CONFIDENCES de Séminaristes
La première année de séminaire est unique en son genre. On peut la décrire comme la période des fiançailles avec le Bon Dieu. Dans la ligne du "oui" initial, les séminaristes goûtent le charme d'une vie passée près du Bon Dieu et se détachent peu à peu de l'esprit du monde.
Les consolations dont ils sont souvent gratifiés les affermissent dans leur vocation et les préparent à affronter les difficultés des études et de l'apostolat.
Les témoignages qui suivent, pris sur le vif, vous feront découvrir l'histoire de quelques-uns d'entre eux et leurs dispositions intérieures à la veille de leur prise de soutane.
Abbé Patrick Troadec, Directeur,
le 25 janvier
2004, eu la fête
de la Conversion de saint Paul.
* * *
w
Dans quelle circonstance votre vocation est-elle née
?
1er témoignage : « J'ai toujours aimé la liturgie : même à l'église du village, je voulais servir la messe. Ensuite, j'aimais connaître ma religion et parfois prendre position par rapport à mes camarades de classe. Avant d'avoir 15 ans, je ne réfléchissais pas vraiment à l'idée d'être prêtre mais peut-être ne voulais-je pas y penser... C'est quand un prêtre m'a demandé si je n'y avais jamais pensé que ma vocation a commencé à mûrir pour s'affirmer vraiment clairement petit à petit. Je crois que je dois surtout ma vocation aux trois prêtres que la Providence a successivement mis sur mon chemin dans le but que je poursuive les desseins de Dieu en accomplissant sa volonté. Chacun à leur manière, ils ont permis qu'à leur exemple je grandisse dans la foi, que j'aie une plus grande dévotion à Notre-Dame et dans la Sainte Messe. »
2e témoignage : « C'est dans une école traditionnelle que j'ai commencé à penser sérieusement à la vocation (15 - 17 ans). Ce désir a été surtout stimulé par le don de soi que nous montraient les prêtres de mon école, par leur très grande bonté. De plus, mon contact avec la liturgie et mon rôle de sacristain ont enraciné en moi un profond attachement au culte de l'Église. Le facteur déterminant a été cependant le fait que l'Église, dans la crise actuelle, a un grand besoin de prêtres. »
3e témoignage
: «
Ma vocation est née en
trois temps. Le premier, c'était
vers l'âge
de huit ans, alors que je servais régulièrement
la messe. Au retour en car d'une kermesse, je regardai avec d'autres enfants
de chœur
un petit film sur le saint Curé
d'Ars. C'est ainsi que pour la première
fois je pensais au sacerdoce. Le désir
fut assez fugitif et je n'y pensais plus pendant toute ma scolarité,
jusqu'à
la classe de seconde où
ce fut la deuxième étape.
Ce sont les commentaires de mes camarades de classe qui m'ont fait repenser à
l'éventualité
de la vocation. Ceux-ci disaient, après
m'avoir vu servir la messe, que la soutane m'allait très
bien. Même
si, à
l'époque,
je me défendais
fortement de tous ces commentaires, ces remarques eurent l'avantage de réactualiser
l'appel de Dieu en moi. Mais ayant d'autres idées
en tête,
j'oubliais
rapidement ces
pensées.
C'est pendant l'été
qui suivit mon bac de français
qu'eut lieu le troisième
temps, le plus décisif
: j'assistai aux ordinations sacerdotales. La vue de ces prêtres
qui venaient d'être
ordonnés
et qui imposaient les mains aux fidèles
fut vraiment l'élément
qui me décida à
faire le pas. Cela me fit une telle impression que, quasiment du jour au
lendemain, je devins sûr
que je devais entrer au séminaire. »
4e témoignage : « Depuis deux ou trois ans, je m'occupais de jeunes adolescents dans différentes circonstances (le milieu scolaire, les mouvements de jeunesse). Petit à petit, mon regard sur ces jeunes qui m'étaient confiés changea. Se manifestait en moi un souci toujours plus grand de leurs âmes. Mon directeur spirituel, à qui je me confiais plus intimement, m'aida à déceler la volonté de Dieu, ses desseins nouveaux sur moi. Il répondit à mes questions, écarta avec prudence mes objections. Ses conseils collaient toujours plus à mes doutes. J'y voyais l'action de l'Esprit-Saint, ce qui me réconfortait, alors que tous les projets que j'avais faits depuis la fin de mes études secondaires étaient remis en cause. Il m'a soutenu dans ces longs moments mais ne m'a jamais poussé en répondant pour moi à la vocation, alors que, dans un premier temps, j'attendais cela de lui. Après avoir écarté tous les doutes de mon esprit, je décidai d'entrer au séminaire, comptant sur la grâce de Dieu pour m'aider à supporter tous les renoncements. Dès cet instant, je fus apaisé. »
5e témoignage : « La circonstance décisive de mon entrée au séminaire a été d'étudier dans une classe préparatoire. C'est là que j'ai vraiment pris conscience de la nécessité de l'apostolat, auprès des jeunes notamment. En effet, dans cette prépa, j'ai été amené à côtoyer les jeunes qui sont appelés à devenir l'"élite" de la pensée française dans les années à venir : je ne me trouvais pas face à l'élève moyen ou médiocre, mais face aux meilleurs élèves formés par l'Éducation nationale, républicaine et laïque. Plusieurs d'entre eux devaient par la suite intégrer l'École Normale Supérieure ou d'autres écoles prestigieuses telles que H.E.C. ou Sciences Po. Le fait de me rendre compte que ces futurs professeurs, universitaires, cadres, etc., vivaient pour la plupart dans un état de misère morale, de vide spirituel plus qu'alarmant m'a donné le courage de faire le pas et d'entrer au séminaire. C'est essentiellement cela qui m'a poussé à y aller : voir que toute cette jeunesse dans l'ensemble très douée, ces filles et ces garçons au crâne si bien rempli de tout ce qui constitue la "culture" dans le monde avaient une âme si vide de l'essentiel : vide de Dieu. Au cours de cette période étudiante en prépa, j'ai suivi par ailleurs les activités du M.J.C.F., qui m'ont donné l'occasion de faire un tant soit peu d'apostolat auprès des jeunes de mon âge, ce qui m'a également aidé à entrer au séminaire. »
w Quelle est la spécificité de la 1ère année de séminaire ?
«
La première
année,
dite de spiritualité,
a surtout comme but de nous faire découvrir
la vie intérieure,
la vie d'oraison. Je découvre
peu à
peu les joies de cette vie intime avec Dieu et je tâche
de m'appliquer de mon mieux pour pouvoir dire un jour, à
la suite de saint Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en
moi. " Il y a encore du travail...
La situation du séminaire, dans ce beau petit village isolé, est vraiment propice au recueillement et à la méditation. On ne pouvait trouver mieux pour commencer notre vie hors du monde. Je remercie le Bon Dieu de m'avoir conduit ici, pour que je m'unisse plus profondément à lui. »
w Qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué au cours du premier trimestre ?
• Quant à votre vie d'union à Dieu.
«
Ce qui m'a le plus marqué
au cours de ce 1er trimestre est le fait d'être
vraiment heureux. Je ne m'attendais pas à être
aussi heureux. Quand j'ai décidé d'entrer au séminaire,
je voyais surtout dans ma démarche
la dimension du sacrifice, je voyais surtout ce qu'il m'en coûtait
de me donner à
Dieu. J'avais surtout devant les yeux la
difficulté
de ce sacrifice. Il est vrai qu'une fois qu'on a pris sa décision,
le trouble, inhérent à
toute situation où
l'on doit faire des choix importants, s'évanouit,
et lui succède
alors une paix indicible. Néanmoins,
la dimension sacrificielle de mon entrée
au séminaire
restait très
présente à
mon esprit. Je n'imaginais pas possible d'être
aussi heureux en étant
privé de tout ce en quoi le monde place son
bonheur : sans femme, sans argent, sans pouvoir, sans musique, sans cinéma
ni télévision,
sans liberté
de sortir quand bon nous semble, etc... La réponse
est toute simple, et je l'ai découverte
au cours de ces premiers mois de vie au séminaire
: c'est une vie d'union intime avec Dieu, ce que l'on ne peut que difficilement
comprendre dans le monde ; la joie de faire la volonté
de Dieu, la joie d'être
là
où
Il veut qu'on soit. Maintenant, je comprends beaucoup mieux cette parole de
l'Imitation de Jésus-Christ
: "il faut tout donner pour tout trouver." C'est en effet en se donnant
totalement à
Dieu que l'on trouve Dieu, et quand on trouve Dieu, on trouve tout. Il n'est nul
besoin d'aller chercher ailleurs un bonheur qu'on ne peut trouver qu'en Lui. De
ce fait, ma vision de la vie au séminaire
a profondément
changé.
Elle a été transformée
par l'union avec Dieu et je souhaite à
tous la même
grâce. »
• Quant à la vie commune
« Je ne m'attendais pas à une ambiance à la fois aussi sérieuse et familiale. La bonne humeur règne au séminaire. Ce que nous avons appris en cours de spiritualité se vérifie : la joie est l'un des effets intérieurs de la charité. »
w Depuis que vous êtes entré à Flavigny, avez-vous l'impression que votre regard a changé :
• Par rapport au monde.
« Après presque trois mois passés au séminaire, j'ai éprouvé durant les vacances de la pitié pour tous ces gens du monde qui ne connaissent pas la vraie joie, cherchent vainement le bonheur dans de faux plaisirs et finalement sont tristes.
J'ai été frappé par la physionomie de certains jeunes qui manifestement avaient un bon fond mais, me semble-t-il, par manque d'idéal se rabattaient sur ce qu'offre le monde.
En reprenant contact avec les préoccupations mondaines, j'ai eu le sentiment que le monde offrait des choses bien misérables comparées au bonheur suprême et qu'il conditionnait les gens plutôt qu'il ne les épanouissait. »
• Par rapport aux âmes
« J'ai un profond désir de voir les âmes de mes proches parents et amis chers vivre ou retrouver l'amitié de Dieu. Je prie souvent pour eux dans ce sens, alors qu'auparavant mes demandes étaient plus matérielles. L'éloignement opère un rapprochement spirituel. »
w Quel sentiment éprouvez-vous à l'approche de votre prise de soutane ?
1er témoignage : « J'éprouve d'abord un profond sentiment d'indignité, en voyant mes nombreuses fautes et en contemplant la grandeur du sacerdoce. Quoi ? C'est, en effet, à moi que Dieu fait la grâce insigne de m'appeler à revêtir ce saint habit ? Alors que non seulement je suis un néant, mais en plus un néant pécheur et inique ? Mais à ce sentiment d'indignité correspondent un sentiment d'immense reconnaissance et une joie indicible à l'approche de la prise de soutane. Il y a quelques années, au cours d'une retraite, un prêtre m'a dit que si le Bon Dieu m'appelait au sacerdoce, ce serait sans aucun doute la plus grande grâce de ma vie. Je n'en étais alors pas entièrement convaincu. Mais aujourd'hui, je le suis pleinement, et j'en suis confondu en reconnaissance devant la libéralité divine, envers une si misérable créature. »
2e
témoignage
: «
À l'approche du 2 février,
date tant attendue des prises de soutanes, c'est surtout un sentiment de joie
qui prédomine
; joie d'être
enfin revêtu
de la livrée
de Notre-Seigneur ; joie aussi parce que c'est la première étape
de notre chemin vers le sacerdoce ; joie, enfin, de pouvoir témoigner
publiquement notre attachement à
Jésus-Christ.
Mais à
cette joie se mêle
un peu de crainte, la crainte d'y être
infidèle
dans un monde si opposé
aux vertus que réclame
le port d'un si saint habit. Cette crainte est heureusement contrebalancée
par la certitude que Dieu me donnera les grâces
nécessaires à
ce nouvel état
de vie. »
3e témoignage : « Disons simplement que Dieu nous comble encore une fois en nous donnant de nous sentir visiblement un peu plus enveloppés de son Esprit ! »
w Quel type d'apostolat souhaiteriez-vous avoir une fois prêtre ?
« Devant l'immensité, la toute-puissance, la perfection de Dieu, toutes les banalités humaines s'évanouissent, toutes les inquiétudes terrestres paraissent bien fades, sans importance !
Le monde s'agite, crie, s'énerve, désespère, tandis que Dieu reste immuable, imperturbablement parfait, immobile et silencieux.
Voilà ce que j'aimerais, une fois prêtre, apporter au monde, et surtout aux jeunes qui cherchent le bonheur là où il n'est pas : apporter au monde un peu de cette simplicité de Dieu ; montrer au monde qui s'épuise en vain que le seul repos, la seule paix, la seule joie, ne sont pas ailleurs qu'en Dieu.
Et pour cela il ne faut rien de moins qu'être uni parfaitement à Dieu : vivre de sa propre vie, la vie de la grâce, et être tout à lui, dans les petites choses comme dans les grandes ; être ainsi un reflet, au milieu du monde, de Dieu lui-même et de sa simplicité. »
w Quels conseils donneriez-vous à un jeune homme qui est travaillé par la question de la vocation et qui n'ose pas s'engager ?
« Trois considérations me paraissent particulièrement aptes à aider, encourager et « stimuler » un jeune homme qui se poserait la question de la vocation:
1) L'immense grâce que représente le simple fait d'être travaillé par la question dans un monde résolument athée, et la nécessité, par conséquent, de tout mettre en œuvre pour répondre favorablement à l'appel de Dieu, si telle est sa volonté. En effet, envisager vraiment d'être prêtre dans une société qui s'attache chaque jour davantage à outrager le nom de Dieu est une grâce exceptionnelle. Ce don gratuit de Dieu paraît d'autant plus extraordinaire qu'il est accordé à un jeune homme issu d'un milieu peu catholique, mais si cette supposée vocation s'épanouit à la suite d'une solide et authentique éducation chrétienne, elle n'en doit pas moins, bien au contraire, être considérée comme un merveilleux signe d'élection : à combien peu d'enfants est-il donné aujourd'hui de pouvoir grandir au sein d'une famille pleinement catholique ! Dans ces conditions, il n'est pas possible de jouer à l'enfant gâté, aimant recevoir mais ne voulant pas donner. A une époque où tant d'âmes vivent loin de Dieu et se damnent, peut-on vraiment refuser de se préparer au sacerdoce, quand Dieu semble nous y appeler ? N'est-il pas folie de se montrer timoré, quand il s'agit de faire la volonté de Dieu ? Que les jeunes gens qui se posent la question de la vocation considèrent quelle immense espérance Dieu met en eux ! Quelle ingratitude et quelle lâcheté que de s'esquiver !
2) La belle et joyeuse espérance que représentent les séminaristes pour les pieux catholiques. Autant les gens du monde pour qui l'argent, le pouvoir et le plaisir sont les seuls moteurs de l'existence s'attristent et ricanent, lorsqu'ils apprennent qu'un jeune homme de leur entourage est entré au séminaire, autant les vrais et bons catholiques s'en réjouissent profondément : les premiers frissonnent d'horreur en écoutant la nouvelle qui réveille douloureusement leur conscience assoupie, les seconds débordent de joie, en voyant déjà dans la personne du jeune séminariste le prêtre de demain qui transmettra le dépôt de la foi à leurs enfants. Un tel constat est très réconfortant et encourageant, parce qu'il montre qu'il n'y a pas de plus belle manière de donner un sens à sa vie et de se rendre utile que d'entrer au séminaire en vue du sacerdoce. Si beaucoup de fidèles de la Tradition prient et se sacrifient pour leurs prêtres et leurs futurs prêtres avec tant de zèle, c'est parce qu'ils mesurent vraiment combien leur sont nécessaires leurs prêtres. Aussi, à une époque où l'Église traverse une crise effroyable, les motifs et prétextes fallacieux plus ou moins avoués qui dissuadent d'entrer au séminaire ne sont-ils pas indignes d'une âme quelque peu généreuse ?
3) Toutes les grandes victoires s'obtiennent toujours au prix d'efforts importants. Celui qui manque de courage et d'énergie ne fera jamais rien de grand, dans quelque domaine que ce soit : il gâchera assurément sa vie, parce qu'il n'aura pas voulu se donner totalement. Qui voudrait éprouver un tel remords, au soir de sa vie ? On ne remporte aucune bataille si on mesure ses efforts, si on modère son audace et si on manque de persévérance. Lorsque la guerre est déclarée, qui oserait, en toute bonne conscience, refuser de partir au front, alors qu'il est apte et en mesure de combattre ! Aujourd'hui, Satan mène une guerre à mort contre l'Église et la Chrétienté. Aussi qui aurait la folle et déshonorante hardiesse de décliner la pressante mais silencieuse invitation du Christ-Roi à venir combattre sous son glorieux étendard ? Tergiverser est déjà un signe de mollesse coupable. Dieu attend plus que jamais de ceux qu'il appelle discrètement à son service un "oui" magnanime, généreux et inébranlable.
Puissent de telles réflexions inciter, sans plus attendre, bon nombre de jeunes gens à prononcer vaillamment leur "fiat".