailles de papier”. Sans évêques accueillants à la Tradition, le jeune clergé continuera à souffrir ; or aucun des derniers évêques nommés n’est accueillant à la Tradition.

 

2° Qu’elle dise clairement que, pour la messe privée, tout prêtre de rite latin peut sans problème de conscience célébrer aux choix la messe de Paul VI ou la messe de saint Pie V (il est bien évident que pour la messe publique, il faut accord avec l’Evêque ou le Supérieur religieux). L’année 1999/2000 a été pénible car il y a eu une multitude de responsa, d’avis… sur la célébration occasionnelle ou non de la messe de Paul VI par les prêtres célébrant la messe de saint Pie V. Dans un pays où, désormais, un prêtre sur cinq ordonné l’est pour la messe de Saint Pie V, la question n’est pas là. Que Rome fasse ce geste clair qui libèrera les consciences sacerdotales.

 

3° Que soient reprises de vraies négociations et rencontres avec la Fraternité Saint Pie X. Celle-ci se développe beaucoup, attire beaucoup, fait du bien (nous sommes nombreux à apprécier l’initiative de la Lettre à nos frères prêtres). Est-il charitable de faire comme si ces confrères n’existaient pas ? Et nous sommes étonnés de voir qu’aucun geste significatif n’a été posé depuis 1988.

 

Sans ces trois points, la crise du clergé français ne fera que continuer.

 

(Lettre signée).

 


 

 II. Ce que ces prêtres attendent de la Fraternité Saint-Pie X

 

On dit du Cardinal, lorsque cette lettre lui fut lue, qu’il pâlit à l’énoncé du dernier point… Cette requête n’est pourtant guère surprenante. Après avoir dit ce qu’ils espèrent de Rome et des évêques, ces prêtres expriment la place qui leur semble revenir à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Persuadés qu’au delà du domaine pastoral, le modernisme trouve ses racines dans le terrain doctrinal, ils attendent que de vraies discussions avec la Fraternité Saint-Pie X – et non pas de “fausses” négociations : les difficultés rencontrées par les communautés Ecclesia Dei les ont profondément déçus – permettent de circoncire et dénoncer le modernisme délétère. L’un d’entre eux me l’a écrit ouvertement : « J’admire votre courage, le courage de la vérité, la rigueur doctrinale. On vous reproche en somme d'être tranchants, alors que c'est un compliment. N'est pas capable de trancher, de discerner qui veut ». Avant de citer l’intégralité de cette lettre, qu’il me soit permis de dire à tous ces prêtres combien leur désir est nôtre. La démarche de la Lettre à nos frères prêtres –et prochainement beaucoup plus si Dieu veut – est là pour dire combien, en la matière, nous sommes prêts à faire le premier pas.


 

Chers amis

de le Fraternité Saint-Pie X,

 

       Merci de votre inappréciable Lettre à nos frères prêtres ! J'en admire le courage, le courage de la vérité, la rigueur doctrinale. On vous reproche en somme d'être tranchants, alors que c'est un compliment. N'est pas capable de trancher, de discerner qui veut. Je pense à un vers de la poétesse Gertrud von Lefort qui fut comme vous le savez sans doute une grande voix des catholiques allemands qui surent entre les deux guerres mondiales ne pas se laisser abattre, ni aucunement se compromettre. Evoquant sa conversion de luthérienne qu'elle était et s'adressant à l'Église alors qu'elle en était encore sur le seuil, elle écrit : “Je suis tombée sur la loi de ta foi comme sur une épée nue. C'est au milieu de mon intelligence qu'est passé son tranchant, au milieu de la lumière de nos connaissances”.

             En cette année, les fidèles sont invités à jubiler mais il ne semble pas comme on pourrait candidement le penser, que ce soit en raison des grâces que le Christ a accordées à son Église tout au long de deux millénaires de son histoire. L'Église partage décidément le sort du Maître d'être par excellence l'accusée. La nouveauté est que ce soit à l'instigation de ceux qui les premiers devraient comme de juste en exalter la sagesse, la bonté et la beauté.

             J'ai connu dans la vie religieuse le libéralisme qui depuis trop longtemps bat son plein dans les officines ecclésiales. On connaît à fond maintenant ce système lâche qui consiste à émousser ce qui doit trancher, troubler ce qui est net, réduire tout ce qui est fort dans le but de se concilier l'adversaire. Mais il faudrait paraît-il ne plus du tout suivre en cela le Maître ni continuer à considérer le monde comme un antagoniste à convertir. M'est avis que la charité - la vertu de charité - n'y a absolument rien gagné.

             Dans le même temps, selon la psychologie des mœurs régentes aujourd'hui dans l'Église de Dieu qui en France et un peu partout où j'ai voyagé, je constate une autosatisfaction généralisée, triomphante et sans faille. Pour un peu, cela ferait presque plaisir à voir !

             Cependant la réalité inexorablement reprend ses droits. J'exerce à présent les fonctions de curé sur un territoire totalement démesuré et, heureusement, dans une solitude que je bénis.

            Rome toujours ressuscite. Mais je n'attends pas que ce jubilé sonne l'heure du réveil. Léon Bloy disait : “J'attends les cosaques et le Saint-Esprit”. Quelques espèces de cosaques sont déjà dans la place. En attendant que leur violence éclate d'une manière décisive, ce que nous pouvons faire, je crois, c'est offrir au Seigneur nos peines et nos sacrifices pour préparer des jours meilleurs à son Église.

 Vous avez bien commencé. La grâce aidant, mon humble soutien vous est acquis.

 

 (Lettre signée ; < 50 ans)

 


 

III. « Ce que je voudrais dire à tous ces prêtres… »

 

Qu’il me soit permis de publier l’essentiel de la réponse que j’adressai à ce prêtre. Ces lignes permettront de connaître toujours plus l’esprit qui nous anime … et les espérances qui sont nôtres à leur endroit.

 

Cher Monsieur l’Abbé,

 

         De retour d’apostolat, je prends connaissance de votre lettre, forte et belle ; elle aussi magnifiquement tranchante, en toute vérité et charité. Mille mercis d’avoir osé l’écrire, car nombre de vos cadets se rangent à votre avis, sans encore oser l’exprimer ouvertement. Le but poursuivi par notre œuvre est justement de les soutenir, de les rendre forts afin que, chacun à notre place, “cosaques de Dieu” remplis tant de son Verbe de Vérité que de son Esprit de Sainteté, nous concourrions à la restauration de son Église, chaque jour plus urgente.

          Bien sûr, cette restauration se mérite, avant tout par nos prières et nos souffrances offertes. Je suis pleinement en accord avec vous, et il est important de s’en convaincre toujours plus. Car c’est là l’histoire tant de notre sainteté personnelle que du salut de l’Église. En ces temps qui sont nôtres, nous voyons beaucoup de ruines, beaucoup de cadavres spirituels aussi, malheureusement. Mais, dans le même temps, apparaissent des âmes sacerdotales droites, soupirant après le retour à raison de ceux qui ont entre leurs mains le destin humain de l’Église de Dieu. A chacun de ces prêtres, je voudrais dire combien il nous incombe de prendre les devants. Certes l’Église est notre Mère, et c’est elle qui nous nourrit ; nous devons en cela nous mettre à sa suite, comme à sa remorque. Mais cette même Mère, si nourricière soit-elle, n’en demeure pas moins malade aujourd’hui. Etre Fils aimants en ces temps d’épreuves revient donc à haïr cette maladie qui l’anémie, à préserver ce qui est sain en elle, à sauver ce qui est guérissable. Tout le reste ne serait que lâcheté, voire trahison.

 Sauver en elle ce qui est guérissable… J’évoquais tout à l’heure ces champs de ruines spirituelles que nous traversons. Parmi ces victimes, plus d’une appelle encore, si confusément cela soit-il. Nous n’avons pas le droit de laisser ces âmes gémir plus longtemps. Leur apporter en ces temps troublés une nourriture franche, nette et claire sera le plus beau gage de notre amour pour l’Église. Et cela, tant d’un point de vue liturgique que doctrinal. Nous ne pouvons oublier que la Providence divine, si invincible soit-elle, aime à passer par des hommes pour réaliser ses œuvres. En ce domaine, les prêtres, appelés par Dieu, ont une responsabilité toute particulière. Je soupire après le jour où ceux-ci, se soutenant mutuellement, œuvreront ensemble à cette restauration si nécessaire.

 Tel est donc, en quelques lignes, l’idéal qui nous anime. Idéal de Sainteté et de Vérité, d’amour de Dieu et de l’Église, de véritable fraternité sacerdotale ; idéal auquel nous nous efforçons de répondre chaque jour davantage. Merci de nous avoir dit, par votre lettre, combien vous partagiez ce désir. Dans l’attente de pouvoir un jour vous rencontrer, je vous prie d’agréer  l’expression de ce qui est déjà une véritable amitié sacerdotale in Christo et Maria,

 

Abbé P. de LA ROCQUE

 



Ces prêtres, dont l’Église semble ne plus vouloir…

 

Dans un journal régional daté du 15 septembre 2000, nous pouvions lire une bien curieuse rubrique, intitulée : « le père nous a quittés ». Nous la publions telle quelle, retirant simplement tout nom. Ces faits biens tristes et qui malheureusement ne sont pas une “première”, nous montrent l’hostilité existant à l’égard de ces prêtres, que l’Église semble ne plus vouloir.

 

Le père nous a quittés

 Le départ, fin août 2000 de l’abbé X [entre 40 et 50 ans] , curé de X, suscite quelques réactions parmi les paroissiens du chef-lieu et des communes desservies. Mme X nous a transmis en leur nom un courrier qui reflète l’émotion laissée par ce départ et le débat qui se prolonge après un départ. Ces paroissiens commentent :

« L’abbé X est parti… le père nous a quittés. Devant l’ordre de Monseigneur l’archevêque de quitter les lieux et refusant le délai suspensif du recours adressé à Rome, l’abbé X s’est plié. L’autorité ecclésiastique ne lui reproche rien, sinon, peut-être, de ne pas céder à l’ambiance moderniste qui passe au-dessus des directives, du concile et de l’enseignement du pape. Son passage à X laissera une trace indélébile. Sa vie dynamique et austère : vie de prière, de foi, d’adoration, de dévotion à la Vierge Marie, sert d’exemple. Soucieux de la présence réelle, du Seigneur Jésus dans le tabernacle, il veilla à ce que l’église soit un lieu de prière et de silence. L’essor de la Confrérie du Précieux Sang est la preuve de la valeur de son ministère. Toujours sur la brèche, courant au chevet des malades, des mourants, ne perdant jamais son temps en discussions oisives, sa vie débordait d’activité, malgré un physique délicat. Très au courant de l’actualité, moderne s’il en faut, branchant sa ville sur Internet, ami des jeunes, il ne négligeait, en aucun cas, le service de l’autel, célébrant les offices dignement, revêtu de beaux ornements… Ses sermons courts, simples, profonds, étaient un véritable enseignement fondé sur la vérité, même si elle est exigeante et parfois dérangeante. Il n’oubliait pas les cinq paroisses rattachées au chef lieu, célébrant la messe dans deux d’entre elles chaque dimanche à tour de rôle. La décision de l’autorité ecclésiastique est incompréhensible. Puissent les nouveaux prêtres marcher sur ses traces, animés du même zèle pour les âmes et du même courage, toujours disponibles pour guider cet immense troupeau. »

 Suite à ces doléances, l’évêque, nouvellement arrivé dans le diocèse, a cru bon de s’adresser à ces fidèles en ces termes : « Dans un monde en perpétuelle mutation, vous voulez demeurer fidèles à la foi de votre baptême et à l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Vous êtes attachés à vos pasteurs et soucieux de la vie de vos communautés chrétiennes locales. Les changements annoncés au début de l’été vous ont sans doute inquiétés et peut-être troublés. Je tiens à vous assurer que votre paroisse ne restera pas sans pasteur. Certes l’abbé X prend un temps de disponibilité et de formation pour d’autres services pastoraux à venir. Mais à compter de ce mois de septembre, l’ensemble de la paroisse est confié à l’abbé Y. » A l’heure qu’il est, l’abbé X n’exerce en effet aucun ministère actif.