FILS DE L’Église EN TEMPS D’EPREUVE
« Je suis entré dans l’Ordre Dominicain au moment où s’ouvrait le dernier Concile œcuménique. Peu de temps après, une crise terrible s’est déclenchée, qui frappa la vie religieuse de façon dramatique. On jetait comme de vieux objets toutes les habitudes monastiques (…) Il y eut aussi, ce qui n’était pas moins dramatique, un changement dans la théologie (…) Tout cela était le symptôme d’une perte du sens global de l’Église. A mon avis, cette crise n’a jamais été véritablement dépassée. Nous sommes encore dedans ».
Ce type de propos (Cardinal Schönborn, in 30 jours, février 99 p. 55) est désormais classique. A la suite du Concile qui inconsciemment l’avait avalisé, le modernisme s’est engouffré à plein dans l’Église de Dieu, tel un vent impétueux et destructeur. Au sein de cette bourrasque sans précédent, la vitale et angoissante question demeure : quelle attitude prendre pour demeurer pleinement fils de l’Église en ces temps d’épreuve ?
Beaucoup ont estimé devoir se soumettre à ces changements aussi brutaux que novateurs. Oui, nombreux sont les laïcs, prêtres et religieux qui suivent sans grand enthousiasme ces bouleversements, s’y soumettant par obéissance. Ils se plient, demeurant dans le fond d’eux-mêmes assez perplexes face à ce « Salut du Monde » qu’on leur confie en lieu et place du salut des âmes. Pour eux, jamais il n’a été question de remettre en cause la foi de l’Église, ni la morale qu’elle enseigne. Fils de l’Église, ils le sont à part entière. Le malheur, le grand malheur c’est que, sans même qu’ils le veuillent, leur conduite fait le jeu de la subversion. Obéissant sans grand cœur à une pastorale désastreuse qui a pour conséquence d’énerver une Tradition certaine et solide, ils constatent impuissants l’indifférentisme s’insinuer jusque dans leur troupeau.
C’est pourquoi certains : laïcs, prêtres, et même quelquefois évêques (dernièrement, Mgr Lazo, aux Philippines), n’ont plus voulu favoriser, ne serait-ce qu’à corps défendant, cette spirale destructrice. C’est parce qu’ils sont d’Église, c’est pour rester ses fils dociles et aimants, que tant de catholiques ont choisi de ne pas marcher dans le sens de ces innovations. Face à une autorité ecclésiastique qui refuse de dire la foi avec précision – et même en certains domaines de dire la foi tout court –, ils ne peuvent que suivre la recommandation du prophète Jérémie (6 ,16) : « Pour vous, informez-vous des sentiers d’autrefois, et vous trouverez le repos de vos âmes ». Non pas que ces catholiques réprouvent toute adaptation, bénissent la sclérose ou canonisent l’engourdissement. Ils attendent prient simplement pour leurs Pasteurs légitimes afin que ceux-ci rejettent avec grande netteté les innovations ambiguës qui exténuent et détruisent la Tradition sous prétexte de lui rendre sa pureté primitive.
Qui leur reprochera cette attitude ? Je ne vois pas ce qui autoriserait à taxer de désobéissance ces fidèles ou ces prêtres, encore moins à les accuser d’avoir quitté l’Église. Car il n’est pas ici question d’obéissance, mais de mode : que n’entendrait-on pas d’un prêtre qui tenterait d’arrêter la distribution de la communion dans la main ! Pourtant, cette manière de faire est interdite en Pologne, dans le pays d’un pape qui en 1984 réclamait que la communion soit donnée sur la langue… Le critère n’est donc pas l’obéissance ; ce n’est pas désobéir à l’Église que de refuser de remplacer les formules définies et irréformables par des expressions lâches et molles, véhicules inconscientes de l’hérésie. N’est-ce pas l’Église elle-même qui nous a appris à garder la foi, et pour cela, ad tuendam fidem, à ne point pactiser avec ce qui pourrait détruire la foi ?
A vue humaine, la position est particulièrement inconfortable pour ces fidèles qui refusent d’entrer en complicité avec ce vent de nouveauté assurément moderniste. Désignés du doigt, ils sont tenus à l’écart. Ils ne s’en plaignent pas du reste, prêts à payer ce prix pour demeurer fils de l’Église. Si vous hésitez à les suivre, du moins, pour vous, ne leur jetez pas la pierre.
Abbé Patrick de La Rocque,
de la Fraternité Saint Pie X