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De lâĆcumĂ©nisme Ă lâapostasie silencieuse â 25 ans de pontificat
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Index de l’Ă©tude sur l’oecumĂ©nisme
Introduction
Premier chapitre
Analyse de la pensée oecuménique
- Le Christ uni Ă chaque homme
- Le CongrĂšs d’Assise
- L’unique Ăglise du Christ
- Les divisions ecclésiales
- Ni absorption ni fusion, mais don réciproque
- L’unitĂ© de sacrements
- L’unitĂ© dans la profession de foi
- La communion hiérarchique
- Conclusion
DeuxiĂšme chapitre
Les problĂšmes doctrinaux posĂ©s par l’oecumĂ©nisme
- Unité de foi
- Unité de gouvernement
- Unité de sacrements
- Conclusion
- Les non-catholiques sontâils membres de l’Ăglise ?
- Y a-t-il des éléments de sanctification et de vérité dans les communautés séparées ?
- L’Esprit-Saint se sert-il des communautĂ©s sĂ©parĂ©es comme moyens de salut ?
Les « Ăglises-soeurs»
- Ce qui nous unit est-il plus grand que ce qui nous sépare ?
TroisiĂšme chapitre
Les problĂšmes pastoraux posĂ©s par l’oecumĂ©nisme
- Il relativise les déchirures opérées par les hérétiques
- Il prĂ©tend que la foi de l’Ăglise peut ĂȘtre perfectionnĂ©e par les « richesses » de l’autre
- Il relativise l’adhĂ©sion Ă certains donnĂ©s de la foi
- Il promeut une « réforme permanente » des formules de foi
- Il refuse d’enseigner sans ambiguĂŻtĂ© le contenu intĂ©gral de la foi
- Il met sur un pied d’Ă©galitĂ© les saints authentiques et les « saints » supposĂ©s
- Il provoque donc la perte de la foi
- Il ne réclame plus la conversion des hérétiques et des schismatiques
- Il engendre un égalitarisme entre les confessions chrétiennes
- Il humilie l’Ăglise et enorgueillit les dissidents
Conclusion générale
De l’oecumĂ©nisme à l’apostasie silencieuse
ARGUMENT
1. Le 25Ăšme anniversaire de lâĂ©lection de Jean-Paul II est lâoccasion de rĂ©flĂ©chir sur lâorientation fondamentale que le Pape a donnĂ©e Ă son pontificat. Dans la suite du concile Vatican II, il a voulu le placer sous le signe de lâunitĂ© : « La restauration de lâunitĂ© de tous les chrĂ©tiens Ă©tait lâun des buts principaux du IIĂšme concile du Vatican (cf. UR n° 1) et, dĂšs mon Ă©lection, je me suis engagĂ© formellement Ă promouvoir lâexĂ©cution de ses normes et de ses orientations, considĂ©rant que câĂ©tait lĂ pour moi un devoir primordial 1 » Cette ârestauration de lâunitĂ© des chrĂ©tiensâ marquait, selon Jean-Paul II, un pas vers une unitĂ© plus grande, celle de la famille humaine tout entiĂšre : « LâunitĂ© des chrĂ©tiens est ouverte sur une unitĂ© toujours plus vaste, celle de lâhumanitĂ© tout entiĂšre. 2 »
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2. En raison de ce choix fondamental,
- Jean-Paul II a estimĂ© devoir « reprendre en main cette âmagna chartaâ conciliaire quâest la constitution dogmatique Lumen gentium 3 » laquelle dĂ©finit lâEglise comme un «sacrement, câest-Ă -dire Ă la fois le signe et le moyen de lâunion intime avec Dieu et de lâunitĂ© de tout le genre humain. 4 » Cette âreprise en mainâ Ă©tait faite en vue de «rĂ©aliser toujours mieux cette communion vitale dans le Christ de tous ceux qui croient et espĂšrent en lui, mais Ă©galement en vue de contribuer Ă une plus ample et plus forte unitĂ© de la famille humaine tout entiĂšre 5 »;
- Jean-Paul II a consacrĂ© lâessentiel de son pontificat Ă la poursuite de cette unitĂ©, multipliant rencontres interreligieuses, repentances et gestes ĆcumĂ©niques. Ce fut Ă©galement la principale raison de ses voyages : « Ils ont permis dâatteindre les Eglises particuliĂšres dans tous les continents, en portant une attention soutenue au dĂ©veloppement des relations ĆcumĂ©niques avec les chrĂ©tiens des diffĂ©rentes Confessions6»;
- Jean-Paul II a donnĂ© lâĆcumĂ©nisme pour trait caractĂ©ristique du JubilĂ© de lâan 2000.7
En toute vĂ©ritĂ©, donc, « on peut dire que toute lâactivitĂ© des EgliÂses locales et du SiĂšge apostolique ont eu ces derniĂšres annĂ©es un souffle ĆcumĂ©nique. 8 » DĂ©sormais, vingt-cinq ans ont passĂ©, le JubilĂ© sâen est allĂ© : lâheure des bilans a sonnĂ©.
3. Longtemps, Jean-Paul II a cru que son pontificat serait un nouvel Avent 9 permettant à « lâaube de ce nouveau millĂ©naire [de] se lever sur une Eglise qui a retrouvĂ© sa pleine unitĂ©. 10 » Alors se serait rĂ©alisĂ© le « rĂȘve» du Pape : « Tous les peuples du monde en marche, de diffĂ©rents lieux de la Terre, pour se rĂ©unir auprĂšs du Dieu unique comme une seule famille.11» La rĂ©alitĂ© est tout autre : « Le temps que nous vivons apparaĂźt comme une Ă©poque dâĂ©garement [oĂč] beaucoup dâhommes et de femmes semblent dĂ©sorientĂ©s. 12 » RĂšgne par exemple sur lâEurope une « sorte dâagnosticisme pratique et dâindiffĂ©rentisme religieux », au point que «la culture europĂ©enne donne lâimpression dâune âapostasie silencieuse.â13» LâĆcumĂ©nisme nâest pas Ă©tranger Ă cette situation. Lâanalyse de la pensĂ©e de Jean-Paul II (1Ăšre partie) nous fera constater, non sans une profonde tristesse, que la pratique ĆcumĂ©nique est hĂ©ritĂ©e dâune pensĂ©e Ă©trangĂšre Ă la doctrine catholique (2Ăšme partie) et mĂšne Ă lâ âapostasie silencieuseâ (3Ăšme partie).
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Notes
1 – Jean-Paul II, Allocution au secrĂ©tariat pour lâunitĂ© des chrĂ©tiens du 18/11/ 1978, La documentation catholique (DC) n°1753 du 03/12/1978 p. 1017.
2 – Jean-Paul II, AngĂ©lus du 17/01/1982, DC n°1823 du 07/02/1982, p. 144.
3 – Jean-Paul II, 1er message au monde du 17/10/1978, DC n°1751 du 05/11/ 1978, p. 902-903.
4 – Conc. Ćcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n°1.
5 – Jean-Paul II, 1er message au monde du 17/10/1978, DC n°1751 du 05/11/ 1978, p. 903.
6 Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, n°24. Cf. Jean-Paul II, Ut unum sint, n°42 : « Les cĂ©lĂ©brations ĆcumĂ©niques sont parmi les Ă©vĂ©nements les plus importants de mes voyages apostoliques dans les diffĂ©-rentes parties du monde. »
7 – Jean-Paul II, HomĂ©lie Ă lâouverture de la Porte Sainte Ă Saint-Paul-hors-lesÂMurs du 18/01/2000 , DC n°2219 du 06/02/2000 , p. 106 : « La Semaine de PriĂšre pour lâunitĂ© des chrĂ©tiens commence aujourdâhui Ă Rome avec la cĂ©lĂ©bration qui nous voit rĂ©unis. Jâai voulu quâelle coĂŻncide avec lâouverture de la Porte Sainte dans cette basilique consacrĂ©e Ă lâApĂŽtre des nations, pour souligner la dimension ĆcumĂ©nique qui doit caractĂ©riser lâAnnĂ©e jubilaire 2000. »
8 – Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, n°34.
9 – Jean-Paul II, Redemptor hominis, n°1.
10 – Jean-Paul II, HomĂ©lie prononcĂ©e en prĂ©sence du Patriarche ĆcumĂ©nique de Constantinople Dimitrios 1er le 29/11/1979 Ă Istanbul , DC n°1776 du 16/12/ 1979, p. 1056
11 – Jean-Paul II, Message pour la XV° Rencontre internationale de priĂšre pour la paix, DC n°2255 du 07/10/2001, p. 818.
12 – Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, n°7, DC n°2296 du 20/07/2003, p. 670Â671.
13 – Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, nos 7 & 9, DC n°2296 du 20/07/2003, p. 671Â672. |
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| Chapitre 1
ANALYSE DE LA PENSĂE ĆCUMĂNIQUE
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LâunitĂ© du genre humain et le dialogue interreligieux
Le Christ, uni Ă chaque homme
4. A la base de la conception du Pape se trouve lâaffirmation selon laquelle « JĂ©sus-Christ (qui) âsâest uni dâune certaine maniĂšre Ă tous les hommesâ (Gaudium et spes, n° 22), mĂȘme si ceux-ci nâen sont pas conscients. 14 » Jean-Paul II explique en effet que la RĂ©demption apportĂ©e par le Christ est universelle non seulement en ce sens quâelle est surabondante pour le genre humain tout entier et quâelle est proposĂ©e Ă chacun de ses membres en particulier, mais surtout parce quâelle est appliquĂ©e de fait Ă tous les hommes : si donc, dâun cĂŽtĂ©, « dans le Christ, la religion nâest plus une ârecherche de Dieu comme Ă tĂątonsâ (Act 17, 27), mais une rĂ©ponse de la foi Ă Dieu qui se rĂ©vĂšle [âŠ], rĂ©ponse rendue possible par cet Homme unique [âŠ] en qui tout homme est rendu capable de rĂ©pondre Ă Dieu », de lâautre, le Pape ajoute « [quâ]en cet Homme, la crĂ©ation entiĂšre rĂ©pond Ă Dieu. 15 » En effet, « chacun a Ă©tĂ© inclus dans le mystĂšre de la RĂ©demption, et JĂ©susÂChrist sâest uni Ă chacun, pour toujours, Ă travers ce mystĂšre. [âŠ] Câest cela, lâhomme dans toute la plĂ©nitude du mystĂšre dont il est devenu participant en JĂ©sus-Christ et dont devient participant chacun des quatre milliards dâhommes vivant sur notre planĂšte, dĂšs lâinstant de sa conception. 16 » De la sorte, « dans lâEspritÂSaint, chaque personne et chaque peuple sont devenus, par la croix et la rĂ©surrection du Christ, des enfants de Dieu, des participants de la nature divine et des hĂ©ritiers de la vie Ă©ternelle. 17 »
Le congrĂšs dâAssise
5. Cet universalisme de la RĂ©demption trouve son application immĂ©diate dans la maniĂšre dont Jean-Paul II pratique les relations entre lâĂglise catholique et les autres religions. En effet, si lâordre de lâunitĂ© prĂ©cĂ©demment dĂ©crit « est celui qui remonte Ă la crĂ©ation et Ă la rĂ©demption et sâil est donc, en ce sens, âdivinâ, ces diffĂ©rences et ces divergences [citĂ©es plus haut], mĂȘme religieuses, remontent plutĂŽt Ă un âfait humainâ 18 » et doivent donc « ĂȘtre dĂ©passĂ©es dans le progrĂšs vers la rĂ©alisation du grandiose dessein dâunitĂ© qui prĂ©side Ă la crĂ©ation. 19 » DâoĂč les rĂ©unions interreligieuses telles que celle dâAssise, le 27 octobre 1986, en laquelle le Pape a voulu dĂ©celer « de maniĂšre visible, lâunitĂ© cachĂ©e mais radicale que le Verbe divin [âŠ] a Ă©tablie entre les hommes et les femmes de ce monde. 20 » Par de tels gestes, le Pape entend faire proclamer Ă lâĂglise que « le Christ est la rĂ©alisation de lâaspiration de toutes les religions du monde et, par cela mĂȘme, il en est lâaboutissement unique et dĂ©finitif. 21 »
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LâĂglise du Christ et lâĆcumĂ©nisme
Lâunique Ăglise du Christ
6. Un double ordre : unitĂ© divine demeurant inviolĂ©e, et divisions historiques qui ne relĂšvent que de lâhumain ; telle est encore la grille appliquĂ©e Ă lâĂglise, considĂ©rĂ©e comme communion. JeanÂPaul II distingue en effet lâĂglise du Christ, rĂ©alitĂ© divine, des diffĂ©rentes Ăglises, fruits des âdivisions humainesâ 22. LâĂglise du Christ, aux contours assez mal dĂ©finis du fait quâelle dĂ©borde des limites visibles de lâĂglise catholique 23, est une rĂ©alitĂ© intĂ©rieure 24. Elle rassemble pour le moins lâensemble des chrĂ©tiens 25, quelle que soit leur appartenance ecclĂ©siale : tous sont « disciples du Christ 26 », « dans une appartenance commune au Christ 27 » ; ils « sont un parce que, dans lâEsprit, ils sont dans la communion du Fils et, en lui, dans sa communion avec le PĂšre. 28 » LâĂglise du Christ est donc communion des saints, par delĂ les divisions : «LâĂglise est Communion des saints. 29 » En effet, « la communion en laquelle les chrĂ©tiens croient et espĂšrent est, en sa rĂ©alitĂ© la plus profonde, leur unitĂ© avec le PĂšre par le Christ et dans le Saint-Esprit. Depuis la PentecĂŽte, elle est donnĂ©e et reçue dans lâĂglise, communion des saints. 30 »
Les divisions ecclésiales
7. DâaprĂšs Jean-Paul II, les divisions ecclĂ©siales survenues au cours de lâhistoire nâauraient pas affectĂ© lâĂglise du Christ, autrement dit auraient laissĂ© inviolĂ©e lâunitĂ© radicale des chrĂ©tiens entre eux : « Par la grĂące de Dieu, ce qui appartient Ă la structure de lâĂglise du Christ nâa pourtant pas Ă©tĂ© dĂ©truit, ni la communion qui demeure avec les autres Ăglises et CommunautĂ©s ecclĂ©siales. 31 » Ces divisions sont en effet dâun autre ordre ; elles ne concernent que la manifestation de la communion des saints, ce qui la rend visible : les traditionnels liens de la profession de foi, des sacrements et de la communion hiĂ©rarchique. En refusant lâun ou lâautre de ces liens, les Ăglises sĂ©parĂ©es ne portent atteinte quâĂ la communion visible avec lâĂglise catholique, et encore seulement de maniĂšre partielle : cette derniĂšre communion est capable de plus ou de moins, selon quâun plus ou moins grand nombre de liens auront Ă©tĂ© sauvegardĂ©s. On parlera alors de communion imparfaite entre les Ăglises sĂ©parĂ©es et lâĂglise catholique, la communion de tous dans lâunique Ăglise du Christ demeurant sauve 32. Le terme dâ âĂglises-sĆursâ sera souvent utilisĂ© 33..
8. Selon cette conception, ce qui unit entre elles les diffĂ©rentes Ăglises chrĂ©tiennes est plus grand que ce qui les sĂ©pare 34. « Lâespace spirituel commun lâemporte sur bien des barriĂšres confessionnelles qui nous sĂ©parent encore les uns des autres. 35 » Cet espace spirituel, voilĂ lâĂglise du Christ. Si celle-ci ne « subsiste 36 » « en un unique sujet 37 » que dans lâĂglise catholique, elle nâen garde pas moins une «prĂ©sence active » dans les CommunautĂ©s sĂ©parĂ©es en raison des « Ă©lĂ©ments de sanctification et de vĂ©ritĂ© 38 » qui y sont prĂ©sents. Câest ce prĂ©tendu espace spirituel commun que Jean-Paul II a voulu sceller par la publication dâun martyrologe commun aux Ăglises : « LâĆcumĂ©nisme des saints, des martyrs, est peut-ĂȘtre celui qui convainc le plus. La voix de la communio sanctorum est plus forte que celle des fauteurs de division. 39 »
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Ni absorption ni fusion, mais don réciproque
9. DĂšs lors, « le but ultime du mouvement ĆcumĂ©nique » nâest que « le rĂ©tablissement de la pleine unitĂ© visible de tous les baptisĂ©s. 40 » Une telle unitĂ© ne se rĂ©alisera plus par lââĆcumĂ©nisme de retourâ 41 : « Nous le rejetons comme mĂ©thode de recherche dâunitĂ©. [âŠ] Lâaction pastorale de lâĂglise catholique tant latine quâorientale ne tend plus Ă faire passer les fidĂšles dâune Ăglise Ă lâautre. 42 » Ce serait en effet oublier deux choses :
- Ces divisions, que le concile Vatican II analyse comme des manquements Ă la charitĂ© 43, sont imputables de part et dâautre : «Evoquant la division des chrĂ©tiens, le dĂ©cret sur lâĆcumĂ©nisme nâignore pas âla faute des hommes de lâune et lâautre partieâ, en reconnaissant que la responsabilitĂ© ne peut ĂȘtre attribuĂ©e uniquement âquâaux autres (UR , 3).â 44 »
- LâĆcumĂ©nisme est aussi « Ă©change de dons 45 » entre les Ăglises : « LâĂ©change des dons entre les Ăglises, dans leur complĂ©mentaritĂ© rend fĂ©conde la communion. 46 »
Câest pourquoi lâunitĂ© souhaitĂ©e par Jean-Paul II « nâest pas absorption ni mĂȘme fusion. 47 » Appliquant ce principe aux relations entre lâĂglise catholique et les orthodoxes, le Pape dĂ©veloppe : « Les deux Ăglises-sĆurs dâOrient et dâOccident comprennent aujourdâhui que sans une Ă©coute rĂ©ciproque des raisons profondes qui sous-tendent en chacune dâelles la comprĂ©hension de ce qui les caractĂ©rise, sans un don rĂ©ciproque des trĂ©sors du gĂ©nie dont chacune est porteuse, lâĂglise du Christ ne peut manifester la pleine maturitĂ© de cette forme quâelle a reçue au dĂ©but, dans le CĂ©nacle. 48 »
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La recomposition de lâunitĂ© visible
10. « De mĂȘme que dans la famille les Ă©ventuelles dissensions doivent ĂȘtre dĂ©passĂ©es par la recomposition de lâunitĂ©, câest ainsi que lâon doit faire dans la famille plus vaste de la communautĂ© chrĂ©tienne tout entiĂšre. 49 » DĂ©passer les dissensions humaines par la recomposition de lâunitĂ© visible, telle est la mĂ©thodologie du Pape. Il faudra lâappliquer dans les trois liens traditionnels de la profession de foi, des sacrements et de la communion hiĂ©rarchique, du fait que ce sont eux qui constituent la visibilitĂ© de lâunitĂ©.
LâunitĂ© de sacrements
11. On sait comment Paul VI sây est employĂ© en matiĂšre de sacrements : dans les rĂ©formes liturgiques successives qui ont appliquĂ© les dĂ©crets conciliaires, « lâĂglise a Ă©tĂ© guidĂ©e (âŠ) par le dĂ©sir de tout faire pour faciliter Ă nos frĂšres sĂ©parĂ©s le chemin de lâunion, en Ă©cartant toute pierre qui pourrait constituer ne seraitÂce que lâombre dâun risque dâachoppement ou de dĂ©plaisir. 50 »
12. Lâobstacle dâune liturgie catholique trop expressive du dogme ainsi Ă©cartĂ©, il restait Ă dĂ©passer la difficultĂ© posĂ©e par les liturgies des communautĂ©s sĂ©parĂ©es. La rĂ©forme fit alors place Ă la reconnaissance : bien quâelle ne contienne pas les paroles consĂ©cratoires, lâanaphore assyrienne (nestorienne) dâAddaĂŻ et Mari fut dĂ©crĂ©tĂ©e valide en un document expressĂ©ment approuvĂ© par Jean-Paul II 51.
LâunitĂ© dans la profession de foi
13. En matiĂšre de foi, Jean-Paul II estime que, bien souvent, « les polĂ©miques et les controverses intolĂ©rantes ont transformĂ© en affirmations incompatibles ce qui Ă©tait en fait le rĂ©sultat de deux regards scrutant la mĂȘme rĂ©alitĂ©, mais de deux points de vue diffĂ©rents. Il faut trouver aujourdâhui la formule qui, saisissant cette rĂ©alitĂ© intĂ©gralement, permette de dĂ©passer les lectures parÂtielles et dâĂ©liminer les interprĂ©tations erronĂ©es. 52 » Cela rĂ©clame une certaine latitude par rapport aux formules dogmatiques jusque lĂ employĂ©es par lâĂglise. On recourra donc au relativisme historique, afin de faire dĂ©pendre les formules dogmatiques de leur Ă©poque : « Les vĂ©ritĂ©s que lâĂglise entend rĂ©ellement enseigner par ses formules dogmatiques sont sans doute distinctes des conceptions changeantes propres Ă une Ă©poque dĂ©terminĂ©e ; mais il nâest pas exclu quâelles soient Ă©ventuellement formulĂ©es, mĂȘme par le MagistĂšre, en des termes qui portent des traces de telles conceptions. 53»
14. Deux applications de ces principes sont souvent citĂ©es. Dans le cas de lâhĂ©rĂ©sie nestorienne, Jean-Paul II estime que «les divisions qui se sont produites Ă©taient dues dans une large mesure Ă des malentendus. 54 » En effet, si le principe qui affirme que « en premier lieu, devant des formulations doctrinales qui se sĂ©parent des formules en usage dans la communautĂ© Ă laquelle on appartient, il convient manifestement de discerner si les paroles ne recouvrent pas un contenu identique 55 » est clair, lâapplication qui en est faite est dĂ©tournĂ©e. Câest ainsi que la reconnaissance de foi christologique de lâĂglise assyrienne dâOrient, sans que lui ait Ă©tĂ© rĂ©clamĂ©e lâadhĂ©sion Ă la formule dâEphĂšse selon laquelle Marie est MĂšre de Dieu, fait fi des condamnations antĂ©rieures, sans tenir compte de leur aspect infaillible 56. Plus caractĂ©ristique encore est la dĂ©claration commune avec la FĂ©dĂ©ration luthĂ©rienne mondiale. Son souci ne fut pas de dire la foi et dâĂ©carter lâerreur, mais seulement de trouver une formulation apte Ă Ă©chapper aux anathĂšmes du concile de Trente : «Cette dĂ©claration commune est portĂ©e par la conviction que le dĂ©passement des condamnations et des questions jusquâalors controversĂ©es ne signifie pas que les sĂ©parations et les condamnations soient prises Ă la lĂ©gĂšre ou que le passĂ© de chacune de nos traditions ecclĂ©siales soit dĂ©savouĂ©. Elle est cependant portĂ©e par la conviction que de nouvelles apprĂ©ciations adviennent dans lâhistoire de nos Ăglises. 57 » Dâun mot bien simple, le cardinal Kasper commentera cette dĂ©claration : « LĂ oĂč nous avions vu au premier abord une contradiction, nous pouvons voir une position complĂ©mentaire. 58 »
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La communion hiérarchique
15. Quant au ministĂšre pĂ©trinien, les souhaits pontificaux sont connus : trouver, de concert avec les pasteurs et thĂ©ologiens des diffĂ©rentes Ăglises, « les formes dans lesquelles ce ministĂšre pourra rĂ©aliser un service dâamour reconnu par les uns et par les autres. 59 » On introduira alors le rĂ©gulateur de la necessitas EcclesiĂŠ 60, comprise aujourdâhui comme rĂ©alisation de lâunitĂ© des chrĂ©tiens, pour attĂ©nuer ce qui, dans lâexercice du ministĂšre pĂ©trinien, pourrait ĂȘtre obstacle Ă lâĆcumĂ©nisme.
16. Selon le cardinal Kasper, cette dĂ©marche ne suffit pas. Il faut encore dĂ©passer les obstacles prĂ©sents dans les communautĂ©s sĂ©parĂ©es, par exemple lâinvaliditĂ© dĂ©crĂ©tĂ©e des ordinations anglicanes 61. La piste quâil propose pour cela est une redĂ©finition du concept de succession apostolique, non plus « dans le sens dâune chaĂźne historique dâimposition des mains remontant Ă travers les siĂšcles Ă un apĂŽtre â ce serait une vision trĂšs mĂ©canique et individualiste » mais comme «participation collĂ©giale dans un collĂšge qui, comme un tout, remonte aux apĂŽtres par le partage de la mĂȘme foi apostolique et par la mĂȘme mission apostolique. 62 »
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Notes
14 – Jean-Paul II, La situation du monde et lâesprit dâAssise, Discours aux cardinaux et Ă la Curie du 22/12/1986 , DC n°1933 du 01/02/1987 , p. 134.
15 – Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, n°6.
16 – Jean-Paul II, Redemptor hominis n°13.
17 – Jean-Paul II, Message aux peuples dâAsie du 21/02/1981, DC n°1804 du 15/ 03/1981, p. 281.
18 – Jean-Paul II, La situation du monde et lâesprit dâAssise, discours aux cardinaux et Ă la Curie du 22/12/1986, DC n°1933 du 01/02/1987, p. 134
19 – Jean-Paul II, ibid.
20 – Jean-Paul II, ibid., p. 133.
21 – Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, n°6.
22 – Jean-Paul II, Ut unum sint n°42 : « Lâusage tend Ă substituer aujourdâhui des termes plus aptes Ă exprimer la profondeur de la communion – liĂ©e au caractĂšre baptismal -, que lâEsprit nourrit malgrĂ© les ruptures historiques et canoniques. »
23 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°3 : « Parmi les Ă©lĂ©ments ou les biens par lâensemble desquels lâĂglise se construit et est vivifiĂ©e, plusieurs et mĂȘme beaucoup, et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de lâĂglise catholique. [âŠ] Tout cela, qui provient du Christ et conduit Ă lui, appartient de droit Ă lâunique Ăglise du Christ. » Câest en raison de cette affirmation que LG n°8 dit de lâĂglise du Christ quâelle âsubsiste dansâ lâĂglise catholique, et non quâelle âestâ lâĂglise catholique. Cf. commentaire du cardinal Ratzinger, LâecclĂ©siologie de la Constitution conciliaire Lumen Gentium, confĂ©rence du 27/02/2000 , DC n°2223 du 02/04/2000, p. 310-311 : « Par cette expression, le Concile se diffĂ©rencie de la formule de Pie XII qui avait dit dans son Encyclique Mystici Corporis: lâĂglise catholique âestâ (est, en latin) cependant lâunique corps mystique du Christ. [âŠ] La diffĂ©rence entre âsubsistitâ et âestâ renferme le drame de la division ecclĂ©siale. Bien que lâĂglise soit seulement une et subsiste en un unique sujet, des rĂ©alitĂ©s ecclĂ©siales existent en dehors de ce sujet : de vĂ©ritables Ăglises locales et diverses CommunautĂ©s ecclĂ©siales. »
24 – Cette affirmation dĂ©coule directement de la maniĂšre dont Lumen Gentium (n°7 et prĂ©sente lâĂglise. Jusque lĂ , le MagistĂšre la tirait de lâanalogie paulinienne selon laquelle lâĂglise est le corps du Christ ; corps, donc visible : « Parce quâelle est un corps, lâĂglise est visible Ă nos regards. » (LĂ©on XIII, Satis cognitum, DzH 3300). Or le concile refuse de faire ce lien : il traite sĂ©parĂ©ment de lâĂglise corps du Christ (LG, n°7) et de la visibilitĂ© de lâĂglise catholique (LG, n°8). Câest laisser entendre que lâĂglise corps du Christ [lâĂglise du Christ] nâest pas de soi quelque chose de visible. Certes, LG n°8 affirme lâunion nĂ©cessaire de lâĂglise du Christ et de lâĂglise organique : « La sociĂ©tĂ© douĂ©e dâorganes hiĂ©rarchiques [Ăglise catholique] et le Corps mystique du Christ [Ăglise du Christ], lâassemblĂ©e visible [Ăglise catholique] et la communautĂ© spirituelle [Ăglise du Christ], lâĂglise de la terre [Ăglise catholique] et lâĂglise si riche en biens cĂ©lestes [Ăglise du Christ], ne doivent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme deux rĂ©alitĂ©s, mais forment une seule rĂ©alitĂ© complexe. » Mais cette affirmation nâest pas suffisante : lâunion de deux choses distinctes â lâĂglise du Christ et lâĂglise organique â nâest pas lâaffirmation de lâunitĂ© propre Ă lâĂglise. Cette unitĂ© est au contraire refusĂ©e, lorsquâil est dit de lâĂglise du Christ quâelle « subsiste dans lâĂglise catholique » : le rapport de contenant Ă contenu nâest pas celui de lâidentitĂ©, surtout lorsquâil est affirmĂ© que lâĂglise du Christ se rend prĂ©sente de maniĂšre agissante ailleurs que dans ce contenu parfait quâest lâĂglise catholique. En consĂ©quence de cette affirmation et dans la suite de LG n°15, Jean-Paul II affirme souvent que le baptisĂ©, quelle que soit son appartenance ecclĂ©siale est et demeure uni au Christ, incorporĂ© Ă lui. Cette thĂ©orie affirmant lâintĂ©rioritĂ© de lâĂglise du Christ est tellement rĂ©pandue que des cardinaux aussi diffĂ©rents que J. Ratzinger et W. Kasper la rappellent comme une Ă©vidence : « âLâĂglise se rĂ©veille dans les Ăąmesâ : Cette phrase de Guardini avait Ă©tĂ© longuement mĂ»rie. En effet, elle montra que lâĂglise Ă©tait finalement reconnue et vĂ©cue comme quelque chose dâintĂ©rieur, qui nâexiste pas face Ă nous comme une institution quelconque mais qui vit en nous-mĂȘmes. Si, jusquâalors, lâĂglise avait Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e tout dâabord comme une structure et une organisation, on prit finalement conscience que nous Ă©tions nous-mĂȘmes lâĂglise. Elle Ă©tait beaucoup plus quâune organisation : elle Ă©tait lâorganisme de lâEsprit Saint, quelque chose de vital, qui nous saisit tous dans notre intimitĂ©. Cette nouvelle conscience de lâĂglise trouva son expression linguistique dans le concept de âcorps mystique du Christâ » (J. Ratzinger, LâecclĂ©siologie de Vatican II, confĂ©rence donnĂ©e le 15/09/2001 Ă lâoccasion de lâouverture du CongrĂšs pastoral du diocĂšse dâAversa) ; « La vĂ©ritable nature de lâĂglise â lâĂglise en tant que Corps du Christ â est cachĂ©e, et elle nâest saisissable que par la foi. Mais cette nature saisissable uniquement par la foi, sâactualise sous des formes visibles. » (W. Kasper, Lâengagement ĆcumĂ©nique de lâĂglise catholique, confĂ©rence du 23/03/2002 Ă lâassemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de la fĂ©dĂ©ration de France, ĆcumĂ©nisme informations n°325 de mai 2002 et 326 de juin 2002.
25 – âPour le moinsâ : Karol Wojtyla est allĂ© en effet beaucoup plus loin, Ă lâoccasion de la retraite quâil a prĂȘchĂ©e au Vatican alors quâil nâĂ©tait que cardinal : « Dieu de MajestĂ© infinie ! le trappiste ou le chartreux confesse ce Dieu par toute une vie de silence. Câest vers lui que se tourne le bĂ©douin pĂ©rĂ©grinant dans le dĂ©sert quand vient lâheure de la priĂšre. Et ce moine bouddhiste se concentre dans sa contemplation qui purifie son esprit en lâorientant vers le Nirvana : mais est-ce seulement du cĂŽtĂ© du Nirvana ? [âŠ] LâĂglise du Dieu vivant rĂ©unit justement en elle ces gens qui de quelque maniĂšre participent Ă cette transcendance Ă la fois admirable et fondamentale de lâesprit humain. » (Karol Wojtyla, Le signe de contradiction, Ed. Fayard 1979, p. 31-32)
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26 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°42.
27 – Jean-Paul II, ibid.
28 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°9.
29 – CongrĂ©gation pour la Doctrine de la foi, Lettre sur certains aspects de lâĂglise comprise comme Communion, n°6, DC n°2055 du 02/08/1992 , p. 730.
30 – Cf. Directoire pour lâapplication des principes et des normes sur lâĆcumĂ©nisme (approuvĂ© par Jean-Paul II le 25/03/1993), n°13, DC n°2075 du 04/07/1993, p. 611.
31 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°11.
32 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°3 : « Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptĂȘme, se trouvent dans une certaine communion, bien quâimparfaite, avec lâĂglise catholique. AssurĂ©ment, des divergences variĂ©es entre eux et lâĂglise catholique sur des questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de lâĂglise, constituent nombre dâobstacles, parfois fort graves, Ă la pleine communion ecclĂ©siale. Le mouvement ĆcumĂ©nique tend Ă les surmonter. » VoilĂ pour ce qui concerne la communion visible partiellement brisĂ©e ; mais le dĂ©cret ajoute aussitĂŽt, afin de montrer la permanence de la communion invisible : « NĂ©anmoins, justifiĂ©s par la foi reçue au baptĂȘme, incorporĂ©s au Christ, ils portent Ă juste titre le nom de chrĂ©tiens, et les fils de lâĂglise catholique les reconnaissent Ă bon droit comme des frĂšres dans le Seigneur. [ âŠ] De mĂȘme, chez nos frĂšres sĂ©parĂ©s sâaccomplissent beaucoup dâactions sacrĂ©es de la religion chrĂ©tienne qui, de maniĂšres diffĂ©rentes selon la situation diverse de chaque Ăglise ou communautĂ©, peuvent certainement produire effectivement la vie de la grĂące, et lâon doit reconnaĂźtre quâelles donnent accĂšs Ă la communion du salut. »
33 – Cf. Jean-Paul II, Ut unum sint, n°56, 57 et 60; Allocution dans la basilique Saint-Nicolas de Bari du 26/02/1984 , DC n°1872 du 15/04/1984 , p. 414 ;
DĂ©claration christologique commune entre lâĂglise catholique et lâĂglise assyrienne dâOrient, DC n°2106 du 18/12/1994, p. 1070 ; HomĂ©lie prononcĂ©e en prĂ©sence du Patriarche ĆcumĂ©nique de Constantinople Dimitrios 1er le 29/ 11/1979 Ă Istanbul, DC n°1776 du 16/12/1979, p. 1056 : « Je vous invite Ă prier avec ferveur pour la pleine communion de nos Ăglises. [âŠ] Suppliez le Seigneur pour que nous-mĂȘmes, pasteurs des Ăglises-sĆurs, nous soyons les meilleurs instruments en cette heure de lâHistoire, pour rĂ©gir ces Ăglises, câestÂĂ -dire pour les servir comme le veut le Seigneur, et servir ainsi lâunique Ăglise qui est son Corps. »
34 – Cf. Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, n°16.
35 – Jean-Paul II, Discours Ă la dĂ©lĂ©gation de la FĂ©dĂ©ration luthĂ©rienne mondiale du 09/12/1999, DC n°2219 du 06/02/2000, p. 109.
36 – Conc. Ćcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n°8 ; DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°4 ; DĂ©cl. Dignitatis humanĂŠ, n°1.
37 – Cardinal Ratzinger, LâecclĂ©siologie de la Constitution conciliaire Lumen Gentium, confĂ©rence du 27/02/2000, DC n°2223 du 02/04/2000, p. 311.
38 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°3 ; Jean-Paul II, Ut unum sint, n°11.
39 – Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, n°37.
40 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°77.
41 – On entend par âĆcumĂ©nisme de retourâ celui rappelĂ© par Pie XI dans lâencycl. Mortalium animos: « Pousser au retour des dissidents Ă la seule vĂ©ritable Ăglise du Christ, puisquâils ont eu jadis le malheur de sâen sĂ©parer. Le retour Ă lâunique vĂ©ritable Ăglise, disons-Nous, bien visible Ă tous les regards. »
42 – DĂ©claration de la Commission mixte internationale pour le dialogue thĂ©ologique entre lâĂglise catholique et lâĂglise orthodoxe du 23/06/1993, dite âde Balamandâ , n°2 et 22, DC n°2077 du 01-15/08/1993, p. 713. Cette citation ne concerne que lâuniatisme, mais le cardinal Kasper aura des formules systĂ©matiques : « Le vieux concept dâĆcumĂ©nisme du retour a Ă©tĂ© remplacĂ© aujourdâhui par celui dâitinĂ©raire commun, qui dirige les chrĂ©tiens vers le but de la communion ecclĂ©siale comprise comme unitĂ© dans la diversitĂ© rĂ©conciliĂ©e » (W. Kasper, La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification : un motif dâespĂ©rance, DC n°2220 du 20/02/2000, p. 167).
43 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°3 : « Apparurent certaines scissions, [âŠ] naquirent des dissensions plus graves, [âŠ] parfois par la faute des personnes de lâune ou de lâautre partie ». DâoĂč la nature de la conversion rĂ©clamĂ©e par UR , n°7 : « Il nây a pas de vĂ©ritable ĆcumĂ©nisme sans conversion intĂ©rieure. En effet, câest du renouveau de lâĂąme, du renoncement Ă soi-mĂȘme et dâune libre effusion de la charitĂ© que partent et mĂ»rissent les dĂ©sirs de lâunitĂ©. » Cf. Cardinal Kasper, ConfĂ©rence au Kirchentag ĆcumĂ©nique de Berlin , DC n°2298 du 07-21/09/2003 : « âConvertissez-vousâ. Il nâest aucun rapprochement ĆcumĂ©nique sans conversion et sans renouvellement. Non la conversion dâune confession Ă lâautre. Il peut y en avoir dans des cas particuliers, et si câest pour des raisons de conscience, cela mĂ©rite respect et considĂ©ration. Mais il nây a pas que les autres Ă devoir se convertir, la conversion commence par soi-mĂȘme. Tous doivent se convertir. Nous ne devons donc pas demander dâabord âQuâest-ce qui ne va pas avec lâautre ?â , mais âQuâest-ce qui ne va pas chez nous ; par oĂč commencer, chez nous, le mĂ©nage ?â »
44 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°11 ; cf. n°34.
45 – Conc. Ćcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n°13 ; cf. Jean-Paul II, Ut unum sint, n°28.
46 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°57.
47 – Jean-Paul II, Allocution dans la basilique Saint-Nicolas de Bari du 26/02/ 1984, prononcĂ©e en prĂ©sence du mĂ©tropolite de Myre, Konstantinidis (patriarcat de Constantinople), DC n°1872 du 15/04/1984, p. 414.
48 – Ibid.
49 – Jean-Paul II, AngĂ©lus du 17/01/1982, DC n°1823 du 07/02/1982, p. 144.
50 – A. Bugnini, Modifications aux oraisons solennelles du Vendredi Saint, DC n°1445 du 04/03/1965 , col. 603. Cf. G. Celier, La dimension ĆcumĂ©nique de la rĂ©forme liturgique, Editions Fideliter, 1987, p. 34.
51 – Cf. lâOsservatore Romano italien du 26/10/2001. Admission Ă lâEucharistie entre lâĂglise chaldĂ©enne et lâĂglise assyrienne dâOrient, Note et orientations du Conseil pontifical pour la promotion de lâunitĂ© des chrĂ©tiens, DC n°2265, du 03/03/2002, p. 214.
52 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°38.
53 – Jean-Paul II, citant dans Ut unum sint, n°38 la DĂ©claration Mysterium EcclesiĂŠ de la CongrĂ©gation pour la Doctrine de la Foi (DC n°1636 du 15/07/1973, p. 267).
54 – DĂ©claration christologique commune entre lâĂglise catholique et lâĂglise assyrienne dâOrient, DC n°2106 du 18/12/1994 , p. 1069.
55 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°38.
56 – DC n° 2106 du 18/12/1994, p. 1069. Cf. DzH, n°251d et 252.
57 – DĂ©claration commune de la FĂ©dĂ©ration luthĂ©rienne mondiale et de lâĂglise catholique, n°7 (cf. n°5, 13, 40 Ă 42), DC n°2168 du 19/10/1997 , p. 875.
58 – W. Kasper, La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification : un motif dâespĂ©rance, DC n°2220 du 20/02/2000, p. 172.
59 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°95.
60 – La primautĂ© du successeur de Pierre dans le mystĂšre de lâĂglise, rĂ©flexions de la CongrĂ©gation pour la Doctrine de la Foi, DC n°2193 du 06/12/1998 p. 1018.
61 – LĂ©on XIII, Lettre apostolique ApostolicĂŠ curĂŠ du 13/09/1896 .
62 – W. Kasper, May They All Be One ? But how ? A Vision of Christian Unity for the Next Generation, The Tablet du 24/05/2003 .
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| Chapitre 2
LES PROBLĂMES DOCTRINAUX POSĂS PAR L’OECUMĂNISME 63
LâunitĂ© du genre humain et le dialogue interreligieux
17. La pratique ĆcumĂ©nique de ce pontificat repose tout entiĂšre sur la distinction Ăglise du Christ / Ăglise catholique, laquelle permet dâavancer que, si la communion visible a Ă©tĂ© blessĂ©e par les divisions ecclĂ©siales, la communion des saints, considĂ©rĂ©e comme partage des biens spirituels dans la commune union au Christ, nâa pas Ă©tĂ© brisĂ©e. Or, cette affirmation ne tient pas devant la foi catholique.
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LâĂglise du Christ est lâĂglise catholique
18. On ne peut distinguer lâĂglise du Christ de lâĂglise catholique ainsi que le suppose la pratique ĆcumĂ©nique. Par le fait mĂȘme quâelle est considĂ©rĂ©e comme rĂ©alitĂ© intĂ©rieure, cette âĂglise Corps du Christâ, distincte rĂ©ellement de lâĂglise catholique, rejoint la notion protestante dâune « Ăglise invisible pour nous, visible aux seuls yeux de Dieu. 64 » Elle est contraire aux enseignements constants de lâĂglise. LĂ©on XIII, parlant de lâĂglise, affirme par exemple : « Câest parce que [lâĂglise] est corps quâelle est visible Ă nos regards. 65 » Pie XI ne dit pas autre chose : « Son Ăglise, le Christ Notre Seigneur lâa Ă©tablie en sociĂ©tĂ© parfaite, extĂ©rieure par nature et perceptible aux sens. 66 » Pie XII conclura donc : « Câest sâĂ©loigner de la vĂ©ritĂ© divine que dâimaginer une Ăglise quâon ne pourrait ni voir ni toucher, qui ne serait que âspirituelleâ (pneumaticum), dans laquelle les nombreuses communautĂ©s chrĂ©tiennes, bien que divisĂ©es entre elles par la foi, seraient pourtant rĂ©unies par un lien invisible. 67 »
19. La foi catholique oblige donc Ă affirmer lâidentitĂ© de lâĂglise du Christ et de lâĂglise catholique. Câest ce que fait Pie XII en identifiant «le Corps mystique de JĂ©sus-Christ » à « cette vĂ©ritable Ăglise de JĂ©sus-Christ â celle qui est sainte, catholique, apostolique, romaine. 68 » Avant lui, le MagistĂšre avait affirmĂ© quâ« il nây pas dâautre Ăglise que celle qui, bĂątie sur Pierre seul, en un corps joint et assemblĂ© [entendez âvisibleâ ], se dresse dans lâunitĂ© de la foi et de la charitĂ©. 69 » Rappelons enfin lâexclamation de Pie IX : « Il nây a en effet quâune seule religion vraie et sainte, fondĂ©e et instituĂ©e par le Christ Notre-Seigneur. MĂšre et nourrice des vertus, destructrice des vices, libĂ©ratrice des Ăąmes, indicatrice du vrai bonheur ; elle sâappelle : Catholique, Apostolique et Romaine. 70 » Suite Ă un magistĂšre constant et universel, le 1er schĂ©ma prĂ©paratoire de Vatican I Ă©tait en droit dâavancer ce canon condamnatoire : « Si quelquâun dit que lâĂglise, Ă qui ont Ă©tĂ© faites les promesses divines nâest pas une sociĂ©tĂ© (cĆtus) externe et visible de fidĂšles, mais une sociĂ©tĂ© spirituelle de prĂ©destinĂ©s ou de justes connus de Dieu seul, quâil soit anathĂšme. 71 »
20. Par voie de consĂ©quence, la proposition du cardinal Kasper selon laquelle : « La vĂ©ritable nature de lâĂglise â lâĂglise en tant que corps du Christ â est cachĂ©e et nâest saisissable que par la foi 72 » est certainement hĂ©rĂ©tique. Ajouter que « cette nature saisissable uniquement par la foi sâactualise sous des formes viÂsibles : dans la Parole proclamĂ©e, lâadministration des sacrements, les ministĂšres et le service chrĂ©tien 73 » est insuffisant pour rendre compte de la visibilitĂ© de lâĂglise : âse rendre visibleâ â qui plus est par de simples actes â nâest pas âĂȘtre visibleâ.
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Lâappartenance Ă lâĂglise par la triple unitĂ©
21. Du fait que lâĂglise du Christ est lâĂglise catholique, on ne peut affirmer avec les partisans de lâĆcumĂ©nisme que « la triple unitĂ© de foi, de sacrement et de communion hiĂ©rarchique nâest nĂ©cessaire quâĂ la seule communion visible de lâĂglise », dans ce sens que lâabsence dâun de ces liens, si elle manifeste la rupture de la communion visible de lâĂglise, ne signifie pas la sĂ©paration vitale dâavec lâĂglise. Il faut au contraire affirmer que ces trois liens sont constitutifs de lâunitĂ© de lâĂglise, non en ce sens quâun seul unirait Ă lâĂglise, mais du fait que si un seul de ces trois liens nâĂ©tait pas possĂ©dĂ© in re vel saltem in voto 74, celui Ă qui il ferait dĂ©faut serait sĂ©parĂ© de lâĂglise et ne bĂ©nĂ©ficierait pas de la vie surnaturelle. Câest ce que la foi catholique oblige Ă croire, ainsi que le montre ce qui suit.
Unité de foi
22. Si la nĂ©cessitĂ© de la foi est admise par tous 75, il faut encore prĂ©ciser la nature de cette foi qui est nĂ©cessaire au salut, et donc constitutive de lâappartenance Ă lâĂglise. Elle nâest pas « ce sentiment intime engendrĂ© par le besoin divin » dĂ©noncĂ© par saint Pie X 76, mais bien cette foi dĂ©crite par le concile Vatican I : « Une vertu surnaturelle par laquelle, sous lâinspiration et avec le secours de la grĂące de Dieu, nous croyons que ce qui nous a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par lui est vĂ©ritable : nous le croyons, non point Ă cause de la vĂ©ritĂ© intrinsĂšque des choses vues dans la lumiĂšre naturelle de notre raison, mais Ă cause de lâautoritĂ© mĂȘme de Dieu qui nous rĂ©vĂšle ces vĂ©ritĂ©s, et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. 77 » Câest pourquoi celui qui refuse ne serait-ce quâune vĂ©ritĂ© de foi connue comme rĂ©vĂ©lĂ©e perd totalement la foi indispensable au salut : « Celui qui, mĂȘme sur un seul point, refuse son assentiment aux vĂ©ritĂ©s divinement rĂ©vĂ©lĂ©es trĂšs rĂ©ellement abdique tout Ă fait la foi, puisquâil refuse de se soumettre Ă Dieu en tant quâil est la souveraine vĂ©ritĂ© et le motif propre de foi.78 »
Unité de gouvernement
23. « Afin de maintenir toujours en son Ăglise cette unitĂ© de foi et de doctrine, il [le Christ] choisit un homme parmi tous les autres, Pierre⊠79 » : câest ainsi que Pie IX introduit la nĂ©cessitĂ© de lâunitĂ© Ă la chaire de Pierre, «dogme de notre divine religion [qui] a toujours Ă©tĂ© prĂȘchĂ©, dĂ©fendu, affirmĂ© dâun cĆur et dâune voix unanimes par les PĂšres et les Conciles de tous les temps. » A la suite des PĂšres, le mĂȘme Pape dĂ©veloppe : «Câest dâelle [la chaire de Pierre] que dĂ©coulent sur tous les droits Ă lâunion divine 80 ; [âŠ] celui qui la quitte ne peut espĂ©rer rester dans lâĂglise 81, celui qui mange lâAgneau en dehors dâelle nâa pas de part avec Dieu 82. » DâoĂč la cĂ©lĂšbre parole que saint Augustin adresse aux schismatiques : « Ce qui est vĂŽtre, câest que vous avez eu lâimpiĂ©tĂ© de vous sĂ©parer de nous ; car, si pour tout le reste, vous pensiez et possĂ©diez la vĂ©ritĂ©, en persĂ©vĂ©rant nĂ©anmoins dans votre sĂ©paration [âŠ] il ne vous manque que ce qui manque Ă celui Ă qui la charitĂ© fait dĂ©faut. 83 »
Unité de sacrements
24. « Celui croira et sera baptisĂ© sera sauvĂ©. 84 » A travers cette parole de Notre-Seigneur, tous reconnaissent la nĂ©cessitĂ©, outre de lâunitĂ© de foi et de but, dâune « communautĂ© [âŠ] de moyens appropriĂ©s au but 85 » pour constituer lâunitĂ© de lâĂglise : les sacrements. Telle est donc « lâĂglise catholique [que le Christ institua], acquise par son sang, comme lâunique demeure du Dieu vivant [âŠ] le corps unique animĂ© et vivifiĂ© par un Esprit unique, maintenu dans la cohĂ©sion et la concorde par lâunitĂ© de foi, dâespĂ©rance et de charitĂ©, par les liens des sacrements, du culte et de la doctrine. 86 »
Conclusion
25. La nĂ©cessitĂ© de ce triple lien oblige donc Ă croire que « celui qui refuse dâĂ©couter lâĂglise doit ĂȘtre considĂ©rĂ©, selon lâordre du Seigneur, âcomme un paĂŻen et un publicainâ (Mt 18, 17) et ceux qui sont divisĂ©s pour des raisons de foi ou de gouvernement ne peuvent vivre dans ce mĂȘme Corps ni par consĂ©quent de ce meme Esprit divin. 87 »
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Hors de lâĂglise, point de salut
Les non-catholiques sont-ils membres de lâĂglise ?
26. En consĂ©quence de ce qui vient dâĂȘtre dit, la proposition suivante: « Ceux [nĂ©s hors de lâĂglise catholique et donc ne pouvant âĂȘtre accusĂ©s de pĂ©chĂ© de divisionâ ] qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptĂȘme, se trouvent dans une certaine communion, bien quâimparfaite, avec lâĂglise catholique » au point que « justifiĂ©s par la foi reçue au baptĂȘme, incorporĂ©s au Christ, ils portent Ă juste titre le nom de chrĂ©tiens, et les fils de lâĂglise catholique les reconnaissent Ă bon droit comme des frĂšres dans le Seigneur » alors que « des divergences variĂ©es entre eux et lâĂglise catholique sur des questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de lâĂglise, constituent nombre dâobstacles, parfois fort graves 88 » doit ĂȘtre soigneusement pesĂ©e ; si cette proposition entend parler de ceux qui demeurent dans ces divergences pourtant connues dâeuxÂmĂȘmes, elle est contraire Ă la foi catholique. Lâincise affirmant que « ils ne peuvent ĂȘtre accusĂ©s de pĂ©chĂ© de division » est pour le moins tĂ©mĂ©raire : restant extĂ©rieurement dans la dissidence, rien nâindique quâils nâadhĂšrent pas Ă la division de leurs prĂ©dĂ©cesseurs, lâapparence portant plutĂŽt Ă croire le contraire. PrĂ©sumer la bonne foi nâest pas ici possible 89, ainsi que le rappelle Pie IX : « Il faut admettre de foi que, hors de lâĂglise apostolique romaine, personne ne peut ĂȘtre sauvĂ©. [âŠ] Cependant, il faut aussi reconnaĂźtre dâautre part, avec certitude, que ceux qui sont Ă lâĂ©gard de la vraie religion dans une ignorance invincible nâen portent point la faute devant le Seigneur. Maintenant, Ă la vĂ©ritĂ©, qui ira dans sa prĂ©somption, jusquâĂ marquer les frontiĂšres de cette ignorance 90? »
Y a-t-il des éléments de sanctification et de vérité dans les communautés séparées ?
27. Lâaffirmation selon laquelle « de nombreux Ă©lĂ©ments de sanctification et de vĂ©ritĂ© 91 » se trouvent hors de lâĂglise est Ă©quivoque. Elle suppose en effet lâefficacitĂ© sanctifiante des moyens de salut matĂ©riellement prĂ©sents dans les CommunautĂ©s sĂ©parĂ©es. Or ce prĂ©supposĂ© ne peut ĂȘtre affirmĂ© sans distinction. Parmi ces Ă©lĂ©ments, ceux qui ne rĂ©clament pas de disposition spĂ©cifique de la part du sujet â le baptĂȘme dâun enfant â sont effectivement salvifiques en ce sens quâils produisent efficacement la grĂące dans lâĂąme du baptisĂ©, qui alors appartient Ă lâĂglise catholique de plein droit tant quâil nâa pas atteint lâĂąge des choix personnels 92. Pour les autres Ă©lĂ©ments, qui rĂ©clament des dispositions de la part du sujet pour ĂȘtre efficaces, on doit dire quâils sont salvifiques seulement dans la mesure oĂč le sujet est dĂ©jĂ membre de lâĂglise par son dĂ©sir implicite. Câest ce quâaffirme la doctrine des conciles : « Elle [lâĂglise] professe que lâunitĂ© du corps de lâĂglise a un tel pouvoir que les sacrements de lâĂglise nâont dâutilitĂ© en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle. 93 » Or en tant quâelles sont sĂ©parĂ©es, ces communautĂ©s sâopposent Ă ce dĂ©sir implicite qui seul rend les sacrements fructueux. On ne peut donc dire de ces communautĂ©s quâelles possĂšdent des Ă©lĂ©ments de sanctification et de vĂ©ritĂ©, sinon matĂ©riellement.
LâEsprit-Saint se sert-il des communautĂ©s sĂ©parĂ©es comme moyens de salut ? Les âĂglises-sĆursâ
28. On ne peut affirmer que « lâEsprit du Christ ne refuse pas de se servir dâelles [des communautĂ©s sĂ©parĂ©es] comme de moyens de salut. 94 » Saint Augustin affirme en effet : « Il nây a quâune seule vĂ©ritable Ăglise, appelĂ©e Ăglise catholique; autour dâelle circulent un certain nombre de sectes sĂ©parĂ©es de son unitĂ©; et sâil arrive que ces sectes engendrent, ce nâest pas elles qui engendrent, câest lâĂglise catholique qui engendre en elles et par elles. 95 » La seule chose que ces communautĂ©s sĂ©parĂ©es peuvent rĂ©aliser par leur propre vertu, câest la sĂ©paration de ces Ăąmes de lâunitĂ© ecclĂ©siale, comme lâindique encore saint Augustin : « Il nâest point vĂŽtre [le baptĂȘme], ce qui est vĂŽtre câest que vous avez des sentiments mauvais et des pratiques sacrilĂšges, et que vous avez eu lâimpiĂ©tĂ© de vous sĂ©parer de nous. 96 » Dans la mesure oĂč elle remet en cause lâaffirmation selon laquelle lâĂglise catholique est lâunique dĂ©tentrice des moyens de salut, lâassertion du document conciliaire est proche de lâhĂ©rĂ©sie : si, en leur accordant une « signification et une valeur dans le mystĂšre du salut 97 », elle reconnaĂźt Ă ces communautĂ©s sĂ©parĂ©es une quasiÂlĂ©gitimitĂ© â ainsi que le laisse entendre lâexpression â Ăglises-sĆursâ 98 â elle va dans un sens opposĂ© Ă la doctrine catholique parce quâelle nie lâunicitĂ© de lâĂglise catholique.
Ce qui nous unit est-il plus grand que ce qui nous sépare ?
29. La proposition reste vraie matĂ©riellement, en ce sens que tous ces Ă©lĂ©ments sont autant de points pouvant servir de base Ă des discussions visant Ă les ramener dans lâunique bercail. Si les CommunautĂ©s sĂ©parĂ©es ne sont pas formellement dĂ©tentrices des Ă©lĂ©ments de sanctification et de vĂ©ritĂ© â ainsi quâil a Ă©tĂ© dit plus haut â la proposition selon laquelle « ce qui unit les catholiques aux dissidents est plus grand que ce qui les sĂ©pare » ne peut ĂȘtre vraie formellement, et câest pourquoi saint Augustin dit : « En beaucoup de points ils sont avec moi, en quelques-uns seulement ils ne sont pas avec moi ; mais Ă cause de ces quelques points dans lesquels ils se sĂ©parent de moi, il ne leur sert de rien dâĂȘtre avec moi en tout le reste.99»
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Conclusion
30. LâĆcumĂ©nisme ne peut ĂȘtre que rapprochĂ© de la âthĂ©orie des branchesâ 100 condamnĂ©e par le MagistĂšre : « Son fondement [âŠ] est tel quâil renverse de fond en comble la constitution divine de lâĂglise » et sa priĂšre pour lâunitĂ©, selon « une intention profondĂ©ment souillĂ©e et infectĂ©e par lâhĂ©rĂ©sie, ne peut absolument pas ĂȘtre tolĂ©rĂ©[e]. 101 »
Notes
63 – Nous limitant ici Ă la seule rĂ©futation de lâĆcumĂ©nisme, nous nâĂ©tudierons pas lâenseignement de Jean-Paul II relatif Ă la rĂ©demption accomplie de fait en chaque personne et en chaque peuple. Nous dirons simplement quâune telle proposition est totalement Ă©trangĂšre Ă la foi catholique et la ruine de fond en comble (que devient par exemple la nĂ©cessitĂ© du baptĂȘme ?).
64 – Calvin, Inst., l. 4, c. 4.
65 – LĂ©on XIII, encycl. Satis cognitum, DzH n°3300 ss.
66 – Pie XI, encycl. Mortalium animos, AAS 20 (1928), p. 8. Enseignements Pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°861.
67 – Pie XII, encycl. Mystici Corporis, AAS 35 (1943), p. 199-200. Enseignements Pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 2, n°1015.
68 – Pie XII, encycl. Mystici Corporis, Ibid., p. 199. Enseignements Pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 2, n°1014.
69 – Lettre du Saint-Office aux Ă©vĂȘques dâAngleterre du 16/09/1864 , DzH n°2888.
70 - Pie IX, Allocution au consistoire du 18/07/1861 , Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°230.
71 – SchĂ©ma rĂ©formĂ© du concile Vatican I sur lâĂglise, can. 4, Mansi, 53, 316.
72 – W. Kasper, Lâengagement ĆcumĂ©nique de lâĂglise catholique, confĂ©rence du 23/03/2002 Ă lâassemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de la FĂ©dĂ©ration protestante de France, ĆcumĂ©nisme informations n°325 (05/2002) et 326 (06/2002).
73 – W. Kasper, ibid.
74 – Ce triple lien doit, redisons-le, ĂȘtre possĂ©dĂ© soit de fait, soit au moins « par un certain dĂ©sir ou vĆu inconscient » (Cf. Pie XII, Mystici Corporis, AAS 35(1943), p. 243. DzH 3821). Mais de ce dĂ©sir, lâĂglise nâest pas juge. En matiĂšre juridique â ce qui est le cas ici â lâĂglise ne peut juger des rĂ©alitĂ©s intĂ©rieures Ă la conscience de chacun, mais seulement de ce qui apparaĂźt : « De lâĂ©tat dâesprit et de lâintention, parce que ce sont choses intĂ©rieures, lâĂglise ne juge pas ; mais en tant quâils paraissent au dehors, elle doit en juger » (LĂ©on XIII, Lettre apostolique ApostolicĂŠ curĂŠ du 13/09/1896 sur la nullitĂ© des ordinations anglicanes, ASS 29 (1896-1897), p.201. DzH 3318). DĂšs lors, mĂȘme si, dans sa pastorale, comme une bonne mĂšre, elle incline Ă espĂ©rer leur appartenance âde dĂ©sir au moins inconscientâ lorsquâelle les approche quand ils se trouvent dans le pĂ©ril de mort (Dom. M. PrĂŒmmer, o.p., Manuale theologiĂŠ moralis, T. 1, n°514, 3), cependant, juridiquement, lâĂglise ne le prĂ©sume pas en temps normal. Câest pourquoi elle a toujours exigĂ©, ad cautelam, leur abjuration du schisme ou de lâhĂ©rĂ©sie lorsquâils reviennent Ă lâĂglise catholique (Cf. CIC 1917, can. 2314, § 2). A plus forte raison ne prĂ©sume-t-elle pas la bonne foi des dissidents considĂ©rĂ©s en corps constituĂ©, en communautĂ© visiblement sĂ©parĂ©e de lâĂglise catholique, ainsi que lâenvisage lâĆcumĂ©nisme. Ce que nous disons des trois Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires Ă lâappartenance Ă lâĂglise catholique suppose la prĂ©somption susdite. Vouloir lâĂ©lider serait se mouvoir dans lâincertain et lâirrĂ©el.
75 – He 11, 6 : « Sans la foi, il est impossible de plaire Ă Dieu. »
76 – Saint Pie X, Pascendi dominici gregis : « La foi, principe et fondement de toute religion, rĂ©side dans un certain sentiment intime engendrĂ© lui-mĂȘme par le besoin du divin⊠Telle est, pour les modernistes, la foi, et dans la foi ainsi entendue, le commencement de toute religion » (Acta S. Pii X 4 (1907), p. 52 ; DzH 3477 ne cite pas intĂ©gralement). Cette brĂšve description est Ă comparer avec la pensĂ©e de Karol Wojtyla (Le signe de contradiction, Ed. Fayard 1979, p. 31-32) : « Dieu de MajestĂ© infinie ! Le trappiste ou le chartreux confesse ce Dieu par toute une vie de silence. Câest vers lui que se tourne le bĂ©douin pĂ©rĂ©grinant dans le dĂ©sert quand vient lâheure de la priĂšre. Et ce moine bouddhiste se concentre dans sa contemplation qui purifie son esprit en lâorientant vers le Nirvana : mais est-ce seulement du cĂŽtĂ© du Nirvana? [âŠ] LâĂglise du Dieu vivant rĂ©unit justement en elle ces gens qui de quelque maniĂšre participent Ă cette transcendance Ă la fois admirable et fondamentale de lâesprit humain, car elle sait que nul ne peut apaiser les plus profondes aspirations de cet esprit si ce nâest lui seul, le Dieu de majestĂ© infinie. »
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77 – Vatican I, sess. 3, c. 3, DzH n°3008.
78 – LĂ©on XIII, encycl. Satis cognitum du 29/06/1896 , ASS 28 (1895-1896), p.722. Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°573.
79 – Pie IX, encycl. Amantissimus du 08/04/1862 , Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°234, puis 234 Ă 237.
80 – Cf. saint Ambroise, Epist. 11 ad imperatores.
81 – Cf. saint Cyprien, De Unitate EcclesiĂŠ.
82 – Cf. saint JĂ©rĂŽme , Epist. 51 ad Damasum.
83 – Saint Augustin, De baptismo contra donatistas, lib. 1, ch. 14, § 22.
84 – Mc 16, 16.
85 – LĂ©on XIII, encycl. Satis cognitum, ASS 28 (1895-1896), p. 724. Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°578.
86 – Pie IX, encycl. Amantissimus du 08/04/1862 , Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°233.
87 – Pie XII, encycl. Mystici Corporis du 29/06/1943 , AAS 35 (1943), p. 203. DzH 3802.
88 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°3, dont nous citons ici le passage complet : « Ceux qui naissent aujourdâhui dans de telles communautĂ©s, et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent ĂȘtre accusĂ©s de pĂ©chĂ© de division, et lâĂglise catholique les entoure de respect fraternel et de charitĂ©. En effet, ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptĂȘme, se trouvent dans une certaine communion, bien quâimparfaite, avec lâĂglise catholique. AssurĂ©ment, des divergences variĂ©es entre eux et lâĂglise catholique sur des questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de lâĂglise, constituent nombre dâobstacles, parfois fort graves, Ă la communion ecclĂ©siale. Le mouvement ĆcumĂ©nique tend Ă les surmonter. NĂ©anmoins, justifiĂ©s par la foi reçue au baptĂȘme, incorporĂ©s au Christ, ils portent Ă juste titre le nom de chrĂ©tiens, et les fils de lâĂglise catholique les reconnaissent Ă bon droit comme des frĂšres dans le Seigneur. »
89 – Cf. ci-dessus, note 73.
90 – Pie IX, Allocution Singulari Quadam du 09/12/1854, Dz 1647 (ancienne numĂ©rotation ; absent du DzH).
91 – Conc. Ćcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n°8.
92 – BenoĂźt XIV, Bref Singulari nobis du 09/02/1749, DzH n°2566 Ă 2568.
93 – Concile de Florence, bulle Cantate Domino pour les jacobites, DzH 1351.
94 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°3.
95 – Saint Augustin, De baptismo contra donatistas, lib. 1, ch. 10, n°14.
96 – Saint Augustin, De baptismo contra donatistas, lib. 1, ch. 14, n°22.
97 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°3.
98 – Cf. J. Ratzinger, LâecclĂ©siologie de la Constitution conciliaire Lumen Gentium , DC n°2223 du 2/04/2000 , p. 311. « Bien que lâĂglise soit seulement une et subsiste en un unique sujet, des rĂ©alitĂ©s ecclĂ©siales existent en dehors de ce sujet : de vĂ©ritables Ăglises locales et diverses CommunautĂ©s ecclĂ©siales.». Câest quâen effet, «on y trouve des Ă©lĂ©ments essentiels Ă lâĂȘtre-Ăglise : lâannonce de la Parole de Dieu et le baptĂȘme, la prĂ©sence active du Saint-Esprit, foi, espĂ©rance et charitĂ©, des formes de saintetĂ© jusquâau martyre. On peut parler dâune configuration diffĂ©rente de ces Ă©lĂ©ments ecclĂ©siaux constitutifs, dâĂglises dâun autre genre ou dâun autre type. » W. Kasper, Lâengagement ĆcumĂ©nique de lâĂglise catholique, confĂ©rence du 23 mars 2002 lors de lâassemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de la FĂ©dĂ©ration protestante de France, ĆcumĂ©nisme informations n°325 (05/ 2002) et 326 (06/2002).
99 – Saint Augustin, In Ps. 54, § 19, citĂ© par LĂ©on XIII (Satis cognitum) ASS 28 (1895-1896), p. 724. Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°578.
100 – Lettre du Saint-Office aux Ă©vĂȘques dâAngleterre du 16/09/1864. Cette thĂ©orie « professe expressĂ©ment que trois communautĂ©s chrĂ©tiennes, la catholique romaine, la grĂ©co-schismatique et lâanglicane, bien que sĂ©parĂ©es et divisĂ©es entre elles, revendiquent avec un mĂȘme droit pour elles-mĂȘmes le nom de catholique. [âŠ] Elle demande Ă tous ses membres de rĂ©citer des priĂšres et aux prĂȘtres dâoffrir des sacrifices selon son intention : Ă savoir pour que les trois communions chrĂ©tiennes qui, comme il est suggĂ©rĂ©, constituent toutes ensemble lâĂglise catholique, se rĂ©unissent enfin pour former un unique corps. » DzH 2885 & 2886.
101 – Ibid., DzH n°2886 & 2887. |
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| Chapitre 3
LES PROBLĂMES PASTORAUX
POSĂS PAR L’OECUMĂNISME63
31. Outre le fait quâil sâappuie sur des thĂšses hĂ©tĂ©rodoxes, lâĆcumĂ©nisme est nocif pour les Ăąmes, en ce sens quâil relativise la foi catholique pourtant indispensable au salut et quâil dĂ©tourne de lâĂglise catholique, unique arche de salut. LâĂglise catholique nâagit plus en phare de la vĂ©ritĂ© qui illumine les cĆurs et dissipe lâerreur, mais plonge lâhumanitĂ© dans la brume de lâindiffĂ©rentisme religieux, et bientĂŽt dans les tĂ©nĂšbres de lâ « apostasie silencieuse 102 »
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LâĆcumĂ©nisme engendre le relativisme de la foi
Il relativise les déchirures opérées par les hérétiques
32. Le dialogue ĆcumĂ©nique voile le pĂ©chĂ© contre la foi que commet lâhĂ©rĂ©tique â raison formelle de la rupture â pour mettre en avant le pĂ©chĂ© contre la charitĂ©, imputĂ© arbitrairement tant Ă lâhĂ©rĂ©tique quâau fils de lâĂglise. Il en arrive finalement Ă nier le pĂ©chĂ© contre la foi que constitue lâhĂ©rĂ©sie. Câest ainsi que JeanÂPaul II, au sujet de lâhĂ©rĂ©sie monophysite, affirme : « Les divisions qui se sont produites Ă©taient dues dans une large mesure Ă des malentendus 103 », ajoutant : « Les formulations doctrinales qui se sĂ©parent des formules en usage [âŠ] recouvrent un contenu identique. 104 » De telles affirmations dĂ©savouent dâautant le MagistĂšre pourtant infaillible qui condamna ces hĂ©rĂ©sies.
Il prĂ©tend que la foi de lâĂglise peut ĂȘtre perfectionnĂ©e par les ârichessesâ de lâautre
33. MĂȘme si le concile Vatican II prĂ©cise, quoiquâen des termes bien modĂ©rĂ©s, la nature de lâ âenrichissementâ apportĂ© par le dialogue â « une connaissance plus conforme Ă la vĂ©ritĂ©, en mĂȘme temps quâune estime plus juste, de lâenseignement et de la vie de chaque communion 105 » â la pratique ĆcumĂ©nique de ce pontificat dĂ©forme cette affirmation pour en faire un enrichissement de la foi. LâĂglise quitte un regard partiel pour saisir la rĂ©alitĂ© intĂ©gralement : « Les polĂ©miques et les controverses intolĂ©rantes ont transformĂ© en affirmations incompatibles ce qui Ă©tait en fait le rĂ©sultat de deux regards scrutant la mĂȘme rĂ©alitĂ©, mais de deux points de vue diffĂ©rents. Il faut trouver aujourdâhui la formule qui, saisissant cette rĂ©alitĂ© intĂ©gralement, permette de dĂ©passer des lectures partielles et dâĂ©liminer des interprĂ©tations erronĂ©es. 106 » Câest ainsi que « lâĂ©change des dons entre Ăglises, dans leur complĂ©mentaritĂ©, rend fĂ©conde la communion. 107 » De telles affirmations, si elles prĂ©supposent que lâĂglise nâest pas dĂ©finitivement et intĂ©gralement dĂ©positaire du trĂ©sor de la foi, ne sont pas conformes Ă la doctrine traditionnelle de lâĂglise. Câest pourquoi le MagistĂšre mettait en garde contre cette fausse valorisation des supposĂ©es richesses de lâautre : « En revenant Ă lâĂglise, ils ne perdront rien du bien qui, par la grĂące de Dieu, est rĂ©alisĂ© en eux jusquâĂ prĂ©sent, mais par leur retour ce bien sera plutĂŽt (potius) complĂ©tĂ© et amenĂ© Ă la perfection. On Ă©vitera pourtant de parler sur ce point dâune maniĂšre telle que, en revenant Ă lâĂglise, ils sâimaginent apporter Ă celle-ci un Ă©lĂ©ment essentiel qui lui aurait manquĂ© jusquâici. 108»
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Il relativise lâadhĂ©sion Ă certains donnĂ©s de la foi
34. La supposĂ©e « hiĂ©rarchie des vĂ©ritĂ©s de la doctrine catholique109» est certes bien resituĂ©e thĂ©ologiquement par la CongrĂ©gation pour la Doctrine de la Foi : elle « signifie que certains dogmes ont leur raison dâĂȘtre en dâautres qui occupent le premier rang et les Ă©clairent. Mais tous les dogmes puisquâils sont rĂ©vĂ©lĂ©s, doivent Ă©galement ĂȘtre crus de foi divine. 110 » Cependant, la pratique ĆcumĂ©nique de Jean-Paul II sâaffranchit de cette interprĂ©tation authentique. Par exemple dans lâadresse Ă lâ âĂgliseâ Ă©vangĂ©lique, il souligne âce qui importeâ : « Vous savez que, pendant des dizaines dâannĂ©es, ma vie a Ă©tĂ© marquĂ©e par lâexpĂ©rience des dĂ©fis lancĂ©s au christianisme par lâathĂ©isme et lâincroyance. Jâai dâautant plus clairement devant les yeux ce qui importe : notre commune profession de JĂ©sus-Christ. [âŠ] JĂ©sus-Christ est notre salut Ă tous. [âŠ] Par la force de lâEspritÂSaint, nous devenons ses frĂšres, vĂ©ritablement et essentiellement des fils de Dieu. [âŠ] GrĂące Ă la rĂ©flexion sur la Confession dâAugsbourg et Ă de multiples rencontres, nous avons pris une nouvelle conscience du fait que nous croyons et professons tout cela ensemble. 111 » LĂ©on XIII condamnait ce type de pratique ĆcumĂ©nique, qui trouve son apogĂ©e dans la dĂ©claration sur la Justification : « Ils soutiennent quâil est opportun, pour gagner les cĆurs des Ă©garĂ©s, de relativiser certains points de doctrine comme Ă©tant de moindre importance, ou de les attĂ©nuer au point de ne plus leur laisser le sens auquel lâĂglise sâest toujours tenue. Il nâest pas besoin de long discours pour montrer combien est condamnable une telle conception. 112 »
Il promeut une ârĂ©forme permanenteâ des formules de foi
35. La latitude que la pratique ĆcumĂ©nique sâoctroie avec les formules dogmatiques a dĂ©jĂ Ă©tĂ© dite. Reste Ă montrer lâimportance de ce procĂ©dĂ© dans le processus ĆcumĂ©nique : « LâapprofonÂdissement de la communion dans une rĂ©forme constante, rĂ©alisĂ©e Ă la lumiĂšre de la Tradition apostolique, est sans doute un des traits distinctifs les plus importants de lâĆcumĂ©nisme. [âŠ] Le dĂ©cret sur lâĆcumĂ©nisme ( UR n° 6) fait figurer la maniĂšre de formuler la doctrine parmi les Ă©lĂ©ments de rĂ©forme permanenÂte. 113 » Un tel procĂ©dĂ© a Ă©tĂ© condamnĂ© par Pie XII : « Certains entendent rĂ©duire le plus possible la signification des dogmes et libĂ©rer le dogme lui-mĂȘme de la maniĂšre de sâexprimer en usage dans lâĂglise depuis longtemps et des concepts philosophiques en vigueur chez les docteurs catholiques. [âŠ] Il est clair [âŠ] que ces tentatives non seulement conduisent Ă ce quâils appellent un ârelativismeâ dogmatique, mais quâelles le contiennent dĂ©jĂ en fait. [âŠ] Certes, il nâest personne qui ne voie que les termes pour exprimer de telles notions, et qui sont utilisĂ©s dans les Ă©coles [thĂ©ologiques] aussi bien que par le magistĂšre de lâĂglise luiÂmĂȘme, peuvent ĂȘtre amĂ©liorĂ©s et perfectionnĂ©s. [âŠ] Il est clair Ă©galement que lâĂglise ne peut pas se lier Ă nâimporte quel systĂšme philosophique, dont le rĂšgne ne dure que peu de temps : mais ce qui durant des siĂšcles a Ă©tĂ© Ă©tabli du consentement commun des docteurs catholiques pour parvenir Ă une certaine intelligence du dogme, ne repose assurĂ©ment pas sur un fondement aussi fragile. [âŠ] Câest pourquoi il nây a pas lieu de sâĂ©tonner si certaines de ces notions, les conciles ĆcumĂ©niques ne les ont pas seulement employĂ©es, mais quâils les ont Ă©galement sanctionnĂ©es, en sorte quâil nâest pas permis de sâen Ă©loigner.114»
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Il refuse dâenseigner sans ambiguĂŻtĂ© le contenu intĂ©gral de la foi catholique
36. Le postulat ĆcumĂ©nique selon lequel « la mĂ©thode et la maniĂšre dâexprimer la foi catholique ne doivent nullement faire obstacle au dialogue avec les frĂšres 115 » aboutit Ă des dĂ©clarations communes signĂ©es solennellement, mais Ă©quivoques et ambivaÂlentes. Dans la dĂ©claration commune sur la Justification par exemple, jamais nâest enseignĂ©e clairement lâinfusion de la grĂące sanctifiante 116 dans lâĂąme du juste ; la seule phrase y faisant allusion, des plus maladroites, peut mĂȘme porter Ă croire lâinverse : « La grĂące justifiante ne devient jamais une possession de la perÂsonne dont cette derniĂšre pourrait se rĂ©clamer face Ă Dieu 117. » De telles pratiques ne respectent plus le devoir dâexposer intĂ©gralement et sans ambiguĂŻtĂ© la foi catholique, comme âdevant ĂȘtre crueâ : « La doctrine catholique doit ĂȘtre proposĂ©e totalement et intĂ©gralement ; il ne faut point passer sous silence ou voiler en des termes ambigus ce que la vĂ©ritĂ© catholique enseigne sur la vraie nature et les Ă©tapes de la justification, sur la constitution de lâĂglise, sur la primautĂ© de juridiction du Pontife Romain, sur la seule vĂ©ritable union par le retour des chrĂ©tiens sĂ©parĂ©s Ă lâunique vĂ©ritable Ăglise du Christ. 118 »
Il met sur un pied dâĂ©galitĂ© les saints authentiques et les âsaintsâ supposĂ©s
37. En publiant un martyrologe commun aux diffĂ©rentes confessions chrĂ©tiennes, Jean-Paul II met sur un pied dâĂ©galitĂ© les saints authentiques avec des âsaintsâ supposĂ©s. Câest oublier la phrase de saint Augustin : « Si, restant sĂ©parĂ© de lâĂglise, il est persĂ©cutĂ© par un ennemi du Christ [âŠ] et que cet ennemi du Christ lui dise Ă lui, sĂ©parĂ© de lâĂglise du Christ : âOffrez de lâencens aux idoles, adorez mes dieuxâ et le tue parce quâil ne les adore pas, il pourra rĂ©pandre son sang, mais non recevoir la couronne. 119 » Si lâĂglise espĂšre pieusement que le frĂšre sĂ©parĂ© mort pour le Christ a eu la charitĂ© parfaite, elle ne peut lâaffirmer. Dans son droit, elle prĂ©sume que lâ âobexâ, lâobstacle de la sĂ©paration visible, fut un obstacle Ă lâacte de charitĂ© parfaite que constitue le martyre. Elle ne peut donc le canoniser ni lâinscrire au martyrologe 120.
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Il provoque donc la perte de la foi
38. Relativiste, Ă©volutionniste et ambigu, cet ĆcumĂ©nisme provoque directement la perte de la foi. La premiĂšre victime en est le PrĂ©sident du Conseil pontifical pour la promotion de lâUnitĂ© des ChrĂ©tiens, le cardinal Kasper lui-mĂȘme, lorsquâil affirme par exemple au sujet de la justification que « notre valeur personnelle ne dĂ©pend pas de nos Ćuvres, quâelles soient bonnes ou mauvaises. Avant mĂȘme dâagir, nous sommes acceptĂ©s et nous avons reçu le âouiâ de Dieu 121 » ; ou encore Ă propos de la messe et du sacerdoce, que « ce nâest pas le prĂȘtre qui opĂšre la transsubstantiation : le prĂȘtre prie le PĂšre afin que celle-ci ait lieu par lâopĂ©ration du Saint Esprit. [âŠ] La nĂ©cessitĂ© du ministĂšre ordonnĂ© est un signe qui suggĂšre et fait aussi goĂ»ter la gratuitĂ© du sacrement eucharistique. 122 »
LâĆcumĂ©nisme dĂ©tourne de lâĂglise
39. Outre quâil dĂ©truit la foi catholique, lâĆcumĂ©nisme dĂ©tourne encore de lâĂglise les hĂ©rĂ©tiques, les schismatiques et les infidĂšles.
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Il ne réclame plus la conversion des hérétiques et schismatiques
40. Le mouvement ĆcumĂ©nique ne cherche plus leur conversion et leur retour à « lâunique bercail du Christ, hors duquel se trouve certainement quiconque nâest point uni Ă ce Saint-SiĂšge de Pierre. 123 » Cela est clairement affirmĂ© : « Nous le rejetons [lâuniatisme] comme mĂ©thode de recherche dâunitĂ©. [âŠ] Lâaction pastorale de lâĂglise catholique tant latine quâorientale ne tend plus Ă faire passer les fidĂšles dâune Ăglise Ă lâautre. 124 » DâoĂč la suppression de la cĂ©rĂ©monie dâabjuration en cas de retour dâun hĂ©rĂ©tique Ă lâĂglise catholique. Le cardinal Kasper va trĂšs loin dans ce type dâaffirmations : « LâĆcumĂ©nisme ne se fait pas en renonçant Ă notre propre tradition de foi. Aucune Ăglise ne peut pratiquer ce renoncement. 125 » Il ajoute encore : «Nous pouvons dĂ©crire lâ âethosâ propre Ă lâĆcumĂ©nisme de vie de la façon suivante : renoncement Ă toute forme de prosĂ©lytisme ouvert ou camouflĂ©. 126» Tout cela est radicalement opposĂ© Ă la pratique constante des papes Ă travers les siĂšcles, qui ont toujours ĆuvrĂ© au retour des dissidents Ă lâunique Ăglise 127.
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Il engendre un égalitarisme entre les confessions chrétiennes
41. La pratique ĆcumĂ©nique engendre un Ă©galitarisme entre les catholiques et autres chrĂ©tiens, lorsque par exemple Jean-Paul II se rĂ©jouit du fait que, « Ă lâexpression frĂšres sĂ©parĂ©s, lâusage tend Ă substituer aujourdâhui des termes plus aptes Ă Ă©voquer la profondeur de la communion liĂ©e au caractĂšre baptismal. [âŠ] La conscience de lâappartenance commune au Christ sâapprofondit. [âŠ] La âfraternitĂ© universelleâ des chrĂ©tiens est devenue une ferme conviction ĆcumĂ©nique. 128 » Plus encore, câest lâĂglise catholique elle-mĂȘme qui, pratiquement, est mise Ă pied dâĂ©galitĂ© avec les CommunautĂ©s sĂ©parĂ©es : nous avons dĂ©jĂ mentionnĂ© lâexpression âĂglises-sĆursâ ; Jean-Paul II se rĂ©jouit Ă©galement de ce que « le Directoire pour lâapplication des principes et des normes sur lâĆcumĂ©nisme appelle les CommunautĂ©s auxquelles appartiennent ces chrĂ©tiens des âĂglises et [des] CommunautĂ©s ecclĂ©siales qui ne sont pas en pleine communion avec lâĂglise catholiqueâ . [âŠ] RelĂ©guant dans lâoubli les excommunications du passĂ©, les CommunautĂ©s, un temps rivales, sâaident aujourdâhui mutuellement. 129 » Se rĂ©jouir de cela, câest oublier que « reconnaĂźtre la qualitĂ© dâĂglise au schisme de Photius et Ă lâAnglicanisme [âŠ] favorise lâindiffĂ©rentisme religieux [âŠ] et arrĂȘte la conversion des non-catholiques Ă la vĂ©ritable et unique Ăglise. 130 »
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Il humilie lâĂglise et enorgueillit les dissidents
42. La pratique ĆcumĂ©nique des repentances dissuade les infidĂšles de se tourner vers lâĂglise catholique, en raison de la fausse image quâelle y donne dâelle-mĂȘme. Sâil est possible de porter devant Dieu la faute de ceux qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s 131, en revanche la pratique des repentances telle que nous la connaissons laisse croire que câest lâĂglise catholique en tant que telle qui est pĂ©cheresse, puisque câest elle qui demande pardon. Le premier Ă le croire est le cardinal Kasper : « Il [le concile Vatican II] reconnut que lâĂglise catholique avait une responsabilitĂ© dans la division des chrĂ©tiens et souligna que le rĂ©tablissement de lâunitĂ© supposait une conversion des uns et des autres au Seigneur. 132 » Les textes justificatifs nây font donc rien : la note ecclĂ©siale de saintetĂ©, si puissante pour attirer les Ăąmes Ă©garĂ©es Ă lâunique bercail, a Ă©tĂ© ternie. Ces repentances sont donc gravement imprudentes, car elles humilient lâĂglise catholique et enorgueillissent les dissidents. DâoĂč la mise en garde du Saint-Office : «Ils [les Ă©vĂȘques] empĂȘcheront soigneusement et avec une rĂ©elle insistance quâen exposant lâhistoire de la RĂ©forme et des RĂ©formateurs, on nâexagĂšre tellement les dĂ©fauts des catholiques et on ne dissimule tellement les fautes des RĂ©formateurs ou bien quâon mette tellement en lumiĂšre des Ă©lĂ©ments plutĂŽt accidentels que lâon ne voie et ne sente presque plus ce qui est essentiel, la dĂ©fection de la foi catholique. 133 »
Conclusion
43. ConsidĂ©rĂ© sous lâangle pastoral, on doit dire de lâĆcumĂ©nisme de ces derniĂšres dĂ©cennies quâil mĂšne les catholiques Ă lâ« apostasie silencieuse » et quâil dissuade les non-catholiques dâentrer dans lâunique arche de salut. Il faut donc rĂ©prouver « lâimpiĂ©tĂ© de ceux qui ferment aux hommes lâentrĂ©e du Royaume des cieux. 134 » Sous couvert de rechercher lâunitĂ©, cet ĆcumĂ©nisme disperse les brebis ; il ne porte pas la marque du Christ, mais celle du diviseur par excellence, le diable.
Notes
102 – Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, n°9, DC n°2296 du 20/07/2003, p. 668 ss.
103 – DĂ©claration christologique commune entre lâĂglise catholique commune et lâĂglise assyrienne dâOrient, DC n°2106 du 18/12/1994, p. 1069.
104 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°38.
105 – Conc. Ćcum.Vat.II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°4.
106 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°38.
107 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°57. Cf. Cardinal Kasper, La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification : un motif dâespĂ©rance, DC n°2220 du 20/02/2000 , p. 167 : « Il est apparu clairement que le but du dialogue ne consiste pas Ă faire changer le partenaire, mais Ă reconnaĂźtre nos propres manquements et Ă apprendre de lâautre. [âŠ] LĂ oĂč nous avions vu au premier abord une contradiction, nous pouvons voir une position complĂ©-mentaire. »
108 – CongrĂ©gation du Saint-Office, Instruction De motione Ćcumenica, du 20/12/ 1949, AAS 42 (1950), p. 144. DC n°1064 du 12/03/1950, col. 332.
109 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°11.
110 – CongrĂ©gation pour la Doctrine de la Foi, DĂ©claration Mysterium EcclesiĂŠ du 24/06/1973, DC n°1636 du 15/07/1973 , p. 667.
111 – Jean-Paul II, Rencontre avec le conseil de lâĂglise Ă©vangĂ©lique du 17/11/ 1980, DC n°1798 du 21/12/1980 , p. 1147.
112 – LĂ©on XIII, encycl. Testem benevolentiĂŠ du 22/01/1899 , ASS 31 (1898-1899), p. 471 ; Actes de LĂ©on XIII, La bonne presse, vol. 5, p. 313. Cf. Pie XI, Mortalium animos, AAS 28 (1920), p. 12 ; DzH n°3683 : «Sâagissant des points de foi, il nâest aucunement licite de distinguer dâune quelconque maniĂšre entre les points qui seraient fondamentaux et ceux qui ne le seraient pas, les premiers devant ĂȘtre acceptĂ©s de tous, et les autres pouvant ĂȘtre laissĂ©s au libre assentiment des croyants ; la vertu surnaturelle de foi a sa cause formelle dans lâautoritĂ© de Dieu rĂ©vĂ©lant, qui ne tolĂšre aucune distinction de ce type.»
113 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°17 et 18.
114 – Pie XII, encycl. Humani generis du 12/08/1950, AAS 42 (1950), p. 566-567, DzH 3881-83.
115 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°11 ; Jean-Paul II, Ut unum sint n°36.
116 – Cf. Concile de Trente, DĂ©cret sur la justification, ch. 7, DzH 1528: « La justification elle-mĂȘme [qui] nâest pas seulement rĂ©mission des pĂ©chĂ©s, mais Ă la fois sanctification et rĂ©nova-tion de lâhomme intĂ©rieur par la rĂ©ception volontaire de la grĂące et des dons. »
117 – DĂ©claration commune de la FĂ©dĂ©ration luthĂ©rienne mondiale et de lâĂglise catholique, n°27, DC n°2168 du 19/10/1997 , p. 875 ss.
118 – CongrĂ©gation du Saint-Office, dĂ©cret du 20/12/1949 , DC n°1064 du 12/03/1950, col. 330 ss.
119 – Saint Augustin, Sermon au peuple de CĂ©sarĂ©e prononcĂ© en prĂ©sence dâEmĂ©rite, Ă©vĂȘque donatiste, n°6.
120 – Le pape BenoĂźt XIV, dans son admirable De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, lâexplique ainsi : si un hĂ©-rĂ©tique Ă©tabli dans lâigno-rance invincible de la vraie foi meurt pour un point de doctrine catholique, il ne peut, mĂȘme dans ce cas, ĂȘtre considĂ©rĂ© comme martyr. En effet, il sera peut-ĂȘtre martyr coram Deo, mais pas coram Ecclesia, car lâĂglise ne juge que de lâextĂ©rieur et lâhĂ©rĂ©sie professĂ©e publiquement oblige Ă conjecturer lâhĂ©rĂ©sie interne. (De servorum. c. 20) Quant Ă lâobjection de saint Hippolyte, martyr et antipape (217-235), elle nâest pas Ă propos. Si le martyrologe le mentionne Ă la date du 30 octobre, dies natalis du pape saint Pontien, câest parce quâHippolyte sâest rĂ©con-ciliĂ© avec Pontien dans les mines de Sardaigne, avant que tous deux ne subissent le martyre en 236.
121 – W. Kasper, La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification : un motif dâespĂ©rance, DC n°2220 du 20/02/2000 , p. 171-172.
122 – W. Kasper, 30 Jours dans lâĂglise et dans le monde, n°5/2003, p. 22.
123 – Pie IX, encycl. Neminem vestrum du 02/02/1854, Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°219.
124 – DĂ©claration de la Commission mixte pour le dialogue entre lâĂglise catholique et lâĂglise orthodoxe du 23/06/1993, dite âde Balamandâ , n°2 et 22, DC n°2077 du 01/08/1993, p. 711.
125 – W. Kasper, La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification : un motif dâespĂ©rance, DC n°2220 du 20/02/2000 , p. 167. Cf. W. Kasper, ConfĂ©rence au Kirchentag ĆcumĂ©nique de Berlin, DC n°2298 du 21/09/2003, p. 817 : « Nous ne pouvons jeter par-dessus bord ce qui nous a portĂ©s et tenus jusquâĂ prĂ©sent, ce dont nos devanciers ont vĂ©cu, en des circonstances souvent difficiles, et nous ne devons pas attendre cela de nos frĂšres et de nos sĆurs du pro-testantisme et de lâorthodoxie. Ni eux ni nous ne pouvons devenir infidĂšles. »
126 – W. Kasper, Lâengagement ĆcumĂ©nique de lâĂglise catholique, confĂ©rence du 23 mars 2002 lors de lâassemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de la FĂ©dĂ©ration protestante de France, ĆcumĂ©nisme informations n°325 (05/2002) et 326 (06/2002).
127 – Cf. par exemple Pie IX, Lettre Jam vos omnes du 13/09/1868, ASS 4 (1868), p. 131, DzH 2997 Ă 2999, invitant les protestants et autres non-catholiques Ă profiter de lâoccasion du concile Vatican I pour revenir Ă lâĂglise catholique ; LĂ©on XIII fait de mĂȘme Ă lâoccasion de son jubilĂ© Ă©piscopal par la Lettre PrĂŠclara gratulationis du 20/06/1894, ASS 26 (1894), p.705 ss. Le texte le plus connu est Ă©videmment celui de Pie XI dans lâencycl. Mortalium animos du 06/01/1928 , AAS 20 (1928), p. 14, Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 1, n°872 : «Lâunion des chrĂ©tiens ne peut ĂȘtre procurĂ©e autrement quâen favorisant le retour des dissidents Ă la seule et vĂ©ritable Ăglise du Christ, quâils ont jadis eu le malheur dâabandonner. » Ce nâest pas cette pratique du âretourâ qui est propre au XIX° siĂšcle, mais plutĂŽt le grand souci des Papes pour cette cause. En effet, cette pratique du âretourâ est constante dans lâĂglise. En 1595, ClĂ©ment VIII disait par exemple des Ă©vĂȘques mĂ©tropolitains de Kiev (Instruction Magnus Dominus du 23/12/1595 ) : « GrĂące Ă la lumiĂšre du SaintÂEsprit qui illuminait leur cĆur, ils ont commencĂ© Ă considĂ©rer sĂ©rieusement quâils nâĂ©taient plus membres du Corps du Christ quâest lâĂglise puisquâils nâĂ©taient pas liĂ©s avec sa tĂȘte visible quâest le Souverain Pontife de Rome. Câest pourquoi ils dĂ©cidĂšrent de rentrer dans lâĂglise romaine qui est leur mĂšre et celle de tous les fidĂšles. »
128 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°42.
129 – Jean-Paul II, ibid.
130 – CongrĂ©gation du Saint-Office, Lettre du 16/09/1864 , ASS 2, 660.
131 – Thren. 5, 7 : « Nos pĂšres ont pĂ©chĂ© : ils ne sont plus ; et nous, nous portons leurs fautes. »
132 – W. Kasper, La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification : un motif dâespĂ©rance, DC n°2220 du 20/02/2000 , p. 168.
133 – CongrĂ©gation du Saint-Office, Instruction du 20/12/1949 , AAS 42 (1950), p. 144. DC n°1064 du 12/03/1950 , col. 332.
134 – 1erschĂ©ma prĂ©para-toire du concile Vatican I sur lâĂglise, publiĂ© dans Enseignements pontificaux de Solesmes, LâĂglise, vol. 2 p. 8* : «Nous rĂ©prouvons lâimpiĂ©tĂ© de ceux qui ferment aux hommes lâentrĂ©e du Royaume des cieux, en assurant sous de faux prĂ©textes quâil est dĂ©shonorant et nullement nĂ©cessaire au salut dâabandonner la religion â mĂȘme fausse â dans laquelle on est nĂ©, dans laquelle on a Ă©tĂ© Ă©levĂ© et instruit ; et qui font grief Ă lâĂglise elleÂmĂȘme de se donner comme la seule religion vĂ©ritable, de proscrire et de condamner toutes les religions et sectes sĂ©parĂ©es de sa communion, comme sâil pouvait y avoir possibilitĂ© de participation entre la lumiĂšre et les tĂ©nĂšbres, dâaccommodement entre le Christ et BĂ©lial.» |
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| CONCLUSION
44. Si attirant quâil puisse paraĂźtre au premier abord, si spectaculaires que puissent apparaĂźtre ses cĂ©rĂ©monies Ă la tĂ©lĂ©vision, aussi nombreuses que puissent ĂȘtre les foules quâil rassemble, la rĂ©alitĂ© demeure : lâĆcumĂ©nisme a fait de cette citĂ© sainte quâest lâEglise une ville en ruine. Marchant Ă la suite dâune utopie â lâunitĂ© du genre humain â le pape nâa pas rĂ©alisĂ© combien lâĆcumĂ©nisme quâil poursuivait Ă©tait proprement et tristement rĂ©volutionnaire : il renverse lâordre voulu par Dieu.
45. RĂ©volutionnaire il lâest, rĂ©volutionnaire il sâaffirme. On reste impressionnĂ© par la succession des textes le rappelant: «Lâapprofondissement de la communion dans une rĂ©forme constante [âŠ] est sans doute un des traits distinctifs les plus importants de lâĆcumĂ©nisme. 135 » « En reprenant lâidĂ©e que le Pape Jean XXIII avait exprimĂ©e Ă lâouverture du concile, le DĂ©cret sur lâĆcumĂ©nisme fait figurer la maniĂšre de reformuler la doctrine parmi les Ă©lĂ©ments de la rĂ©forme permanente. 136 » Par moments, cette affirmation se pare dâonction ecclĂ©siastique pour devenir âconversionâ . En lâoccurrence, la diffĂ©rence importe peu. Dans les deux cas, ce qui prĂ©existait est rejetĂ© : «âConvertissez-vousâ. Il nâest aucun rapprochement ĆcumĂ©nique sans conversion et sans renouvellement. Non la conversion dâune confession Ă lâautre. [âŠ] Tous doivent se convertir. Nous ne devons donc pas demander dâabord âQuâest-ce qui ne va pas avec lâautre ?â , mais âQuâestÂce qui ne va pas chez nous ; par oĂč commencer, chez nous, le mĂ©nage?â 137» Trait caractĂ©ristique de son aspect rĂ©volutionnaire, lâappel au peuple que clame cet ĆcumĂ©nisme : «Dans lâaction ĆcumĂ©nique, les fidĂšles de lâEglise catholique [âŠ] considĂ©reront surtout avec loyautĂ© et attention tout ce qui, dans la famille catholique elle-mĂȘme, a besoin dâĂȘtre rĂ©novĂ©. 138 » Oui, vraiment, en cette ivresse dâaggiornamento, la tĂȘte a besoin dâĂȘtre dĂ©passĂ©e par les membres : « Le mouvement ĆcumĂ©nique est un processus quelque peu complexe, et ce serait une erreur de sâattendre, du cĂŽtĂ© catholique, Ă ce que tout soit fait par Rome . [âŠ] Les intuitions, les dĂ©fis doivent aussi venir des Eglises locales, et beaucoup doit ĂȘtre fait au niveau local avant que lâEglise universelle le fasse sien. 139 »
46. Comment, en ces tristes circonstances, ne pas entendre le cri de lâAnge Ă Fatima : « PĂ©nitence, PĂ©nitence, PĂ©nitence » ? En cette marche utopique, le demi-tour doit ĂȘtre radical. Il est urgent de revenir Ă la sage expĂ©rience de lâEglise, synthĂ©tisĂ©e ici par le Pape Pie XI : « Lâunion des chrĂ©tiens ne peut ĂȘtre procurĂ©e autrement quâen favorisant le retour des dissidents Ă la seule vĂ©ritable Eglise du Christ, quâils ont eu jadis le malheur dâabandonner. 140 » Telle est la vĂ©ritable et charitable pastorale Ă lâendroit des Ă©garĂ©s, telle doit ĂȘtre la priĂšre de lâEglise : « Nous dĂ©sirons que monte vers Dieu la commune supplication de tout le Corps mystique [câest-Ă -dire de toute lâEglise catholique] afin que toutes les brebis errantes rejoignent au plus tĂŽt lâunique bercail de JĂ©sus-Christ. 141 »
47. En attendant lâheure heureuse de ce retour Ă la raison, nous gardons pour notre part le sage avis et la ferme sagesse reçus de notre fondateur : « Nous voulons ĂȘtre dans une unitĂ© parfaite avec le Saint-PĂšre, mais dans lâunitĂ© de la foi catholique, parce quâil nây a que cette unitĂ© qui peut nous rĂ©unir, et non pas une espĂšce dâunion ĆcumĂ©nique, une sorte dâĆcumĂ©nisme libĂ©ral ; car je crois que ce qui dĂ©finit le mieux toute la crise de lâEglise, câest vraiment cet esprit ĆcumĂ©nique libĂ©ral. Je dis ĆcumĂ©nisme libĂ©ral, parce quâil y a un certain ĆcumĂ©nisme qui, sâil est bien dĂ©fini, pourrait ĂȘtre acceptable. Mais lâĆcumĂ©nisme libĂ©ral, tel quâil est pratiquĂ© par lâEglise actuelle et surtout depuis le concile Vatican II, comporte nĂ©cessairement de vĂ©ritables hĂ©rĂ©sies. 142 » Faisant de surcroĂźt monter notre supplication vers le Ciel, nous implorons le Christ pour son Corps quâest lâEglise catholique, en disant : « Salvum me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminutĂŠ sunt veritates a filiis hominum. Vana locuti sunt unusquisque ad proximum suum : labia dolosa in corde et corde locuti sunt. Disperdat Dominus universa labia dolosa et et linguam magniloquam. 143
Notes
135 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°17.
136 – Jean-Paul II, Ut unum sint, n°18.
137 – W. Kasper, ConfĂ©rence au Kirchentag ĆcumĂ©nique de Berlin, DC n°2298 du 21/09/2003, p. 820.
138 – Conc. Ćcum. Vat. II, DĂ©cr. Unitatis redintegratio, n°4 ; cf. tout le n°6.
139 – W. Kasper, La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification: un motif dâespĂ©rance, DC n°2220 du 20/02/2000, p. 167.
140 – Pie XI, encycl. Mortalium animos du 06/01/1928 , AAS 20 (1928), p. 14, Enseignements pontificaux de Solesmes, LâEglise, vol. 1, n°872.
141 – Pie XII, Mystici Corporis, AAS 35 (1943), p. 243, Enseignements pontificaux de Solesmes, LâEglise, vol. 1, n°1105.
142 – Mgr Lefebvre, ConfĂ©rence du 14/04/1978 .
143 – Psaume 11, 2 Ă 4 : « Au secours, Seigneur, car le saint dĂ©faille, car les vĂ©ritĂ©s sont diminuĂ©es par les fils des hommes. Ils se disent des mensonges les uns aux autres, ils parlent avec des lĂšvres trompeuses et un cĆur double. Que le Seigneur disperse toutes les lĂšvres trompeuses et la langue de bois. » Relativement au dernier verset que nous citons, on se reportera utilement au commentaire quâen fait saint Jean Chrysostome (In Ps. 11, n°1): « Ce nâest point contre eux quâil parle, câest dans leur intĂ©rĂȘt ; il ne demande pas Ă Dieu de les perdre, mais de mettre fin Ă leurs iniquitĂ©s. Il ne dit pas en effet : âDieu les extermineraâ mais âil dĂ©truira toutes ces lĂšvres trompeusesâ. Donc, encore une fois, ce nâest point leur nature quâil souhaite voir anĂ©antie, mais leur langage. » |
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