L’espérance
est dans la Croix du Christ
L’espérance est dans la Croix du Christ. Telle est la magnifique apostrophe que l’Église souhaite faire entendre à toute l’Europe lors du prochain synode (Instrumentum laboris, § 37). Proclamation d’autant plus nécessaire que le premier chapitre de ce document préparatoire est d’un ton grave : signe sans équivoque pour un langage ecclésiastique où l’optimisme est de rigueur, le « discernement des signes des temps » n’accorde que deux petits numéros à l’analyse des motifs d’espérance, tandis que douze paragraphes seront nécessaires pour recenser les déceptions, risques, préoccupations et questions particulières auxquelles l’Église est aujourd’hui confrontée.
Face à une situation somme toute peu reluisante, il faut donc reprendre cette splendide devise : O crux ave, spes unica, l’espérance est dans la Croix du Christ. Aujourd’hui plus que jamais, il nous faut redonner cette prédication à un monde qui ne veut plus regarder la Croix. On a délaissé la Croix parce que, si elle nous parle jusqu’à l’évidence de l’amour de Dieu pour nous, elle nous rappelle également que nous devons nous sacrifier nous-mêmes, que nous devons à notre tour mourir au péché pour avoir la Vie. Et cela, les hommes qui recherchent leur plaisir, leurs satisfactions, ne veulent le voir ni l’entendre. C’est pourtant là que réside toute l’espérance de félicité, tant pour soi-même que pour nos sociétés : mourir au péché et vivre à Dieu.
Pour annoncer en vérité cette Croix au monde, il est essentiel d’enraciner la foi chrétienne sur ce mystère fondamental ; c’est lui qui est la raison de l’Incarnation, la réalisation de la Rédemption, lui qui glorifie Dieu infiniment et ouvre les portes du Ciel à l’humanité pécheresse. Ce recentrage de la foi est d’autant plus important que tous, nous sommes tentés de délaisser la Croix du Christ. Certes, il faut garder à l’Église la place qui lui revient dans un monde toujours plus sécularisé, bien sûr il faut répandre partout le nom du Christ ; mais bien vite, nous adoptons un regard trop humain : nous pensons au compromis, à la diplomatie, à un œcuménisme de mauvais aloi, là où il faudrait d’abord penser à la Croix du Christ.
A raison, le paragraphe 47 du document préparatoire au synode insiste sur le rôle central de la paroisse. C’est en effet de ce lieu que doit rayonner la Croix. Car la paroisse n’est autre chose qu’un ensemble de familles vivant à l’ombre de la Croix, de l’église paroissiale construite en forme de croix, surmontée de la croix, abritant l’autel du Calvaire renouvelé quotidiennement. C’est donc d’abord en ce lieu, qu’à l’instigation des évêques, la Croix doit retrouver toute sa place. Car, il faut le dire, là aussi la Croix s’est parfois estompée. Elle s’est effacée des ornements, les signes de croix liturgiques sont devenus rares, et trop souvent le crucifix ne préside plus l’action liturgique de la Messe. Se faisant l’écho de centaines de milliers de catholiques, un Julien Green allait jusqu’à dire que « cette Croix dans la nouvelle messe n’était plus qu’un fantôme. Nous étions au Cénacle, le soir du Jeudi-Saint, alors que nous étions à la fois à la Cène et au Calvaire dans la messe abandonnée de Pie V » (Ce qu’il faut d’amour à l’homme, p. 150).
C’est en effet sous ce regard de foi que la
question liturgique prend toute sa dimension. Pour se faire par avance l’écho de
cette prédication épiscopale, nous voudrions à travers cette lettre exprimer le
pourquoi de notre attachement à la liturgie traditionnelle, qui n’est autre que
notre attachement à la Croix du Christ. Ce faisant, nous satisferons également
aux nombreuses demandes qui nous sont parvenues pendant l’été, tant par écrit
que par oral, lesquelles réclamaient qu’en ce trentième anniversaire de la
réforme du Missel romain, nous rendions raison de nos positions liturgiques.
En ce 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Sainte Croix,
Abbé Pierre Marie Laurençon,
Supérieur pour la France
de la Fraternité Saint Pie X.