Le Tiers-Ordre

 

Statuts

t But de la fondation de ce Tiers-Ordre

La sanctification personnelle et celle des personnes dont les membres du Tiers-Ordre ont la charge.  [lire la suite]

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Le Tiers-Ordre: partager la spiritualité spécifique et les grâces de la Fraternité


Dans un classique de la littérature spirituelle, L’âme de Tout Apostolat, Dom Chautard cite une conversation entre Saint Pie X et un groupe de Cardinaux : « Qu’y a-t-il - dit le Pape - de plus nécessaire aujourd’hui pour le salut de la société ? » « – Bâtir des écoles catholiques », répondit l’un. « – Non. » « – Multiplier les églises », repartit un autre. « – Non encore. » « – Activer le recrutement sacerdotal », dit un troisième. « – Non, non », répliqua Pie X, « ce qui est présentement le plus nécessaire, c’est d’avoir dans chaque paroisse un groupe de laïcs à la fois très vertueux, éclairés, résolus et vraiment apôtres »(1).

Ces mots sonnent tout aussi juste dans notre société actuelle qu’il y a un siècle. En fait, ils ne sont que l’expression de la volonté du Pape de promouvoir l’Action Catholique parmi les laïcs. Volonté affirmée dès sa première Encyclique, E supremi apostolatus, dans laquelle il expliquait que les organisations et associations de laïcs doivent avoir « pour premier et principal objet de faire que ceux qui s’y enrôlent accomplissent fidèlement les devoirs de la vie chrétienne… L’action, voilà ce que réclament les temps présents ; mais une action qui se porte sans réserve à l’observation intégrale et scrupuleuse des lois divines et des prescriptions de l’Église, à la profession ouverte et hardie de la religion, à l’exercice de la charité sous toutes ses formes, sans nul retour sur soi ni sur ses avantages terrestres »(2).

 

w Le Tiers-Ordre de la Fraternité Saint-Pie X

Il est difficile de trouver une définition plus précise de la finalité du Tiers-Ordre de la Fraternité Saint-Pie X. Certains disent qu’il n’est pas nécessaire de s’affilier à un Tiers-Ordre, encore moins à celui de la Fraternité Saint-Pie X, pour sauver son âme. C’est vrai. La Fraternité ne peut pas non plus forcer les fidèles qui fréquentent ses églises, chapelles ou missions à s’y associer d’une façon ou d’une autre. Ces fidèles sont simplement des catholiques qui exercent le droit que leur confère leur baptême à recevoir de véritables sacrements, la messe et l’enseignement traditionnel de la doctrine catholique. Ils ne sont pas membres de la Fraternité, contrairement à ce que certains ont coutume de dire.

Cependant, ceci ne signifie pas que les fidèles qui assistent à nos messes ne peuvent pas devenir membres de la Fraternité, ni qu’ils ne peuvent, ce faisant, en retirer de grands bénéfices spirituels. Bien au contraire! La réussite de nos œuvres (églises, écoles, missions et autres apostolats) en dépend. Le plus grand secret du succès de l’apostolat des prêtres de la Fraternité n’a pas changé depuis l’époque de saint Pie X. Il appartient aux prêtres de former d’abord et de s’entourer ensuite d’une élite, d'une sorte de « troupe de choc », décidée à vivre pleinement sa vie chrétienne. L’exemple d'une vie fervente entraînera les autres fidèles et maintiendra la cohésion au sein des chapelles, associations et activités, excluant les influences libérales qui mineraient l’apostolat des prêtres et favorisant la formation d’une vie, de type paroissial, intense, surnaturelle et détachée de l’esprit du monde.

La reconnaissance du rôle crucial que peut jouer l’existence d’un noyau de laïcs fervents a conduit Mgr Lefebvre à fonder le Tiers-Ordre de la Fraternité Saint-Pie X en 1980. Par là, il offre aux fidèles la possibilité d'aller au-delà de la simple assistance à la messe de toujours, célébrée par les prêtres de la Fraternité, et de la réception des sacrements.

Les fidèles deviennent, par l’engagement dans le Tiers-Ordre, plus proches des prêtres, parce que membres d’une Société dont le but est de restaurer toutes choses dans le Christ. Ils s'unissent ainsi aux prêtres, à la fois spirituellement et dans leurs activités extérieures. De cette façon, par leurs prières et leurs sacrifices, les membres du Tiers-Ordre soutiennent et encouragent les prêtres d’une manière particulière, gagnant des grâces pour eux, contribuant aux mérites acquis par les membres d’une même communauté.

Cependant, la grâce extraordinaire d’un Tiers-Ordre est de donner aux fidèles la possibilité de partager la spiritualité spécifique et les grâces d’un ordre religieux. Au sein de la Fraternité, cela se traduit par la volonté de restaurer la Royauté Sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ dans un monde laïcisé, par l’attachement au Magistère de l’Église Catholique Romaine, à travers la continuité de la Foi et de la Tradition. C’est aussi l’attachement au Saint Sacrifice de la Messe, sacrifice propitiatoire et renouvellement non sanglant du Sacrifice de la Croix. C’est l’attachement à l’esprit de l’Église, manifesté à travers les enseignements de la Tradition et par la Liturgie. C’est en ceci que réside notre force pour combattre les erreurs liées au modernisme et au libéralisme.

Mgr Lefebvre pensait très justement que nous ne pouvons nous sanctifier dans le monde actuel si nous ne pratiquons pas une spiritualité opposée au modernisme ; spiritualité caractérisée par la soumission, la fidélité et l’obéissance dérivant de l’esprit du Sacrifice de la Croix. C’est pourquoi il écrivait dans la Règle du Tiers-Ordre : « L’obtention de la sanctification aujourd’hui se réalise dans un monde qui s’y oppose par des erreurs et des hérésies subtiles, introduites dans tous les milieux catholiques sous le nom de modernisme ».

 

w La règle du Tiers-Ordre

Le fondement de tout Tiers-Ordre est la règle de vie qui unit les membres entre eux et détermine leurs obligations spirituelles. Le Tiers-Ordre de la Fraternité Saint Pie X ne fait pas exception à cette règle et contient, entre autres choses, un certain nombre d’aspects nécessaires :

• pour le maintien d’une vie catholique fervente et zélée : chaque jour, méditation, chapelet, lecture spirituelle et si possible, assistance à la Messe de toujours ; tous les deux ans, une retraite spirituelle ;

• pour une profession de Foi franche et ouverte : étude du catéchisme, combat contre le libéralisme et le modernisme, abstinence de télévision et sobriété dans le choix des distractions et lieux de vacances, promotion de la Consécration des Familles au Sacré-Cœur.

Le Tiers-Ordre n’est pas pour tous. Cependant, si vous souhaitez que les effets de vos retraites spirituelles soient durables, si vous voulez maintenir la ferveur de votre vie intérieure, si vous désirez vous associer publiquement aux positions doctrinales de la Fraternité, parlez à vos prêtres de cette occasion qui vous est offerte. Nous ne serions pas des Catholiques traditionalistes si nous ne pouvions penser par nous-mêmes.

Cependant, nous devons aussi combattre l’individualisme endémique de la société actuelle, une des conséquences de l’esprit libéral. Nous pouvons le faire par un contact visible avec le corps mystique de Notre Seigneur Jésus-Christ, en nous attachant à l’Église et prenant ainsi part à un effort plus large. Mgr Lefebvre répétait souvent : « L’esprit de la Fraternité est l’esprit de l’Église, l’Esprit de la Foi en Notre Seigneur Jésus-Christ et dans son œuvre de Rédemption ».

 

w La nouvelle ecclésiologie

La crise que nous traversons est bien une crise de l’Église, aussi, nous comprenons aisément combien une communauté qui s’attache à l’Esprit de l’Église peut constituer un remède à cette crise. En effet, si depuis plus de quarante ans, depuis le Concile Vatican II, nous vivons une réelle crise, ce n’est pas dû uniquement à l’un ou l’autre aspect de la Foi qui est remis en question, parce que l’on nie la divinité de Notre Seigneur, la transsubstantiation ou l'importance centrale de la Présence Réelle, la puissance unique des Ordres Religieux, le péché originel, la nécessité de la confession fréquente ou de la dévotion à la Bienheureuse Vierge Marie Médiatrice de Toutes les Grâces, ou encore l’autorité du Magistère.

Ce n’est pas non plus uniquement à cause de la désacralisation de la liturgie, des sacrement ou de la messe. Ce n'est pas non plus la pratique de l’œcuménisme et la promotion de l’indifférence religieuse. Toutes ces choses et bien d’autres sont réelles, certes. Mais, en toile de fond à tout ceci, il y a une nouveauté plus globale, pilier fondamental de tous les changements intervenus et qui est la cause profonde de la Crise de l’Église. C’est la nouvelle ecclésiologie, la modification fondamentale de la définition de l’Église.

L’opposition apparaît clairement lorsque l’on compare la définition de l’Église donnée par le Pape Léon XIII dans son encyclique sur l’unité de l’Église en 1896, Satis cognitum, et celle de Vatican II, Lumen gentium. Léon XIII décrivait l’Église comme une communauté d’hommes « divine de par son origine, surnaturelle par sa finalité, et dans ses moyens immédiatement aptes à atteindre cette fin », et par conséquent, il la définit comme « une société dûment constituée, formée d’une multitude de peuples différents, unis dans une foi, un but communs, unis dans la participation aux moyens adaptés pour atteindre la fin, unis sous une seule et même autorité ». Nous sommes face à une définition verticale d’une société surnaturelle parce que fondée par le Christ, donc par Dieu lui-même. Cela lui confère comme fondement une Foi commune, lui assigne comme finalité la Vie Éternelle, partageant comme moyens pour atteindre cette fin la même Messe et les mêmes sacrements, se soumettant à une autorité suprême, sans laquelle aucun des principes surnaturels évoqués ne peut être vécus.

Dans l’introduction de son document sur l’Église, Vatican II définit l’Église comme étant « dans le Christ en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire, à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain »(3). A première vue, cette définition paraît incompréhensible. On ne peut la comprendre que lorsque l’on considère sa dimension horizontale. L’Église n’est plus définie par le haut, partant de son fondateur et de sa foi, de ses buts et moyens surnaturels. La définition part de la base, de l’homme. Désormais, l’Église est considérée comme un symbole de l’unité de l’humanité avec le Tout-Puissant, elle a son unité en elle-même. La structure hiérarchique de l’Église, ses sacrements et ses enseignements font simplement partie de ce symbole. Ils sont le signe de l’unité fondamentale et naturelle de l’humanité, de l’union de l’homme avec son Créateur et l’instrument de leur accomplissement. Désormais tous les hommes sont inclus dans la définition de l’Église, et pas seulement un grand nombre, pas uniquement ceux qui partagent la même foi ou sont unis au Christ par le baptême : mais tous les hommes. C’est cette conception horizontale, démocratique qui est le fondement de tous les changements introduits dans l’église post-conciliaire. Elle génère une nouvelle façon de penser, radicalement différente de la Tradition et ce, même lorsque les apparences ont été maintenues.

Une notion de communauté horizontale apparaît ainsi, sans aucune intervention d’en haut – donc sans ses composantes surnaturelles –, se substituant à la doctrine verticale de l’Église comme corps mystique du Christ. Cette conception se cache derrière les conférences épiscopales, les célébrations liturgiques, les encycliques, les cérémonies de l’église post-conciliaire. C’est l’application directe des principes de liberté, égalité et fraternité de la Révolution Française. C’est le renversement de l’ordre divin selon lequel c’est le Christ qui gouverne l’Église. Ce sont les nouveaux enseignements dans lesquels la liberté religieuse correspond au concept de liberté, l’œcuménisme à la fraternité et la collégialité à l’égalité. Derrière tout ceci, il y a la croyance selon laquelle l’Église est une expérience communautaire qu’ont les hommes de Dieu ou du Christ.

De là vient l’enseignement contenu dans le même document de Vatican II Lumen gentium selon lequel l’Église n’est pas identique à l’Église Catholique mais subsiste en elle et que « hors de ses structures, on trouve de nombreux éléments de sanctification et de vérité qui, en tant que dons propres de l’Église du Christ, tendent à l’unité catholique »(4). Qu’y a-t-il comme expérience hors de l’Église Catholique qui pousse vers l’unité, si ce n’est le plus petit dénominateur commun, à savoir une expérience naturelle de communauté et une vague expérience d’unité avec Dieu ?

On peut légitimement se demander si ces idées sont très éloignées de cette affirmation : « Ainsi naquirent toutes les religions, y compris les religions surnaturelles : elles ne sont toutes que des efflorescences de ce sentiment. Et que l’on n’attende pas une exception en faveur de la religion catholique : elle est mise entièrement sur le pied des autres. Son berceau fut la conscience de Jésus-Christ, homme de nature exquise, comme il n’en fut ni n’en sera jamais ; elle est née là, non d’un autre principe que de l’immanence vitale »(5). Cette proposition fut vivement condamnée par saint Pie X en ces termes : « On est saisi de stupeur en face d’une telle audace dans l’assertion, d’une telle aisance dans le blasphème. Et ce ne sont point les incrédules seuls, Vénérables Frères, qui profèrent de telles témérités : ce sont des catholiques, ce sont des prêtres même, et nombreux, qui les publient avec ostentation. Et dire qu’ils se targuent, avec de telles insanités, de rénover l’Église ! » Il nous est difficile d’imaginer une déclaration plus prophétique sur la conception future de l’Église, produit de l’expérience religieuse.

 

w Le Tiers-Ordre : une réponse à la nouvelle ecclésiologie

Il est de notre devoir de nous opposer à la révolution moderniste portant sur la nature même de l’Église, problème central de la crise. Nous nous y opposons par la vraie définition de l’Église Catholique. Une définition verticale, Catholique, hiérarchique, soumise et obéissante. Il ne suffit pas de ridiculiser la notion erronée de communauté. Il ne suffit pas de récuser les individualistes, que nous sommes devenus par la société matérialiste, protestante et arriviste dans laquelle nous vivons. L’individualisme n’est pas seulement un produit du libéralisme. C’est aussi un sous-produit d’un goût immodéré pour les expériences de communion horizontale. Le point commun de ces deux notions est le refus d’un dévouement au bien commun imposé par la hiérarchie. La seule réponse à cela est l’Esprit de l’Église, société divinement constituée dont « la finalité est placée plus haut que celle des autres sociétés, car la grâce divine est supérieure à la nature, tout comme les bénédictions éternelles sont supérieures aux biens transitoires de cette terre ». (Léon XIII, Ibid.)

C’est en ceci que le Tiers-Ordre de la Fraternité Saint Pie X peut soutenir les fidèles décidés à mener une vie pénétrée de ces principes surnaturels et qui souhaitent contribuer au combat de la Foi non en tant qu’individus mais en se rattachant à une société constituée hiérarchiquement et désireux de s'unir aux prêtres. Notre force en tant que prêtres ne réside pas seulement dans les messes que nous disons ou les sacrements que nous conférons. Elle est aussi dans notre union, dans notre soumission aux supérieurs, notre attachement et notre engagement à agir pour l’Église. Tout cela n’est que le reflet de ce que nos messes signifient : une oblation de nous-mêmes en union à la Divine Victime pour son Corps Mystique, l’Église et pour toutes les âmes qui la composent.

L’affiliation au Tiers-Ordre permet aux laïcs de partager cet idéal et de le faire leur. Ils peuvent vivre plus intensément chaque messe à laquelle ils assistent, prier pour leurs prêtres et à travers eux pour l’Église, tout en se rapprochant eux-même de la vie éternelle. C’est une adhésion à l’esprit de l’Église. Cela signifie prendre part à la résolution de la crise actuelle. C’est en outre, pour la Fraternité, un sacrifice destiné à garantir de futures vocations et à promouvoir l’extension de son apostolat dans Notre Sainte Mère l’Église.

Puisse le Cœur Immaculé de Marie, Mère de la Divine Grâce, nous obtenir les lumières et inspirations pour prier et contribuer, selon les vues de la Divine Providence, au travail et à la vie de Notre Sainte Mère l’Église.

Abbé Peter R. Scott

 

(4 août 2004, Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du Séminaire de la Ste-Croix, Southern sentinel N° 21) Trad. : a.-s.h., tertiaire de la fsspx